33 lectures

4 voix

Nouvelle homoérotique


— Pourriez-vous, je vous prie, m’attraper mon magazine ?

La voix m’a fait sursauter alors que mes yeux flânaient, perplexes, sur l’étal bigarré. Je me retourne et l’aperçois, en contrebas. Une bouille de boy-scout. La brosse blonde très rase. Deux yeux francs et rieurs.

— C’est un des seuls trucs que je peux pas faire tout seul. Il faut toujours qu’ils rangent mon mensuel tout en haut. Sans doute à cause des mômes...

La trentaine, à peine, une gerbe, un soleil, un magnifique élan... et ce regard ! Quand il m’annonce le titre de la revue de charme qu’il convoite, un mensuel gay que j’achète parfois, son ton paisible et déterminé me sidère. Nulle gêne écarlate, nul embarras dans la voix. Acheter un journal homo lui semble aussi banal que de virevolter en fauteuil roulant dans le Relay Presse du Trocadéro !

La couverture du numéro d’été est plus que séduisante, ensorcelante : l’éphèbe nu porte au cou un collier de volubilis, sa chair est rose et lisse. Sous ses paupières demi-closes, l’androgyne coule vers le lecteur un long regard boudeur. La bouche est entrouverte, les lèvres purpurines et la mince encolure, jaillissant des corolles, a des grâces de gazelle. Sur la poitrine glabre, élancée, harmonieuse, deux boutons de rose propices aux cueillettes. Tout est lisse et suave, gracieux, voluptueux. La beauté incarnée. Un miracle de virilité ambiguë, alanguie, fondante et pourtant masculine, tout en apesanteur affichée et en roideur promise dans les pages centrales. La jambe gauche, posée sur un trépied (masqué par le titre), dégage une entrecuisse généreuse et galbée. Pas une once de graisse, pas un épi de poil, juste une mousse blonde frisant sous le nombril. Et le slip neigeux offre aux (a)mateurs le trésor de la Toison d’or : ni trop serré ni trop lâche, le contenant moule le contenu juste en le suggérant, mettant en appétence grâce à la froissure et faisant supputer, sous la tige penchée, le poids des deux fruits mûrs rebondis et mafflus. Des espèces sonnantes et trébuchantes dans un écrin d’Hawaï, pour 5 € seulement, c’est tentant, non ? Je ne puis résister et prends deux exemplaires.

— Je vois que tu es toi aussi un connaisseur...

Mon fringant invalide a siffloté d’admiration puis éclate de rire. Quand il parle, sa voix a le moelleux d’une flûte traversière mais le rire, telle une baguette magique, la transforme en saxo. À l’évidence, il se fout de moi et de mon air embarrassé. En fait, c’est vrai, j’ai les boules ; le handicap, ça m’a toujours coincé, et un pédé en fauteuil roulant, en plus, c’est trop trash, c’est injuste... Je sens sourdre au tréfonds une compassion molle. Et une contradiction : putain, cette demi-portion qui m’arrive à la taille, qu’il est sublime et cool ! C’est drôle, c’est moi le valide et, sous ses yeux en vrille et son air volontaire, je me sens le minus. Son regard capture la lumière, un vrai rayon laser qui me sonde et m’appelle. Il mate ou quoi ? Non, il me défie et, sans aucun complexe, incarcéré mais profil haut et torse bombé, il évalue ses chances et rôde sa stratégie. Pas froid aux yeux ! Décidément, même en fauteuil, ce n’est pas une gonzesse, ça fleure bon la teub et la virilité, aussi dru que son eau de Cologne qui pique ma narine. Je me le ferais bien... moi aussi, j’en veux comme dit la pub (je sens l’incongruité de mon fantasme mais pourquoi pas, après tout ?) Bref, je patauge, je ne sais qu’entreprendre, je m’attarde à la caisse en cherchant ma monnaie. J’ai perdu mes repères, ce beau mec ligoté... je n’ose même pas zieuter plus bas sous la ceinture, je me sens vraiment con de me sentir gêné et de triturer toutes ces fausses questions.

Tandis que mon bel handicapé feuillette sans complexes son Beaux Gosses préféré, je navigue à l’aveuglette, comme un gland empoté, entre pitié et curiosité. Et le désir, comme chaque fois, brouille les cartes et met le feu aux poudres. J’ai rougi, triplement : primo, de mon manque d’adaptation au réel et d’une sourde crainte ; secundo, de ma fringale soudaine et impérieuse, et surtout monstrueuse ; tertio, des bites étalées sur le papier glacé que je ne peux m’empêcher de zieuter avidement par-dessus son épaule. Toutes ces queues dressées qui sapent providentiellement mon haut-le-cœur !

