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 Vers libres  Drame

Le monstre de foire

Yannick Pagnoux

Yannick Pagnoux

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824 voix


Ici, l’odeur est omniprésente
Une odeur d’aliments
Mêlés de sang et d’urine
Faisant, d’un jour ensoleillé
Bonheurs et malheurs de badauds entassés
Dans une foule des grands jours.
Tous sont venus, attirés
Par le parfum de la mort
Pour assister à la foire
Et voir ses montreurs d’animaux.
La place est noire de monde
Devenant en un instant, Cour des Miracles
Où se mélangent mendiants et bohémiens,
Queues-de-pie surmontées de leurs hauts-de-forme
Relevés des couleurs pastel
De quelques robes qui traînent leurs guêtres
Dans l’arène s’accrochant aux chaussures cirées
Des beaux messieurs et des belles dames.
Les cigares fument et les voix s’élèvent
Jongleurs, danseurs et clowns pour les distraire.
Mais peu de regards pour eux
Tous écoutent ce M. Loyal qui joue son héraut.
Ici, on trousse et on détrousse
La foule grandit, et les gens se pressent
Riches comme pauvres
Les ombrelles se mêlent
Et toutes les voix s’élèvent.
On observe hypnotisé
Cette caravane posée devant eux
Où les costumes noirs jouent leurs rôles
Fossoyeurs des bonnes consciences.
On crie, on hurle : « Baissez le rideau ! »
On crie, on hurle, mais derrière le rideau
On n’entend qu’une voix douce
Emplie d’une douleur
Qui crie sa vérité avec un bâton qui s’abaisse.
On ignore les appels de cet animal qui souffre
On veut juste le voir, le contempler
Cette simple erreur de la nature.
Passe la cruauté de l’instant
Ici, le rideau se baisse enfin
Laissant apparaître le monstre de foire.
Lamentations et gémissements
Les femmes pleurent
Les hommes tournent le regard
Les ordures volent en direction de la bête
Certains vomissent
Et on cache les yeux des enfants.
Ici, ce qu’il y a de plus bas en nous s’affiche
Pas de miroirs en ces lieux,
Pour le voir,
Ceux qui se croyaient humains
Ayant redécouvert leurs pires instincts.
Si un animal devait se définir par le syndrome de Protée
L’homme éléphant repose en paix à présent.
S’il vous plaît, ne l’oubliez plus maintenant,
C’était bien plus qu’un simple être humain
Et il s’appelait Joseph Merrick.

824 VOIX


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Dominique Gauze
Dominique Gauze · il y a
respect vous avez beaucoup de talent monsieur
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Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Je parcourais votre page et me suis attardée sur ce texte. Ne connaissant pas Joseph Merrick, je suis allée sur Google, ce qui m'a permis de mieux apprécier ce texte...
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Titine30
Titine30 · il y a
J ai aimé +++
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Sara Do
Sara Do · il y a
C'est superbe ! ça coule dans l'horreur la plus totale. ça reflète le bon comme le mauvais qui n'appartient qu'à nous "Êtres Humains". Nous sommes capables du pire comme du meilleur et notre existence n'est-elle pas de toujours nous améliorer ? D'essayer de mettre à jour nos talents multiples pour nous relier les uns aux autres ? Sans oublier un espace de liberté vitale pour chacun d'entre nous. Le monstre est là, la bête humaine n'est pas l'homme éléphant, mais l'ignorance qui est en nous. Merci pour le dire ! D'étoilement ♫♪♫♪
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Odile Noel-Shinkawa
Odile Noel-Shinkawa · il y a
Ca me fait penser à ce que Baudelaire disait à propos de transformer la boue en or... Ici il s'agit de transformer la cruauté en poésie...
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Yannick Pagnoux
Yannick Pagnoux · il y a
Je vous remercie de ces mots
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Isabelle Lambin
Isabelle Lambin · il y a
Vous savez transmettre les émotions avec dextérité et contrairement à certains commentaires que j'aie pu lire, votre texte en prose ne me gêne absolument pas. La prose reste de la poésie. Je pense qu'un poète parle avant toute chose avec son cœur. Peu importe à mes yeux que l'on respecte les règles de la poésie classique ou pas. Le monde change, évolue. Pourquoi ne pas laisser la poésie, elle aussi, évoluer avec son temps ? Écrire pour moi c'est être libre, libre de s'exprimer comme on le ressens, selon nos humeurs et nos envies. L'écriture reste un reflet de soi, un espace de liberté. Que le lecteur adhère ou pas, l'essentiel reste, je pense, de ne pas se trahir.... Vous avez mon vote.
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Christine S. Moiroux
Christine S. Moiroux · il y a
Quelle histoire! Je vous invite à venir lire ma dernière nouvelle, très poétique, en compet cet hiver. Au plaisir de vous lire encore
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Pierrot
Pierrot · il y a
La "valeur" de ce "poème" en prose manifestement, est toute subjective! Sur quelle base est-il jugé? Et par qui? Il est fort compréhensible qu'il soit source de débat!
En primant celui-ci qu'elle valeur donnons-nous à la poèsie plus classique?
Il n'y a donc plus aucune hierarchie ni forme?
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Yannick Pagnoux
Yannick Pagnoux · il y a
Puis je me permettre une réponse ? Ou peut-être accepteriez vous de lire mes œuvres en alexandrins ? Ne pensez pas que je en respecte pas le classique, ou bien que je dise stop à cette forme de poésie, bien au contraire mais dans ce cas, le prosaïsme me semblait juste plus adapter
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Pierrot
Pierrot · il y a
J exprimais juste un questionnement au sens général, mais bien entendu SE nous laisse toute opportunité et la liberté d utiliser la forme que l on veut ( sonnets alexandrins proses slams...)
Effectivement, j ai pu lire quelque uns de vos poèmes sonnets et alexandrins!
Vous savez manier la plume habillement et de belle manière.
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Anna Logon
Anna Logon · il y a
une ambiance freak-show découverte en même temps que le site... Sorry, mais j'aime
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Shir
Shir · il y a
La définition de la poésie est un sujet bien trop vague et complexe pour polémiquer sans argumenter sur au moins sept pages (à vu de nez, sept, c'est un bon chiffre).
La poésie peut être minimaliste, chargée, sonore ou visuelle, et la frontière entre les genres de l'écriture est toujours assez floue.
Cette catégorisation forcée est le problème, pas le texte, mais elle reste néanmoins nécessaire sur un site comme celui-ci.
Vous imaginez une nouvelle en vers? Il en existe pourtant. Et que dire du théâtre en alexandrins alors
La littérature devrait être une forme de liberté, pas de contrainte est de classification, je trouve ça stupide.
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