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Conte moderne : la gentille famille et le méchant banquier

Laure Malaprade

Laure Malaprade

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Il était une fois une gentille famille qui vivait dans une jolie petite maison. A la fin de chaque mois, le gentil papa apportait à la banque l’argent qu’il avait gagné en travaillant, pendant que la gentille maman restait à la maison pour s’occuper de leurs trois gentils enfants.

La gentille famille vivait correctement, n’était pas dans le besoin, mais pas dans l’opulence non plus. Ce que le gentil papa gagnait chaque mois suffisait juste à couvrir les dépenses du ménage. Quand une dépense imprévue était nécessaire, le gentil papa ou la gentille maman téléphonait très vite à la gentille banquière pour la prévenir, et ensemble ils trouvaient une solution afin que personne ne fût pris au dépourvu. La gentille banquière, qui était une vieille dame pleine d’expérience, avait d’ailleurs autorisé la gentille famille à dépenser à l’avance un peu de l’argent qu’ils gagneraient le mois suivant. Ensemble, ils avaient convenu de combien l’autorisation était nécessaire, et comme la gentille banquière était intelligente et expérimentée, et que la somme avait été correctement évaluée, la gentille famille ne dépassait jamais ce montant.

La gentille famille vivait donc heureuse et sans soucis dans sa jolie petite maison, jusqu’au jour où la gentille banquière décida qu’elle était trop vieille pour continuer à travailler à la banque, et qu’il était grand temps de la quitter pour consacrer son temps désormais libre à ses petits-enfants et à son potager.

Dans les jours qui suivirent, un jeune banquier fut désigné pour prendre la place de la gentille banquière.

La gentille famille n’était pas inquiète : le nouveau banquier, si jeune, inexpérimenté et pourtant ambitieux qu’il fut, avait certainement été à bonne école avec la gentille banquière, et elle décida de lui accorder sa confiance, comme elle l’avait accordée pendant des années à la gentille banquière.

Pourtant, très vite, le jeune banquier décida que l’autorisation que la gentille banquière avait accordée à la gentille famille était bien trop importante, et la réduisit du jour au lendemain à moins de la moitié de son montant.

La gentille maman et le gentil papa protestèrent immédiatement, en expliquant au banquier que comme ils avaient pris l’habitude d’utiliser cette autorisation, il leur était impossible de rembourser d’un seul coup le petit retard que cela représentait, et que si le banquier persistait dans sa décision, le nouveau montant serait forcément dépassé...

— Vous n’avez qu’à faire attention à vos dépenses ! leur dit le banquier.

Mais la gentille famille faisait déjà très attention à ses dépenses, elle avait pris l’habitude d’être très raisonnable, et le ton menaçant du jeune banquier résonnait à leurs oreilles comme une insulte.

Ce qui n’était jamais arrivé arriva donc : la gentille famille dépassa son autorisation de découvert.

Le méchant banquier téléphona à la gentille maman pour la gronder très fort et lui dit :

— Puisque vous avez fait fi de mon interdiction, et que vous avez malgré tout dépassé le découvert qui vous était autorisé, je vais vous punir. Et votre punition sera la suivante : je garderai pour moi une partie de l’argent que le gentil papa a gagné en travaillant !
— Mais vous ne pouvez pas nous faire ça, dit la gentille maman, si vous nous prenez cet argent, il nous manquera pour payer les dépenses du ménage, et nous dépasserons encore notre autorisation le mois prochain, et même plus que ce mois-ci, puisque notre budget est si juste qu’il ne peut absorber une dépense supplémentaire !
— Eh bien tant pis pour vous ! Si vous dépassez, vous serez punis à nouveau, et si vous n’êtes pas capable de contrôler vos dépenses, je le ferai à votre place !

Le gentil papa téléphona à son tour au méchant banquier, en lui expliquant qu’il suffirait juste de rétablir l’autorisation au montant initial, et qu’il n’y aurait plus jamais aucun dépassement... Il eut beau supplier, justifier de ses revenus qui étaient au demeurant bien supérieurs au premier découvert autorisé, et donc parfaitement à même de le rembourser chaque mois, rien n’y fit. Le méchant banquier ne voulait rien entendre.

Le mois suivant, l’autorisation fut dépassée à nouveau. Un jour, le gentil papa, qui travaillait très loin de sa jolie maison, eut besoin de mettre de l’essence dans sa voiture. Lorsqu’il voulut payer à l’aide de sa carte bancaire, la machine la lui refusa. Le méchant banquier avait mis sa menace à exécution : il contrôlait les dépenses de la gentille famille.