Mon handicapé de charme a deviné le trouble qu’il suscite et vient à mon secours. Alors que nous sortons du kiosque et que je m’éloigne le plus lentement possible (ne sachant encore quelle conduite adopter, l’accompagner ou battre en retraite ?), il me rattrape avec son engin. Tête à queue, essieux cabrés et sourire radieux.

— On fait un bout de chemin ensemble jusqu’à ma caisse ? Histoire de bavarder... Au fait, moi, c’est Cédric.

La main qu’il m’a tendue est douce et athlétique, une poigne de boxeur. Il rit fort, deux notes de saxo ténor. Nous voilà avançant sur le large trottoir de l’avenue Georges Mandel. Il n’est que dix heures mais ça cogne déjà. Cédric a enfilé des gants en cuir pour actionner ses roues. (Ouf ! il m’enlève une écharde : fallait-il lui proposer de le pousser ou non ?). C’est vraiment un pro, il file à belle allure et, à ses côtés, je suis obligé de presser le pas. Il faut même que je trotte ! Je peine à suivre la cadence et me mets à transpirer. Nous parlons de tout et de rien – je me contente d’acquiescer car j’ai le souffle court et les chevilles crispées – parfois un écart, un zigzag, de nouveau trois notes de saxo, trois fois rien, le train-train. Cédric est un pro de la conduite et me paraît de plus en plus adapté au bonheur.

— J’aime bien aller près du Troca ; la vue est imprenable sur la Tour Eiffel et sur les touristes. Impayables ! C’est mon lieu d’entraînement préféré. Je déboule les jardins puis je remonte vers l’esplanade. Deux fois d’affilée, chaque matin l’été, à la force des bras. Çà, c’est du sport ! Tu devrais essayer, pour muscler ton poignet, je ne connais rien de mieux !

Son allusion m’a fait rougir et il rit de mon trouble. Il s’ébroue sur son char et piaffe d’allégresse comme un poulain fougueux. Du pur Joshua Redman ! Je l’écoute ébahi. Et nous voilà arrivés près de la station du RER où il gare sa voiture. Je suis en nage, Cédric en pleine forme. Pas la moindre auréole sous ses amples aisselles ! Ni même sur sa poitrine que moule un débardeur. Sous le coton, pointent les deux tétons et ça me fait de l’effet ! J’ai toujours trouvé ces bourgeons bien plus sexy que les gourdes laitières des filles d’Ève, ces lourds appâts qui tombent de sommeil, tellement plus mignons nos haïkus de mec, plus suggestifs, bref, minimalistes. Nulle comparaison !
Cédric a surpris mon regard appuyé. En silence, il fait rouler les muscles de ses bras. Au passage, son sourire malicieux a évalué le manque de tonicité des miens. « Le pôvre ! » semble-t-il murmurer intérieurement. Et son œil se fait encore plus malicieux (il doit avoir une petite idée derrière la tête, non ?), mais sans mépris pour ma normalité, juste un entrain jovial et contagieux.

— Tu peux tâter si tu veux !

J’effleure ses biscoteaux qui bombent hors de la manche. C’est chaud et dur, du pur Superman. Je suis troublé, sans même avoir palpé. Cédric s’est installé dans l’habitacle. En un tour de main, avant même que je pose une question idiote, il a désolidarisé les roues du fauteuil, s’est glissé souplement devant son volant, a replié son engin et l’a escamoté à droite devant le siège avant. Son regard est levé vers moi, toujours malicieux et de plus en plus engageant.

— Comme tu es timide ! Tu peux tâter bien mieux, je suis pas contagieux, tu sais...

J’ai rougi et j’obtempère. En fait, l’énergie de ce mec me gêne. Est-ce dans l’ordre des choses ? C’est moi qui me sens nain et complexé. Par contre, dès que je ne vois plus ses longues jambes inertes, à peine un peu trop maigres sous le survêtement, ça va mieux, rien ne me gêne. Et j’en fais abstraction. Ça tombe bien, assis dans sa voiture, c’est parfait, bien plus clean, ni vu ni connu. N’empêche, je suis désorienté. Quand Cédric a sorti son iPhone de sa poche gauche, j’ai remarqué par mégarde un bout de tube plastique. Misère ! Ce mec est condamné à se sonder lui-même ! J’en rougis à sa place mais je n’ose le plaindre. Vite, mes yeux, plus haut ! Retour à la normale. Pleins feux sur les biceps. Cédric a deviné que j’en mourais d’envie, il abaisse sa vitre et m’offre son bras gauche. Je palpe le muscle gonflé, masse l’épaule ronde, glisse furtivement ma main sous son aisselle. Fragrance de Cologne. Mes doigts impatientés frisottent sa toison, s’égarent dans leur touffeur, dérapent vers le sein droit...

