Julie B

Julie B

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235 voix

Depuis le parking il la regarde, la grande porte en verre fumé marron, à ouverture automatique dès qu'on approche à moins de trois mètres.
Le genre de porte devant laquelle on ne peut pas hésiter, changer d'avis au dernier moment et s'enfuir, il est trop tard elle est grande ouverte, l’hôtesse d'accueil vous a vu. On ne peut pas juste l'entrebâiller, glisser un oeil et repartir.
Elle est là, brutale et efficace. Pas d'échappée possible.
Il avance lentement. Ce sera ce soir, elle lui a dit.

Il franchit la porte. Une décharge de vert pâle et marron s'abat sur lui en même temps qu’une douce tiédeur. Il oublie le ciel bleu et le soleil qui chauffe tout à blanc dehors. Une salle à sa droite, quelques chaises, une plante verte. « Salon Serrat », il en déduit le lien avec les deux reproductions au mur. Une famille chuchote, un fauteuil roulant au milieu. Un garçon fait rouler doucement sa petite voiture qui s’ennuie.

Elle n’est pas là. Il se dirige vers l'ascenseur. Encore des portes automatiques, il ne peut plus reculer une fois entré.

Il sort au deuxième. Le « salon Degas » lui fait face, grand ouvert. Une télévision allumée, le son au maximum, retransmet le tour de France. Cinq spectateurs assis, cinq paires de chaussons l’entourent. À côté deux tables installées, avec des jeux de dame et des dominos, inoccupées. Les cinq têtes se retournent lentement vers lui puis reviennent fixer leurs yeux sur la télévision : le visiteur n’est pas venu pour eux. Il ne voit rien dans les regards qu'il croise. Du vide.
En dehors des sons du tour de France, le silence règne, laissant s’exprimer les odeurs d'urine, de soupe et de gâteau mélangées.

Il prend le couloir de gauche. De chaque côté, des portes, la plupart ouvertes sur des chambres immobiles. Des silhouettes allongées, endormies ou les yeux posés sur un écran, sur rien. Aucune voix. Tout semble ralenti, lui-même freine son pas et s’efforce de réduire le bruit de ses chaussures sur le sol.
Une femme va et vient sur quelques mètres en se tenant au mur. Elle stoppe sa déambulation pour le regarder s’avancer vers elle et la dépasser. Il la salue de la tête, elle ne bouge pas. Pas un mot ne sort.
Plus il s’enfonce dans le couloir, plus les bruits se font sourds, plus la lumière du jour s’éteint, la vie s’éloigne.

Il arrive à la chambre 203. La porte est fermée. Il entend de la musique classique. Il est soudain épuisé. Les larmes lui montent aux yeux, mais elle le lui a interdit. Il ravale tout et frappe à la porte.
— Oui.
Elle est là, elle danse. Ses bras ondulent tandis qu’elle tourne très lentement sur elle-même, ses pieds nus effectuent de petits pas.
Elle est maigre, vieille, son corps abîmé est perdu dans sa longue robe noire.
Son tour se poursuit et elle le voit. Elle lui sourit, elle ne dit rien, lui non plus, tout a déjà été dit et convenu. Ce sera ce soir, elle l'a décidé. Elle s'est un peu maquillée, a mis sa chaîne en or. Elle a tout fait pour être belle, sa mère. Quand la musique s'arrête, elle s'assoit sur le lit, met ses mains de chaque côté de son corps, reprend son souffle et attend.
Il sort de son sac les somnifères qu’elle lui a demandés. Beaucoup, assez pour en finir, ce soir. Elle hoche la tête, les prend et les range dans sa table de nuit. Elle le regarde à nouveau.
Il prend sa main, l'embrasse et quitte la chambre sans un mot, ainsi qu'elle le lui a ordonné.

235 VOIX

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Christophe
Christophe · il y a
Une lecture fort agréable qui fait écho au souvenir de "Quelques heures de printemps" avec Vincent Lindon.
L'euthanasie par assistance, ou le plus fort des actes d'amour : un très beau thème pour un très beau texte.

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Graziella
Graziella · il y a
waouh j'ai adoré, très bien écrit, sujet difficile, on ressent tout avec le personnage
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Nadine Gazonneau
Nadine Gazonneau · il y a
Excellent TTC fort bien construit et agréable à sa lecture. Mon vote avec plaisir.
Aujourd'hui mon haïku "le grand noir du Berry" est en finale du prix haïkus. Je vous invite à le découvrir. En vous souhaitant une bonne soirée. http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/grand-noir-du-berry

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Pieuvre à plumes
Pieuvre à plumes · il y a
Touchant sans en faire des tonnes, j'apprécie!
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Moniroje
Moniroje · il y a
Ça prend à la gorge!
ça ne devrait pas...

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Laurence Germain
Laurence Germain · il y a
Poignant. Simple, sobre mais totalement émouvant. Désolée de passer si tard.
Viendrez-vous lire et peut-être soutenir ma nouvelle en lice : http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/zig-001-et-autres-gars-de-mon-quartier ?

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Yann Suerte
Yann Suerte · il y a
Un récit finement écrit ...Superbe. Si vos pas vous y perdent je vous invite à visiter mon Atelier, en finale d'automne. Belle journée
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Océan
Océan · il y a
Plein d'émotion dans votre texte. J'ai beaucoup aimé.
Puis-je vous inviter à aller faire un tour sur ma page pour découvrir mon texte en compétition aussi...

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Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Une description volontairement déshumanisée pour une fin de vie solitaire et hélas réaliste. Mes votes.
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Agathe
Agathe · il y a
Très beau texte !!!
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