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Rien ne sert de courir

Zelig

Zelig

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92 voix

En me retournant, j’ai bien vu que je n’avais plus que quelques mètres d’avance.
Je sais que c’est essentiel de les conserver. L’idéal serait même que je creuse l’écart.
Mais pour le moment, j’essaye plutôt de ne pas m’évanouir.

Des larmes involontaires coulent le long de mes joues. Mes poumons sont au point de rupture. J’ai très vite perdu mon rythme de respiration et là j’agonise.
L’autre con en profite pour gagner du terrain et ça me crispe.
J’accélère. Juste un peu. Parce que plus, c’est impossible.
Pourtant, j’aimerais tellement donner à ma course une esthétique un peu désinvolte, qui laisse à mon poursuivant l’impression que me rattraper n’est pas une possibilité. Porter le buste droit et la tête haute, lever les jambes et synchroniser les bras, veiller à mon souffle. Courir fier. Le fils du vent.

Au lieu de ça, j’ahane comme un mulet en pleine insémination. Y a aussi un truc vraiment pénible qui martèle l’intérieur de mes tempes. Mes bras s’agitent dans tous les sens, mes pieds heurtent tout ce qui traîne, y compris mes jambes, on dirait un pantin en chiffon. Et ma tronche, mon Dieu, ma tronche.
Je suis hideux, l’effort me fait grimacer. J’ai les yeux qui insistent pour sortir des orbites, le coin des lèvres qui s’approche étrangement de mes lobes d’oreille. Un peu comme si je m’étais offert un lifting chez Lidl.

Mais je n’ai pas le choix, il remonte. Tout près, presque à me toucher.
Je donne tout ce qui me reste. Mais il reste très peu.
C’est quand même pas possible. Je me suis préparé comme jamais pour aujourd’hui. Je ne peux pas échouer maintenant. Allez, plus que quelques mètres et c’est gagné.
Il se rapproche encore. Putain qu’est-ce qu’il est près maintenant. Trop je trouve.
Je ne sais pas si c’est mon cerveau hyper ventilé qui me joue des tours mais il me semble que sa main a même frôlé la mienne.
Putain, allez, tiens bon.

La voiture avec les autres salauds a finalement démarré sans moi presque au moment où il m’a plaqué la tête sur le trottoir.
Les sirènes de la banque hurlent à tue-tête.
Il est aussi essoufflé que moi, mais dans un râle, en me passant les menottes il me glisse quand même « T’inquiète connard, tu vas avoir au moins dix ans pour améliorer ta foulée ».

92 VOIX

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Celine the angel
Celine the angel · il y a
C'est vraiment génial !!! Je ne m'attendais pas à cette fin !! Vous arrivez à maintenir le suspense jusqu’au bout ! Bravo !!
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Zelig
Zelig · il y a
Merci beaucoup et enchanté que ça vous ait plut. a bientôt
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Nicolas Juliam
Nicolas Juliam · il y a
j'étais passé à côté, en courant, je n'avais pas vue le texte donc bravo. à + sur short
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Zelig
Zelig · il y a
Moi pareil. D'ailleurs je ne cours plus, sinon je loupe des textes. Saleté de sport
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Azalée
Azalée · il y a
Bravo ! Texte original avec une "chute" vraiment excellente et complètement inattendue.
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Zelig
Zelig · il y a
merci. Ravi de vous avoir surpris
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Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Félicitations Zelig! Zelig? L'homme caméléon de Woody Allen? Le personnage de Achtung Zelig la BD sur la déportation? Ou alors êtes vous l'auteur de BD himself? En tous cas vous devez être maintenant "selig" (ravi, fou de joie) de cette victoire que je trouve, à la lecture de votre texte, amplement méritée. Un petit polar en quelques lignes. Je file maintenant à toutes jambes lire vos autres productions .
Une concurrente et néanmoins admiratrice sincère de votre style.
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Zelig
Zelig · il y a
Selig, sehr selig. Merci vraiment pour la chaleur du compliment. J'ai bien aimé aussi la comparaison roman vs nouvelle avec la course de fond vs le sprint. Top idée.
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Michel Chansiaux
Michel Chansiaux · il y a
on n'insémine pas les mulets ils sont à fois stériles et mâles mais avec toutes ces hormones dans le vélo on ne sait jamais ! Félicitations
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Zelig
Zelig · il y a
Je sais, je suis poursuivi depuis par la caste des veto ultra précis qui veulent me faire la peau pour cette métaphore très approximative. J'ai bien les boules. Mince encore une maladresse dans le contexte.
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Michel Chansiaux
Michel Chansiaux · il y a
Il faut s'le véto / pour voir les dents de devant / d'un âne sur une jument / à se casser le dosIl faut s'le véto / pour voir du mulet les testicules / et de la mule les pleines ovules / même en vivant près du zooIl faut s'le véto / pour voir les belles fesses / d'un étalon sur une ânesse / à moins de prendre le métroIl faut s'le véto / pour voir un bardot savant/ sapé comme un étudiant / sauf à Maisons-Alfort ils sont en promo
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Lau Blue
Lau Blue · il y a
J'ai relu avec plaisir. Très heureuse pour vous :) Bravo !
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Zelig
Zelig · il y a
C'est doublement ultra gentil. Donc deux fois merci
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Lila
Lila · il y a
Tant pis pour les menottes (belle chute), je n'en pouvais plus de courir ! Bravo ! :)
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Zelig
Zelig · il y a
Merci et désolé pour le point de côté
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Lila
Lila · il y a
C'est pas grave. Je m'en suis remise, en même temps que vous ... ;)
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Céline Laurent-Santran
Céline Laurent-Santran · il y a
Oui, victoire méritée, construction et style, j'adore! Bravo!
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Zelig
Zelig · il y a
Eh, c.est super gentil. Merci beaucoup.
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Miraje
Miraje · il y a
BRAVO ! Même si j'écrit sur du vent....
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Zelig
Zelig · il y a
Eh bien merci. Vous écrivez sur du vent pour ne pas faire de bises ?
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Miraje
Miraje · il y a
... A la vitesse du vent.
Pour la bise... (?), elle arrive dans quelques jours avec "Ma terre" en Poétik.
Sinon, encore bravo pour cette écriture haletante qui colle au sujet comme aux livreurs...Une sueur d'artiste !
Et tant pis pour le mulet ! Il n'avait qu'à faire l'âne !...Une prochaine fois peut-être...???
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Pascale Pujol
Pascale Pujol · il y a
Félicitations! Je n'avais pas encore lu le texte, très bien vu.
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Zelig
Zelig · il y a
Moi non plus je ne l'avais pas encore lu :-).
Merci beaucoup
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