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min

 Suspense

Millionnaire pour Noël

Thimul

Thimul

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161 voix


6 décembre
Cher journal, c’est fantastique !
Après toutes ces journées de disette, de faim, c’est un miracle.
J’ai gagné !
Incroyable : la seule et unique fois que je joue.
Un million d’euros !
Finie la vie dans cet appartement insalubre. Finies les soirées sans chauffage recroquevillé au fond de mon lit. Finis les jours sans rien d’autre que du pain ou des pâtes, juste pour se remplir le ventre.
J’ai envie de hurler mon bonheur à tout le monde.

7 décembre
Ce matin, je me suis levé pour faire la liste de tout ce que j’allais pouvoir acheter. J’avais envie de rire en écrivant toutes ces imbécillités, mais ça m’a fait énormément de bien.
Je fais attention à ne pas trop montrer ma joie. Je sais que les gens sont jaloux. Je préfère qu’ils ne soient pas au courant. Il y a tant de voleur et eux aussi sont si pauvres. Si cela venait à se savoir, je ne donne pas trente secondes avant qu’ils ne s’agglutinent tous devant ma porte.
Je ne suis pas allé travailler. Je n’ai même pas prévenu mon chef. À quoi bon ? Ils me paient une misère qui me permet tout juste de survivre. Dans quelques jours, je n’aurai plus besoin d’eux.
J’ai passé le reste de la journée à imaginer ma vie future.

8 décembre
Mal dormi cette nuit. Je n’arrêtais pas de me lever pour aller vérifier que mon ticket était toujours là.
Je l’ai changé vingt fois de place. Et si quelqu’un entrait chez moi pendant mon absence ?
Il vaut mieux que j’aille chercher mon argent très vite. Je ne vais pas pouvoir tenir avec l’angoisse de le perdre.
Cet après-midi, mon voisin de droite est venu frapper à ma porte pour me demander du sel. Je lui ai dit que je n’en avais plus. Il avait un regard bizarre qui ne m’inspirait pas confiance.

9 décembre
Pas dormi cette nuit.
Je suis allé au bureau de tabac en toute fin de journée, juste avant la fermeture. Il est près de mon usine, à l’autre bout de la ville. En sortant, j’ai croisé quatre jeunes de l’immeuble dans l’escalier. Je les ai trouvés différents dans leur attitude.
Un bonjour un peu trop appuyé, quelques chuchotements dans mon dos. Est-ce qu’ils savent ?
J’ai fait un tas de détours pour m’assurer que personne ne me suivait.
Je suis arrivé juste avant que le type ne baisse son rideau de fer. Quand je lui ai dit que j’étais celui qui avait gagné, il est devenu surexcité. Je lui ai dit que je souhaitais absolument garder l’anonymat. Je remercie le ciel de ne pas avoir validé mon ticket près de chez moi. Sûr que la nouvelle se serait répandue comme une traînée de poudre.
Il a regardé le bulletin gagnant que j’avais dans mon portefeuille avec des yeux de convoitise malsains. Je suis parti illico.

10 décembre
Encore une nuit d’insomnie.
J’ai téléphoné à la Française des jeux ce matin. Il y a moyen de toucher ses gains sans passer par le buraliste : ouf !
Je ne lui fais pas du tout confiance. Quelque chose a changé depuis quelques jours. Les gens se comportent étrangement avec moi. Quelque chose ou quelqu’un aurait-il pu les alerter ?
J’ai beau me dire que c’est quasiment impossible, mon instinct en général ne me trompe pas.
Il va falloir que je fasse attention, très attention.