Ce soir-là, la gentille maman et les trois gentils enfants dînèrent tristement sans le gentil papa dans leur jolie petite maison. Le gentil papa, n’ayant pas de quoi acheter de carburant, n’avait pu rentrer chez lui.

Les jours qui suivirent, le gentil papa ne travailla pas. Sans essence dans sa voiture, il lui était impossible de rendre visite à ses clients. Le mois suivant, comme il n’avait pas travaillé, il n’eût pas de salaire à déposer à la banque.

Le méchant banquier avait privé le gentil papa de tout moyen de gagner de l’argent et de rembourser la banque. Chaque mois, le méchant banquier faisait les comptes, et appliquait les punitions. Les sommes que devait la gentille famille au méchant banquier devinrent impossibles à rembourser.

Aussi, le méchant banquier se remboursa sur la seule chose que la gentille famille possédait. La jolie petite maison.
La gentille petite famille mourut de froid et de faim.
Et...
Il était une fois un méchant banquier qui vivait dans une jolie petite maison.

33 VOIX

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Claire Dévas
Claire Dévas · il y a
La morale de cette histoire est qu'il ne faut jamais avoir confiance en son banquier pour gérer son argent ! S'ils en étaient capables le monde irait bien mieux ! Non ?
Et les enfants ne vivraient pas dans des favélas...
http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/le-feu-follet-de-navotas

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Virgo34
Virgo34 · il y a
Un conte qui colle à l'actualité. Mon vote.
Mon Ombrecito est en finale de la Matinale. Si vous voulez aller le lire, c'est par ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ombrecito-acrostiche . Merci pour lui.

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Mamspaps
Mamspaps · il y a
Superbe texte j'aimerai pouvoir en faire autant
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Claire-Solène
Claire-Solène · il y a
Magnifique contraste entre le ton enfantin de la narration et la cruauté de son contenu. Je vote. Dans un style assez différent, je vous invite à lire ma petite histoire philosophique : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/je-suis-pas-malheureux
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Plotine
Plotine · il y a
Des histoires comme ça, en 1993, annus horribilis, il y en a eu à la pelle. Dans l'indifférence générale d'ailleurs. C'est bien que quelqu'un consacre une histoire, joliment racontée... à ces histoires. + 1
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Cajocle
Cajocle · il y a
Consequences de la crise des subprimes.
Mon vote bien entendu.

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Luc M
Luc M · il y a
C'est limpide. Le pire c'est que c'est vraiment comme ça que cela se passe. Je me souviens personnellement que j'avis voulu emprunter à une époque, le banquier m'avait repondu : je peux pas vous n'avez pas assez de couverture ? Ah, c'est quoi donc que cette couverture ? ( j'en avis dans une armoire mais j'ai bien pensé que ça devait pas être ça. ..) - Ben pas assez d'epargne, d'argent quoi ! En fait pour emprunter, je savais pas mais faut DEJA avoir l'argent.
Bref, super on a bien l'image comme on dit vulgairement.

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Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Belle histoire bien construite dans un style original qui met en relief l'essentiel de cette famille face au banquier! C'est une veritable tranche de la vie actuelle! Bravo! Mon vote # 21! Mon poème, FROIDEUR, est en compétition pour le Grand Prix Haïku Hiver 2016!
Je t’ invite à venir le lire et le soutenir si le cœur t’ en dit. Merci!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/froideur#vote-form

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Laurette
Laurette · il y a
J'aime beaucoup la répétition de mots qui rythme l'agacement lorsque cet affreux phénomène apparaît, j'en ai rencontré plusieurs de cet acabit - pour info vraie le mien de vilain banquier s'appelait Vilain donc facile à identifier ... une caricature de banquier qui a vite mis son portrait en bonne place dans votre conte... j'aime pas que la gentille famille ne lui pète pas la mâchoire ...sourires ... mon vote Laure et ici vous verrez il n'y a que des gentils ;-))) si vous ne connaissez pas ma poésie je vous invite à me lire si vous le désirez ... bonne soirée
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/poseidon-aux-ecumes-bleutees

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François Duvernois
François Duvernois · il y a
Votre sympathique conte n’est pas sans rappeler l’actualité. Beaucoup d’humour. Mon vote.
Si cela vous dit, je vous invite à lire :
http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/chemin-detourne-1

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Laure Malaprade
Laure Malaprade · il y a
Merci beaucoup François ! Je suis allée lire votre nouvelle pour laquelle j'ai voté et commenté.
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