— Et moi, je peux toucher ?

Mes bras ne sont guère affriolants mais Cédric connaît son affaire. Il a entrouvert la portière et m’a harponné par mon ceinturon. Il m’attire à lui, tout contre lui, dans l’entrebâillement, et se met à palper mon paquet. Droit au but ! Il n’est vraiment pas manche, mon fier handicapé ! Quel doigté ! Quelle délicatesse ! Quelle scélératesse ! Cédric ferme les yeux, concentré sur la seule sensation digitale. Il savoure tandis que moi, un rien paniqué, je jette un regard circulaire sur la place Tattegrain. Dieu merci, nous sommes seuls au monde pour un stationnement gratos et illimité, merci aussi à la municipalité de gauche. Mes défenses cèdent peu à peu tandis que la main gantée de cuir farfouille dans mon caleçon, s’immisce, s’éternise. Je sens le plein chagrin sur mes valseuses en liesse, les doigts inquisiteurs qui pelotent et décalottent. Ils serrent mon aumônière au point de l’exploser. Je proteste en soupirant, mais mon svelte tortionnaire n’en a cure. Il sourit béatement puis relâche son emprise pour empoigner plus haut mon levier de vitesse. Le cuir est froid sur ma verge brûlante, le va-et-vient rythmé et péremptoire. Cédric, c’est évident, n’est pas un romantique ! Mais on n’est tout de même pas aux vingt quatre heures du Mans ! Je me suis agrippé au toit du véhicule et me cambre pour accompagner les grandes manœuvres et mieux dégager ma décapotable. La pompe est amorcée... mais soudain, tout se grippe. La panne, putain, la panne sèche ! Ma teub a des ratés. Je sens que rien ne vient, ça patine, ça mollit. Pas moyen d’embrayer. Bon dieu, qu’est-ce qui m’arrive ? J’observe Cédric à la dérobée et lui...il prend son pied. Le plaisir coule de source. La victoire en chantant lui ouvre l’aiguière !

Tout se joue sur son visage, uniquement sur sa face mobile et torturée, ravagée de plaisir. L’invalide a fermé les yeux et, sous les paupières, ses globes tourneboulent en scrutant l’Au-delà. Dans sa Géode intérieure, le spectacle doit être époustouflant car, en surface, tout est chamboulé, mitraillé, retourné, bien plus que la glèbe sur le Chemin des Dames : la sueur perle au front, les sourcils sont froncés, les ailes du nez palpitent, la langue sort et rentre comme un dard de crotale, les lèvres se contorsionnent et se mordent elles-mêmes. La pomme d’Adam fait du saut à l’élastique, la glotte grelotte et un désir fiévreux a empourpré les joues. Il va jouir, c’est sûr ! Sa main droite est agrippée au volant, si violemment crispée que les phalanges blanchissent. Tout le buste est secoué de spasmes furieux. Cédric dérive sur le périph du Sexe jusqu’au bout de l’enfer, il gémit, soupire, chantonne, halète, il me supplie, il râle et demande grâce tandis que les doigts de sa frénétique main gauche continuent de palper ma verge mollassonne. Se peut-il qu’il prenne son pied si fort ? Avec tant d’impudeur ? Tandis que j’ahane et que je tombe en panne ! C’est trop fort, please, un peu de dignité !

Perplexe, ma vue plongeante détaille sa braguette. Waterloo, Waterloo, morne plaine. Le plat pays. Immense no man’s land. Apparemment, c’est l’armistice, rien n’arrive plus jamais dans ce secteur paisible. Il n’empêche, plus haut, c’est un triomphe ! Lever de soleil sur le Thabor. Splendeur et transfiguration. Vision béatifique. Cédric jouit et il en redemande !!! Ses yeux révulsés attestent la volupté. Comme s’il voyait l’Invisible ! Pour moi, c’est la débâcle, la Bérézina sur les rives du calecif et j’assiste, impuissant, à la gloire du cul-de-jatte !

— Putain, mec... c’était génial... comme tu m’as inspiré !

Cédric peine à reprendre son souffle et sa poitrine bat comme un soufflet de forge.

— Ah bon ?... mais toi... au fait...euh... comment ça peut gazer ?

(Je peine, moi, à piger sa mécanique intime mais je ne voudrais surtout pas me montrer indiscret. Je me sens vraiment con, de plus en plus.)

Cédric ouvre les yeux. Mon air perplexe et dépité l’amuse. Il éclate de rire en s’étirant comme un matou repu.

