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24 voix

Ma muse s'égara par un beau soir d'été
Dans la forêt touffue où chaque arbre est un songe,
Où chaque ombre ternit les plus belles gaietés,
Où chaque bruit furtif, d'inquiétude, vous ronge.

Cherchant avant la nuit lieu plus rassurant,
Elle se dirigea vers la pâle lumière
Qui perçait faiblement le feuillage troublant
Et semblait indiquer une proche clairière.

Cette histoire, commencée comme un conte de fée,
Ne peut continuer sans un château étrange,
Il se dressait là-bas, à l'orée des futaies,
Éclairant l'horizon d'une lueur orange.

Empressée de quitter ces endroits incertains,
Muse prit à grands pas le chemin tortueux,
Se détermina vite en nul autre destin
Que de trouver abri au fort majestueux.

Nul garde ne barrait le pont-levis baissé,
Les barbacanes vides n'étaient plus que décor,
Sur le haut des remparts, pas de lance levée,
Aucune vie n'armait les mâchicoulis morts.

Quelques flambeaux brûlaient dans la cour intérieure,
Leurs flammes vacillantes montraient un escalier
Que ma muse emprunta malgré la grande peur
Qui étreignait son être et bloquait ses pensées.

Chaque marche gravie avec prudence extrême,
Elle aboutit là-haut dans une grande chambre,
Éclairée par les seuls rayons de lune blême;
Muse passa l'entrée, tremblant de tous ses membres.

Elle apaisa sa peur alors qu'elle aperçut
Une blonde beauté d'une rare finesse,
Sur un grand lit tout blanc qui dormait étendue,
N'en fallait pas douter, c'était une princesse.

Les voiles accrochés aux fenêtres ouvertes
Ondulaient lentement sous la brise légère,
Tout encore chargée des mille senteurs vertes,
Humeurs indéfinies, mi-douces, mi-amères.

Une grâce divine habillait notre belle,
Figée sur le grand lit en figure de danse,
Tout son corps palpitait au milieu des dentelles
Et offrait à la nuit la plus tendre innocence.

Qu'un être aussi faible puisse à ce point montrer
Autant d'insouciance aux périls de la nuit,
Troublait profondément ma Muse qui était,
De sinistres pensées, de nouveau, envahie.

Forçats, voleurs, malfrats en quête de larcins,
Tueurs impénitents qu'aucun acte n'arrête,
Guerriers syphilitiques en manque de putains,
Sorcières échevelées, mais quels dangers la guettent !

Comme par ces visions terribles appelé,
Au bas de l'escalier, un pas sourd résonna.
Dans un angle cachée Muse alla se terrer,
Le pas se rapprocha et Dracula entra.

Grand, racé, tout aussi élégamment vêtu,
Muse l'avait toujours imaginé superbe,
Beau visage émacié aux canines pointues,
Mais celui que l'on vit n'était pas de cette herbe.

Il était rabougri, petit et bedonnant,
Ses canines émoussées portaient quelques caries,
Un homme qui, de sa vie, n'a bu que mauvais sang
Et paraissait avoir précocement vieilli.

Il espérait faire une cure de jouvence,
S'abreuver au sang frais de notre demoiselle
Et ses yeux pétillaient déjà d'impatience,
Morbide avidité dilatait ses prunelles.

Muse aurait bien voulu que n'arrive le pire,
S'opposer fermement au macabre festin,
Mais une Muse n'a pas plus d'arme qu'un rire,
Ni de force plus grande que le chant d'un serin.

Dracula s'approcha de la belle endormie,
Cherchant sur son long cou trace bleutée des veines,
Il en vint à poser un genou sur le lit,
Sa bouche, il effleura, sentant sa chaude haleine.

Au moment de planter ses canines jaunies,
De souiller à jamais l'être si délicat,
De commettre sans gêne aussi triste infamie,
Se courbant un peu plus, son pantalon craqua !

Usé jusqu'à la fibre, au niveau du fessier,
Le pantalon n'avait pas supporté l'effort,
Sur une grande hauteur, il s'était déchiré
Et laissait entrevoir la part charnue du corps.

Jamais Muse n'avait vu scène plus cocasse ;
Elle laissa partir un long éclat de rire,
Monstre montrant ses fesses à en perdre la face,
A t'on jamais vu pire en déclin de vampire?

L'éclat moqueur frappa Dracula en plein cœur,
Une main cherchant à masquer le bas du dos,
L'autre portée au front, empourpré de stupeur,
Le maître honteux s'enfuit et se jeta à l'eau.

