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Des histoires, tout ça...

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Comme tous les mercredis après-midi Hector profite du congé scolaire pour aller chercher des oeufs frais directement à la ferme.
Du haut de ses dix ans, il a su convaincre sa maman qu'il est capable d'assumer cette mission hebdomadaire.
Bien sûr, aujourd'hui, comme à chacun de ses départs, le jeune garçon croule sous les recommandations de prudence avant de franchir la porte, un sac serré sous le bras.
Sitôt dehors, Hector traverse une petite forêt, juste derrière la maison. S'il prend garde à étouffer ses pas, il pourra peut-être surprendre quelques écureuils affairés, petites oreilles pointues, queue touffue en panache...
Hector attaque ensuite la grimpée à travers un pré en friche, tondu régulièrement par des moutons besogneux.
Atteindre le haut du pâturage réjouit le gamin car là est sa récompense : une vue grandiose sur les sommets enneigés des montagnes vis-à-vis, et, à ses pieds, le lac des Charonnes, qu'il doit longer...
Hector court pour rejoindre le sentier qui borde la berge. De ce côté, l'eau claire est peu profonde et des galets lustrés affleurent même à sa surface. Quand Hector prend son temps, il y voit parfois la silhouette irisée de truites pressées...
En face, des sapins sombres se reflètent dans des eaux rendues noires, effrayantes, qui alimentent bien des légendes locales. Des algues carnivores aspireraient toutes créatures vivantes...
Présentement, Hector cherche un beau caillou qu'il enverra le plus loin possible dans la flotte mouvante. C'est l'écho qu'il aime et recherche... un gros "plouf", suivi d'un autre, étouffé et un peu décalé.
Hector lance une belle pierre, la suit du regard et ses yeux s'écarquillent de surprise. Un tortillon de fumée grise s'élève exactement de l'endroit où le lac a été touché. Puis, c'est un geyser qui tournique dans l'air avant de s'étendre en brume opaque. Tout s'obscurcit sur les alentours. Hector est englué dans un brouillard épais. Il n'y voit goutte.
Son premier reflexe est de courir pour se sortir de là mais Hector réfléchit aux dangers du lac tout proche. Il ne doit en aucun cas quitter le parcours pédestre. Marcher normalement pose vraiment un problème. Hector se concentre sur chaque pas. Quitter le sentier l'exposerait à une chute inévitable.
Hector a peur. Sa poitrine est un étau qui écrase son coeur affolé. Sa respiration siffle. Il frise la panique.
Combien de temps a-t-il foncé à travers ce silence cotonneux? Une éternité...
Quand sa semelle touche, enfin, le goudron du chemin qui mène à la ferme, Hector comprend qu'il est tiré d'affaire.
Un long soupir libère ses poumons oppressés...
Mais Hector bute sur un pavé... De rage, il s'en saisit, le lance sur sa gauche dans l'eau qu'il sait toute proche... et alors, miracle, aussi vite qu'elle est venue, la brume s'éclaircit, le paysage redevient net...En rien de temps, il ne reste plus trace de ce cauchemar.
Soulagé, Hector court à perdre haleine vers l'imposante demeure. Il en pousse la porte à la volée...
"En voilà des manières, Totor... qu'est-ce qui t'arrive, mon gars? Tu es pâle comme un lavabo! Assieds toi...la Martha touille déjà pour toi un bon chocolat chaud... et ne te bile pas, tu redescendras au village dans ma camionnette, j'ai à faire en bas...
- Bonjour, bonjour... -même à bout de force, l'instinct de la politesse ne quitte pas l'enfant - il y a eu de la brume...de la brume... mon caillou...
- de la brume, Totor? Quelle brume? Des histoires tout ça! Et puis, tu sais, la Martha et moi, on ne croit que c'qu'on voit...

156 VOIX

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Emsie · il y a
J'ai suivi Hector avec bonheur dans son escapade, on sent la randonneuse (si j'ai bien compris) dans les paysages décrits "au cordeau". Les brumes d'Imaginarius me sortaient par les yeux, à la fin, et j'ai manqué votre texte. Dommage, "j'aime" trop tard pour le Prix, mais ils ne sont pas tout (heureusement !).
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Elisabeth Marchand · il y a
Encore merci pour votre lecture... j'ai bidouillé ce texte une heure avant la fin de la clôture du concours... pour moi, écrire est un amusement... je suis une marcheuse en montagne... là, il s'agit effectivement de mon terrain de jeu... Bonne journée
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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Elisabeth Marchand · il y a
C'est bien, Richard, n'animer le forum... Pour moi le meilleur est "Brume mortuaire", je me suis exprimée en ce sens... Votre texte ne démérite pas, loin de là... maintenant, le prix Imaginarieus est mort (enfin! Presque)... vive la Saint-Valentin...
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Ayasha · il y a
La peur ressenti par cet enfant, le monde adulte peu enclin à l'écoute et à croire la parole du petit. Le voilà seul dans son vécu. Voilà une belle histoire porteuse de ce quotidien d'enfant.
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Joëlle Brethes · il y a
Moi aussi, j'arrive tardivement mais j'ai un alibi en béton ;-) ;-) ;-) ... Il y a neuf jours quand le texte a été posté, j'étais à Manille ! ;-)
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Loodmer · il y a
J'arrive un peu tard pour pousser Hector hors de la brume
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Elisabeth Marchand · il y a
Votre passage ici est une bonne surprise, Loodmer... Comme vous, lectures et commentaires me réjouissent et je ne chasse pas les votes...
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Zurglub · il y a
C'est bien mais c'est trop court ! J'aurais aimé "mijoter" un peu plus. Mais je trouve que la façon dont la brume apparaît est vraiment originale et inattendue. Merci Elisabeth !
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Elisabeth Marchand · il y a
Merci pour votre passage ici Zurglub... A mon tour d'aller vous lire...
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Jfjs · il y a
Ah un texte "nature" comme j'aime. Grand écart avec présentement (ah le Québec) et le geyser (ah l'Islande). Blanc comme un (hum hum) ou sinon blanc comme un linge/neige ^^. j'ai aimé ce voyage aérien et terrestre. Et les prénoms sont franchement sympas. Et tu as dépassé les 100... Bravo PS : (je vois que j'étais passé faire un tour chambre 410 il y a un moment...)
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Elisabeth Marchand · il y a
Merci pour votre passage sur mes pages et vos commentaires... J'ai bcq aimé votre écrit ds ce mm concours... Continuez à écrire, vous avez une belle plume doublée d'une belle imagination...
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Bettie · il y a
Ce pauvre Hector ! Vous lui menez la vie dure ! Un texte que j'ai lu avec plaisir !
(Si le cœur vous en dit, j'aimerais beaucoup avoir votre avis sur mon étrange bibliothécaire : http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-bibliothecaire )

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Elisabeth Marchand · il y a
Merci pour votre venue ici Bettie... en retour, j'ai lu, commenté et mis qq voix sous votre texte...
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Antoine Finck · il y a
La peur de sa vie Totor ! Jolie histoire. On s'imagine bien des choses quand on a 10 ans...
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Elisabeth Marchand · il y a
Merci Antoine... J'ai adoré vos "cinq minutes" et je vais retourner vous lire avec plaisir...
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Ratiba Nasri · il y a
Une jolie histoire bien menée, en compagnie d'Hector ! Merci Elisabeth :-)
A bientôt !

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Elisabeth Marchand · il y a
Merci Ratiba pour votre passage par ici...
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Ratiba Nasri · il y a
Avec plaisir :-)
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