— Le plaisir, mec, c’est d’abord dans la tête, pas dans le caleçon. Tu vois, moi, depuis mon accident de moto, il y a huit ans, je m’entraîne. Je rééduque le mental, je bande l’imaginaire. Ni érection ni éjac, o.k., mais le pied intégral. J’ai un Q.I. sexuel du tonnerre ! Car je muscle le cortex. Le Viagra, c’est bidon. Pour moi en tout cas, complètement H.S. Mais, tu vois, avec ma quéquette de bébé, je jouis comme dix phoques. Et toi, mon couillon ? Ça donne quoi ?

Cédric se penche par la portière et regarde en sa paume ma nouille bien trop cuite. Mais il n’a pas envie de se moquer de moi, un vrai pote. Il faut comprendre et aider les Grands Valides de la Normalité.

— Allez, courage. On remet ça ? Tu peux pas conclure sur un échec. Tu as tout ce qui faut, non ? Essaie, concentre-toi... ou plutôt lâche prise, laisse venir, rien n’est grave... et n’oublie pas, bande le mental et jouis dans ta tête !

Mon gentil héros a déjà remis le compteur à zéro. Sa main gantée enclenche à nouveau le rodéo et secoue mes grelots. Je fais appel à tous mes fantasmes de fortune, je racle les fonds de tiroirs de ma mémoire et de mes vidéos, j’en appelle aux mânes de saint Björn et de Jean-Daniel, je recycle pêle-mêle et pines par-dessus têtes : les pipes de Bel Ami, le braquemard de Jeff Quinn, les bidasses soumis, les gros pafs tatoués, les partouzes à Venise, les godes “ super neger ”, les étalons hongrois, les loubards en chaleur, les vicieux randonneurs, les jeunes garçons de ferme, l’adjudant-chef Jean-cuL, les pompiers de New-York, la lippe de Bernardo, le fifre de Philippe, le démonte-pneu d’Oscar, le zouarid d’Omar, les bananes flambées et les coquilles de noix, le cylindre seaman’s pump, les punks et les piercings (et même un doigt de pisse), le sublime Johan, le champêtre Lukas et les gros dégueulasses des productions Krado, j’en passe et des bien pires... dur dur la libido quand on est bien portant et raide sur ses cannes. Heureusement, Cédric est tenace et vaillant du poignet (les veines sur l’avant-bras, quelles splendides lianes !). Il m’encourage de son regard martial, un vrai frangin. Mes yeux quêtent sa force, je faiblis à nouveau... je cale et me dessèche tandis que mon dépit mord ma lèvre altière et que mon paf, de rage, martèle la portière. Pitié ! Pitié ! Ayez pitié des pauvres valides ! Encore un coup de main ! Per favore, monsieur le Bon Samaritain, ne laissez pas sur l’asphalte brûlante un aveugle orphelin qui a perdu sa canne et mendie comme un chien !

Mon air doit être si lamentable, ma transe si grotesque, que Cédric a effectivement pitié de moi. Pour me décontracter et me mettre à mon aise, il explose d’un grand rire enfantin. C’est sa botte secrète : son rire dévastateur, immense, tonitruant, des trilles de saxo, des gammes, des arpèges, du pur be-bop à rameuter ici tous les snobs du 16e !

Sauvé ! In extremis ! Son ouragan jovial enfin ouvre mes vannes. Dans sa dextre gantée de cuir et de bonté, un peu de crème fleurette, deux ou trois gouttelettes. Une misère ! La disette. Mais mon honneur est sauf... si l’extase est pauvrette.

— N’empêche, mec, tu devrais faire un peu d’exercice. T’aérer, te muscler, laisser tomber Short, déserter la télé... Avoir une vie normale, quoi ! Tu m’as l’air complètement anémié, tu dois trop cogiter... Il faudra que je t’entraîne un de ces jours. Nous courrons au Bois, côte à côte, toi près du fauteuil. Cinq ou six kilomètres... Qu’en dis-tu ?

Je bredouille je ne sais quoi en refermant mon froc.

— Et puis, dès mon retour, on s’appelle...

Cédric a surpris mon regard égaré et déjà attristé.

— Rassure-toi, pote, juste un mois. En juillet, c’est dingue. Je dois être à trois endroits différents. Le World Congress à Tel-Aviv, mon festival de musique baroque en Italie et Handisport à Toronto. Tu imagines ? Le pire c’est que je vais devoir sacrifier l’un des trois rencards à une crevure comme toi !

