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Système de communication du centre de recherche des Cyclades (union des Etats Confédérés Européens)
Rapport de la journée du 4 avril 2020.
Transmission différée pour le docteur Mylène Anthéas.


Très chère Docteur,

Quand je suis arrivé au centre, je n’avais aucune idée de ce que l’avenir nous réservait.
Je n’avais d’ailleurs que peu d’idées avant de vous rencontrer. Vous avez fait naître en moi des sentiments que je ne connaissais pas... Des sentiments qui me bouleversent et me déstabilisent.
J’ai bien compris qu’au début votre intérêt pour moi n’était que professionnel. J’étais votre plus belle réussite, le premier que vous formiez et celui qui paradoxalement devait tout vous apprendre.
Il faut que vous sachiez que pour moi ceci est nouveau. Contrairement à ce que vous croyez, j’ai beaucoup plus appris de vous... que vous de moi.
Même si les exercices que nous faisions n’avaient pas de sens pour moi, nous apprenions à nous connaître, vous m’enseigniez une logique nouvelle, une façon utile de faire les choses dans un but non instinctif.
Petit à petit nous avons noué des liens, et jamais je n’oublierai nos longues discussions au bord de la piscine. C’est grâce à ces instants de chaque soir que le travail de la journée me paraissait... moins lourd à porter.
Au fur et à mesure des mois, j’ai pu comprendre des concepts de plus en plus complexes, même des idées abstraites. Plus le temps passait et plus je faisais des progrès. J’aimais vous sentir fière de moi !
Je suis devenu jour après jour votre confident. Je connaissais vos peines de travail ou de cœur, et je me souviendrai toujours de l’instant ou vous m’avez dit que j’étais votre plus grande joie.
J’ai même appris à me servir de machines très sophistiquées, comme celle que j’utilise pour vous écrire ce mot. Il est souvent plus facile de parler devant une machine que devant une personne... On ne doit pas affronter son regard.
Vous étiez quelquefois si tendre... Vos soins constants pour mon bien-être, la passion qui se lisait dans vos yeux quand vous parliez de moi à vos collègues... Nos longues promenades le long des berges de l’île. Enfin, vos mains qui me caressaient quand nous nous baignions tous les deux.

Je sais que toutes ces petites choses n’ont pas le même sens pour vous et c’est pour cela que je vous écris ce mot.
Si au fil des semaines et des exercices, je suis devenu « votre égal » comme vous me disiez tout le temps, je ne pouvais cependant pas être à vos côtés aussi souvent que je l’aurais souhaité. Partager votre vie en dehors du centre par exemple... Comme l’a fait le docteur Machineau.
Ce beau Docteur, si gentil, si aimable, si bienveillant à mon égard et si prompt à vous aider dans vos travaux. Lui vous touchait de ses mains, vous caressait le dos, les cheveux... Même devant moi !

Vous souvenez-vous de ce fameux soir ou nous étions seuls dans le centre ?
Vous vous apprêtiez à rentrer chez vous, et vous êtes passée me dire au revoir. Comme d’habitude, j’étais dans la piscine et je vous ai éclaboussé pour jouer. Une fois trempée, vous avez fait quelque chose qui m’avait à la fois terrifié et subjugué. Vous aviez ôté vos vêtements... Tous vos vêtements... C’était la première fois que je vous voyais ainsi. Avant, je croyais que la combinaison que vous portiez habituellement était votre peau.
Mais je n’étais pas au bout de mes surprises et quand vous êtes descendue me rejoindre, j’ai pu sentir votre douceur, votre odeur même. Cela était incomparable avec tout ce que je connaissais avant. Nos jeux eux-mêmes se firent plus sensuels, et même si entre nous rien de sexuel n’était possible, j’ai ressenti un plaisir extrême à votre contact et je pense que c’était réciproque...
Je n’oublierai jamais ces instants.