24 VOIX


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Gouelan
Gouelan · il y a
Poème conte d'un Dracula qui perd sa culotte, que cela fait du bien de se moquer des puissants, tout en rimant.
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Jojo
Jojo · il y a
Merci de votre lecture, ça rime à rien de se moquer des puissants, ils s'en sortent toujours! Un jour, peut-être...
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Bernard Boutin
Bernard Boutin · il y a
Poème au souffle épique, aux airs de tragédie romantique, prenant un virage à 180°, pour se transformer en farce comique, à la morale on ne peut plus claire : le mythe était mité. Bravo ! Pour ma part, je vous propose de troquer momentanément le rouge sang de "Dracula", contre le rouge sang des "Cerises" !
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Jojo
Jojo · il y a
Merci pour cette agréable analyse digne d'un prof de lettres!
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Thara
Thara · il y a
Il fallait s'y attendre, le pantalon n'a pas la vie éternelle, n'en déplaise à Dracula. Il aurait mieux valu, passer chez un tailleur, avant de se lancer dans une envie de planter ses vieilles dents jaunies dans une belle peau laiteuse !
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Jojo
Jojo · il y a
Vous, je devine, vous êtes dans la confection, je vous sais gré de ne pas m'avoir taillé un costume!
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Thara
Thara · il y a
Mais non, vous êtes dans le flou. Exit le costume taillé, j'adore l'humour. Et, quand un texte est trop bien écrit, je craque avec des mots.
Je ne suis pas dans la confection !
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Wall-E
Wall-E · il y a
Il y a de très belles choses dans ces vingt-deux strophes écrites pour la plupart en alexandrins. Quelques petites erreurs techniques facilement corrigeables et le tout deviendrait épatant. La dernière strophe est selon moi à revoir, à cause de deux erreurs techniques trop voyantes et qui cassent le rythme. Exemple : le second vers ne respecte pas la césure à l'hémistiche (Une main cherchant à...) n'est pas conforme aux règles de prosodie. De même, au dernier vers : ici la césure ne se situe pas à "s'enfuit" mais à honteux, car le "e" de "maître" n'est pas élidé et compte pour une syllabe. Nous avons donc affaire à un vers de 13 syllabes, soit : "Le/maî/tre/hon/teux" = 5 syllabes + 8 syllabes pour "s'en/fuit/et/se/je/ta/à/l'eau". De plus, tout mot finissant par une voyelle autre que "e" doit être suivi d'un mot commençant par une consonne. Ainsi, après "ta", le "à" de "à l'eau" est incorrect.
Je me suis permis de vous donner quelques petits tuyaux qui devraient vous permettre de corriger ces erreurs, car votre plume est sublime et, une fois ces erreurs proscrites, le tout devrait être sensationnel. Bravo pour l'ensemble de ce poème !
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Jojo
Jojo · il y a
Quel boulot vous vous êtes donné! Vous avez compris, j'écris à l'instinct et je ne suis pas expert en versification. Le texte affiché sur Short ne changera pas car j'ai essayé sans succès de le faire. De toute façon pour ce que je fais de mes vers...! Toutefois, j'aime à les dire et m'attache à la musique des mots et des phrases, et je m'arrange! Votre intervention n'aura pas été vaine, j'en tiendrai compte!
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Yann Jean Eon
Yann Jean Eon · il y a
Joli texte, je vote ! Moi je suis plus dans l’humour et l’histoire. Si cœur t’en dis, jette un coup mon récit sur short édition : Le magot de Joe Pépin-de-pomme et si tu aimes le texte, vote pour lui amicalement Yann Éon
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Jojo
Jojo · il y a
Merci! J'attends une accalmie pour vous lire!
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Geny Montel
Geny Montel · il y a
Et voilà où ça mène de se faire du mauvais sang :-))
Un conte revisité de manière très cocasse !
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Jojo
Jojo · il y a
Merci, votre agréable compliment me touche beaucoup!
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Chablik
Chablik · il y a
Un conte joliment troussé qui ne se prend pas trop au sérieux. Mon vote
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Jojo
Jojo · il y a
Merci! Je nage dans le site et je ne vois pas toujours tous les poissons!
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Jo.L
Jo.L · il y a
Chapeau!
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Jojo
Jojo · il y a
Merci, les compliments les plus court sont les meilleurs! GL
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Landry des Alpes
Landry des Alpes · il y a
Bravo j'admire vos alexandrins et rimes
Et ce Dracula est à mourir de rire
Je reste un peu sur ma faim: peut-être une dernière strophe aurait pu la combler
Attention à vos pieds qui dérapent : Sorcières échevelées fait 7 pieds
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Jojo
Jojo · il y a
Merci de votre aimable pertinences et de votre soutien!
GL
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Guy Bellinger
Guy Bellinger · il y a
Dracula désacralisé. De sang frais, rien à siroter et de pleine lune, rien que son fessier ! Bien écrit et très drôle.
J'ai moi aussi maltraité ce pauvre prince de la nuit dans deux œuvrettes qui, peut-être vous feront sourire à votre tour : "Vampyr" (http://short-edition.com/oeuvre/poetik/vampyr) et "Vampyr II, ou le vampire de Senlis" (http://short-edition.com/oeuvre/poetik/vampyr-ii-ou-le-vampire-de-senlis). N'hésitez pas à y planter vos canines.
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Jojo
Jojo · il y a
merci de votre attention, je ne manquerai pas de lire vos productions, mais pour l'instant j'ai un peu de mal avec le site de short édition
Cordialement GL
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