3
min

Un train peut en cacher un autre

Aloc

Aloc

287 lectures

249 voix

PROLOGUE
C’était un jeu banal, auquel nous nous livrions,
Pour la joie, le plaisir, la fierté, l’émotion.
Autour d’un bon dîner, toujours bien arrosé.
Écrivains débutants du « cercle des duvets ».
Chacun de nos amis, apportait un écrit,
Sur lequel nous devions, émettre un avis.
Il était tard déjà. Nos esprits embrouillés,
Tournaient au ralenti, hésitants, sans idées.
Nous avions disserté sur chacun et chacune,
Critiqué, applaudi, dis du mal ou du bien.
Il était déjà tard et nous cherchions en vain,
Sur le prochain sujet, une pensée commune.
Lorsque quelqu’un hurla, dominant la querelle
« Et si nous écrivions sur le thème du Train ? »
Les « oui » furent nombreux, et me voila contraint
Sur ce sujet bateau, d’écrire une nouvelle.
À force de chercher, en mal d’inspiration,
Des idées, des sujets ou des situations.
À force de courir sur les voies, dans les gares
D’Orsay, du Nord à l’Est, Lyon et Saint Lazare,
Je n’ai pu en dix jours, écrire un seul mot.
Je souhaitais Austerlitz, et ce fût Waterloo.
J’ai perdu la raison, entre voies et horaires.
Le Chaix n’existe plus, je n’ai plus de repaires.
J’ai fait tomber ma plume, je n’ai plus de chandelle,
Il m’est donc impossible d’écrire une nouvelle.

J’avais élaboré et fait un inventaire,
De tout ce qu’il fallait sur les chemins de fer.
J’ai cherché les romans, les films et les chansons,
Les pièces de théâtre, les mots, les expressions,
Les affiches, les jeux, les formes et les bruits,
Les odeurs, les couleurs, les modèles réduits.
Je vous livre, non pas un vrai roman de gare,
Mais des mots et des phrases aux tournures barbares.
Je vous prie d’accepter, ce modeste inventaire
Indigne de vous tous et surtout de Prévert

INVENTAIRE
Éloignez-vous des quais, attention au départ.
Nous allons embarquer, préparez vos mouchoirs
E pericoloso, verboten, interdit.
La mythique B.B., deux essieux, deux boggies.
Le Talgo « Pendular », le « Topo » tortueux.
L’auto-train, un train jaune, un express, un train bleu,
Wagons bars, restaurants et wagons à bestiaux
La bataille du rail, résistants, cheminots.
Quarante hommes, huit chevaux et des millions de morts.
Le train fantôme et fou, sans passagers à bord.
Les trains de l’histoire, de Rethondes à Montoire.
P.L.M., T.G.V., Capitole, Eurostar.
L’Orient-Express. Des vols, un crime mystérieux.
Des bijoux, de l’argent, des voleurs audacieux
Hercule Poirot, ou Arsène Lupin.
Madone des sleeping ou vulgaire aigrefin
Moscou-Vladivostok, transsibérien glacial.
Un train d’anthologie, le fameux train postal.
Micheline, Corail, Thalys et Wagons-lits.
Ces prénoms et ces noms sont tellement jolis.
Le Trans-europe-express, compartiment tueur.
Les trains du Far Ouest et les trains du bonheur.
Le Shinkansen nippon. La « palombe d’argent ».
Arthur Honegger, orchestre, chœurs et chants.
Les duos, les « club quatre » et les places « solo ».
Cinémas et théâtres, poèmes et polars.
Gabin, « la bête humaine » et « l’homme du hasard ».
Aucun train en avance, mais certains en retard.
Les pylônes, viaducs, les tunnels pleins de noir.
Et le train sifflera, je m’en souviens, trois fois.
Il sautera aussi, déraillera parfois.
L’intérêt de nos vaches, pour voir passer les trains
Ou le jet sur la voie, de pierres et de parpaings
Westinghouse et Pullman, tender et caténaire
Passages à niveau, feux et gardes-barrières.
Les cartes enfants plus, seniors, handicapés
Compartiments bagages, trop souvent condamnés.
Sièges de moleskine, soufflets, couloirs, tampons.
Scories, vapeur et pluie, traverses, rails et ponts.
Odeur de pâté d’oie et d’orange pelée,
Du couple retraité, en train de déjeuner.
Hurlements des enfants, ronflements, mots croisés
Mobiles trop bruyants, Game-boys déchaînés.
Sourires ébauchés, et regards détournés.
Genoux si recherchés, adresses échangées.
Le chien s'est endormi. La dame est attendrie.
Ils font des jeux de mots, calembours, mots d’esprit.
« Connaissez-vous Monsieur, du train les avatars ? »
« De mesures », il arrive en principe trop tard.
« De sénateur », il a, le pas lent des vieillards.
Bissé et « quotidien », il devient ennuyeux
Suivant le mot « arrière », il attire les yeux.
Et il n’y a que Lui qui ne passa dessus,
Disait-on d’une fille de petite vertu.
Si on le « prend en marche », on manque le début.
On peut botter celui d’un fieffé malotru
Si on en mène un « grand », c’est qu’il est dispendieux.
Quant à celui des pneus, il en comporte deux.

EXCUSES
Cher lecteur voyageur, aimant le littéraire
Je sens que vous allez me dire de me taire.
Mais on n’arrête pas un train si bien lancé.
Heureusement la chance est de votre côté,
Car mon wagon d’idées vient d’heurter un butoir.
J’arrive au terminus. C’est la fin de l’histoire.

249 VOIX

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Me voilà arrivée à bon port après un époustouflant voyage. Surtout Aloc ne vous excusez pas d'avoir transporté tous vos lecteurs si agréablement ! Pour ma part j'ai pris 5 billets avec RESA pour le prochain poème !
·
Jean-Michel Palacios
Jean-Michel Palacios · il y a
Une bonne partie de ma vie active se passe dans un train.
Alors les histoires me viennent facilement.
Amitiés
JM
A vous lire sur "Seuls les amoureux"

·
Louise Calvi
Louise Calvi · il y a
Excellent, vraiment. Que les rails vous mènent loin.
·
Fergus
Fergus · il y a
Bonjour, Aloc
Original, et mené - si j'ose dire - avec beaucoup d'entrain !

·
MissFree
MissFree · il y a
Mon soutien renouvelé !
·
Polopoil
Polopoil · il y a
Une tirade à la Rostand, il fallait l'oser...
·
Saint Sorlin
Saint Sorlin · il y a
Tchouc tchouc ! +5;-))
·
Hel
Hel · il y a
C'est hyper original et osé, et pour cette liberté j'aime beaucoup, aussi qu'on voyage au-travers des détails.
·
Rtt
Rtt · il y a
Jouissif, superbe, original on lit pas on roule !
Bravo tous mes votes

·
Rtt
Rtt · il y a
Je voulais dire toutes mes voies...mais c'est raté maintenant!
·
Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
Et tout ceux qui mènent un grand train de vie, doivent payer les loyers que leurs locaux motivent ! En tout cas, un bien joli poème qui concurrence Twist-SNCF. J'ai eu peur que vous n'eussiez oublié la Bête Humaine. Elle est bien là avec Gabin. Bravo, Aloc. Vous avez mes cinq votes.
·