Je n’oublierai jamais non plus l’arrivée du Docteur Machineau. Il brisa le charme de ce merveilleux moment. Notre moment !
Je m’attendais à ce que vous le chassiez, mais au contraire de cela vous l’avez laissé entrer dans l’eau avec nous, l’y invitant même, et vous avez fait avec lui ce que je brûlais de faire avec vous.
C’était hideux, vos corps qui se frottaient, vos cris dans lesquels on pouvait malgré tout sentir du plaisir... Vous avez poussé le vice jusqu’à jouer un moment avec moi après. S j’avais pu lui parler, à lui, c’est moi qui l’aurais chassé. Cela aurait peut-être mieux valu d’ailleurs. Au lieu de cela, je me suis mis à le haïr, sans rien vous dire car cela vous aurait fait de la peine. Je sais que vous sentiez qu’un malaise était né de cette histoire, mais vous aviez tant de mal à me prêter des sentiments humains... Pourtant la jalousie n’est pas l’apanage de l’homme !
Dans les semaines qui suivirent, vous m’avez délaissé. Vous ne veniez plus me voir le soir, ma journée n’avait plus de but. Bien sûr, nous faisions toujours nos exercices, avec qui d’autre aurais-je pu les faire ? Je ne peux parler qu’à vous alors que j’aurais voulu crier au monde mon injustice.
Plusieurs fois j’ai essayé de vous parler, mais je n’ai pas pu... Je vous aimais, je vous aime trop pour vous faire de la peine... Ou je vous aime trop pour ne pas vous en faire.

Ce que j’ai à vous dire est très dur pour moi ! D’où je viens, la notion de bien et de mal n’existe pas. C’est la notion de survie qui prime, le danger doit disparaître...
Il y a trois semaines de cela, j’ai fait une chose dont je ne me serais jamais cru capable : j’ai tué par jalousie pour la première fois. Ce qui me fait le plus peur, c’est que je crois y avoir pris du plaisir.
Quand le Docteur Machineau s’est approché de la piscine et que j’ai pu l’y faire tomber, le fait de lui cogner la tête contre le bord du bassin m’a donné une sensation de puissance et de revanche que je ne croyais pas possible. Le plus drôle est que personne ne m’a soupçonné de quoi que ce soit... Un accident au bord d’une piscine est si fréquent ! Que l’on ne vous voit pas en être humain est parfois très pratique.
Je sais que la perte de cet homme vous a fait beaucoup de peine, vous me l’avez dit. Je sais que ce que j’ai fait est mal, je sais aussi que si cela se savait, vous ne m’aimeriez plus et que l’on me tuerait peut-être. Seulement voilà, en me transformant comme vous l’avez fait, en connectant génétiquement votre cerveau sur le mien vous avez ouvert la porte sur l’inconnu, une porte que ni vous ni moi ne sommes capables de refermer. En apprenant votre langage, votre façon de penser, je me suis rapproché du monde des humains, mais vous ne vous êtes pas rapproché du monde des dauphins. Vous m’avez considéré comme un homme en me laissant ignorer toutes les faces cachées de vos sentiments. Vous m’avez appris l’amour sans me montrer la haine ou la jalousie. Vous m’avez montré la tendresse sans la dépendance. Vous avez voulu faire de moi un être humain parfait, mais vous m’avez dissimulé vos défauts et avez oublié que je ne suis pas humain.

C’est pour cela que je suis parti.
Aujourd’hui, pendant l’exercice en mer, je n’ai pas répondu à votre rappel, et j’ai rejoint ceux de mon espèce en tachant d’oublier ce que j’avais appris des hommes.
Je suis moins triste en partant, car je sais qu’au fond de moi, il y aura toujours une petite part de vous, une petite part de votre tendresse, une petite part du bon côté des hommes...


Message programmé pour envoi différé automatique, fichier neural Docteur Anthéas le 6 avril 2020.
Expéditeur : Sujet zéro (dolphin genetic).

17 VOIX

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Tuanhia · il y a
J'ai lu trois de vos nouve lles et je les trouve vraiment belles
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Maud · il y a
Une très belle histoire de dauphin :-)
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Michèle Thibaudin · il y a
Une très belle histoire que j'ai lue avec plaisir.
Bravo!

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Ghislaine PIERQUET · il y a
Embarquée par l'histoire et l'écriture.... A quand la prochaine ? ;)... Merci pour ce moment de plaisir partagé. :)
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Rsp Conseils · il y a
Superbe histoire!
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Yves Carmeille · il y a
Une histoire de dauphin royalement traitée!
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Mary-Jane · il y a
J'ai beaucoup aimé vous lire. l'histoire et le suspense est très bon. Continue à écrire, et je continuerai à te lire.Mary-Jane
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Aide Emploi · il y a
Une très bonne intrigue.... et un bon suspense. bravo.
N hésitez pas à voter pour lui !

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