De nouveau quatre ou cinq notes de saxo. Son regard s’est fait tendre, juste un instant – l’épanchement, ce n’est pas son genre. Je baisse les yeux en signe d’assentiment. Cédric m’a tendu mon exemplaire de Beaux gosses qui avait atterri sur le siège avant pendant ma débâcle. Il a griffonné son numéro de portable sur la couverture, au beau milieu du slip de l’icône. Le salaud ! Mais je ne lui en veux pas, à mon paraplégique, mon sublime costaud au sourire magnétique. Je l’aime déjà, mon zèbre à roulettes et au grand rire fou ! Qu’il parle, qu’il parle encore, que j’entende sa voix, que son duo me berce, le babil de la flûte et l’éclat du saxo !

— Tu m’appelles ? Ou plutôt, ce sera moi... On se fait une petite bouffe à la maison, et après, une grande baise ? Mais sans se prendre la tête. Histoire de se biscotter la libido à notre façon, juste entre potes. Albert Einstein et Joshua Superman en duo, tu vois le genre. Je te pompe le sexe, tu vidanges mon cortex, le pied, quoi ! Allez, pète un coup ! (Cédric s’esclaffe : l’intro de Can’t dance !) Tu sais, grand bêta, la vie est plus simple que tu crois. Avec ou sans guibolles, TTBM ou non, la vie, c’est pas ceci ou cela, bandante ou super chiante. La vie, « c’est ». Un point c’est tout. Elle est ce que toi, tu en fais. Avec de l’énergie pour un seul jour. Et de l’humour. Un seul jour à la fois. O.K. ? Et une panne de queue, après tout, c’est pas si grave... ça n’arrive qu’aux vivants ! Allez, amigo, je reviens... Salut, minus, tu me branches, sais-tu ? Je file. Putain, tu m’as mis en retard, j’ai un plan cul à l’Aquaboulevard...

Cédric rit de plus belle. Encore cinq trémolos par-dessus la portière. Sa torpédo démarre en vrombissant. Et moi, je reste en plan comme deux ronds de flan. Seul sur le trottoir, place Tattegrain, je me sens soudain nase, anéanti, infirme à cent pour cent : auteur loser, handicapé du gland, invalide du cœur, grand blessé de la vie. Intello, quoi ! Help, Cédric, reviens, reviens vite ! Je repense à sa voix, à son bras turgescent, à sa force paisible. "Amigo, je reviens..." Euréka ! En l’attendant, j’ai trouvé mon challenge : conquérir mon héros de choc en suivant à la lettre son triathlon ad hoc : gymnastique, musique et zygomatiques. En résumé, abdos + saxo + philo façon Cédric : « un seul jour à la fois, juste aujourd’hui... » C’était déjà, dit-on, la recette de Platon. Ce fut aussi jadis la mono-cure d’Epicure que je te recommande fort, à toi mon lecteur chéri (à ma lectrice aussi) – pour me l’appliquer d’abord à moi-même chaque jour que fait Pouet Pouet puisque le contraire de croire, c’est savoir ; le contraire de prier, c’est rire ; le contraire de mourir, c’est jouir.

C’est parti, mon kiki.

Courage ! Vivons, baisons...

... sans négliger d’aimer !



4 VOIX

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Jacques
Jacques · il y a
Je ne goute pas à sa juste valeur mais bravo, il fallait le faire!
·
Bellinus
Bellinus · il y a
Peut-être faut-il en être pour, sinon goûter, du moins se réjouir du 3e degré ! Merci en tout cas d'avoir fait ce petit parcours de santé avec "nous", près du Trocadéro.
·
Coum
Coum · il y a
Jouissif à tous points de vue !!!
·
Bellinus
Bellinus · il y a
Pas trop choquant ? J'ai failli effacer ce texte hier soir... Merci en tout cas pour cette première visite.
·
Chironimo
Chironimo · il y a
N'efface surtout rien! un texte comme ça, signé Bellinus, c'est trop top!
·
Bellinus
Bellinus · il y a
Merci, Chiro ! Mais l'actualité, c'est plutôt Roland-Garros, non ? Hi hi
http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/luxurieuse-mangrove

·
Chironimo
Chironimo · il y a
Oui, mais déjà lu et apprécié...
·
Coum
Coum · il y a
Non pas trop ! C'eût été dommage de l'effacer, vu sa qualité littéraire. Merci Bellinus.
·
Bellinus
Bellinus · il y a
Le défi, c'était de montrer que les plus handicapés ne sont pas ceux qu'on pense. Et qu'Eros a plus d'un tour dans son sac... à malices !
·
Coum
Coum · il y a
Pour l'instant, je suis la seule à avoir commenté mais je pense le défi bien réussi... l'embrasement prend.
·