11 décembre
Dormi 1 heure.
Toute la nuit, j’ai tendu l’oreille. Il y a des bruits suspects. Mon voisin du dessus s’est levé au moins trois fois. Pourquoi ? Je me demande si lui aussi n’est pas en train de m’épier.
Le ticket est toujours à sa place, sous une latte de mon plancher, avec toi journal, quand j’ai fini de te parler. Je ne peux plus faire confiance qu’à toi.
Les heures sont longues car je ne peux plus me permettre de sortir, en tout cas pas longtemps. Je n’ose pas prendre mon ticket avec moi. Il est probable que le buraliste ait parlé et je risque de me faire agresser.
Mais quand je suis dehors, je laisse mon appartement vide, à la merci de mes voisins qui pourraient forcer ma porte, fouiller et finir par trouver mon trésor.
Alors je passe ces heures à imaginer ce que je ferai après, lorsque j’aurai mon argent.
En fin de journée, mon voisin de gauche est allé frapper à la porte de mon voisin de droite.
Comme par hasard.

12 décembre
Pas sommeil. Impossible de fermer les yeux.
Il faut que je reste vigilant.
Les gens de mon immeuble se disent bonjour d’une étrange façon. Comme un air de connivence qui ne m’a pas échappé. J’ai relevé tous les noms sur les boîtes aux lettres.
Quatre étages et le rez-de-chaussée, quatre appartements par étage.
J’habite au deuxième entouré de dix-neuf voleurs potentiels.
L’ascenseur est tombé en panne. Ils veulent me forcer à prendre l’escalier.
Je n’aurai plus à souffrir de tout ça quand j’aurais une maison.
Demain, je tenterai une sortie pour réclamer mon argent au centre de la Française des jeux.

13 Décembre
Nuit compliquée.
Beaucoup de bruits. Les voisins du dessous ont reçu du monde et la musique était à fond. Idéal pour masquer une réunion en vue d’un mauvais coup.
Mais c’est trop tard pour eux. J’y suis allé !
Les types de la FDJ ont pris mon billet et un RIB. L’argent arrive bientôt sur mon compte.
Dans très peu de temps, adieu cet immeuble minable rempli de voleurs et de comploteurs.
Une seule chose m’inquiète encore : un des responsables de la société avait l’air un peu trop poli pour être honnête.
Reçu plusieurs coups de téléphone de mon travail. Je n’ai pas répondu.
Pas question que je tombe dans ce piège.

14 décembre
Toujours pas envie de dormir.
Mon cerveau fonctionne à fond. Je surveille ceux qui me surveillent. J’échafaude des plans pour éviter toutes les embuscades que certains pourraient me tendre.
Certes, ils ne peuvent plus me prendre mon ticket, mais ils peuvent encore me séquestrer et m’obliger à leur remettre tout mon argent. Mon million, ma porte de sortie de ma vie minable.
Jamais je ne pourrais supporter de perdre ce que j’ai enfin réussi à gagner. Ma seule chance dans toute une vie de labeur.

15 décembre
Mine affreuse. C’est le manque de sommeil.
Téléphoné à la banque ce matin, L’argent n’est pas encore arrivé.
Mon banquier est un homme obséquieux. Un peu trop à mon goût. Il est très ponctuel et semble véritablement obsédé par le temps qui passe. Je me demande ce que cela cache.
En prenant mon courage à deux mains, j’ai décidé d’explorer un peu les étages. Au quatrième, il y a une famille avec quatre enfants. Je les entendais jouer, rire à plein poumon. Pour être aussi heureux, ils doivent savoir quelque chose. La promesse d’une vie meilleure, d’une grosse rentrée d’argent ? Un million d’euros pour Noël ?
Il faut vite que je parte d’ici.

16 décembre
Passé toute la nuit à penser à mon banquier.
Un million d’euros, c’est tentant. Qu’est-ce qui l’empêcherait de me voler ? Une simple transaction, un simple ordre informatique et hop ! Plus rien !
Bien sûr, j’aurais toujours la possibilité de porter plainte. Sauf que je n’aurais alors pas d’argent pour prendre un avocat et que la banque, elle, pourrait se payer les meilleurs. Ce serait le pot de fer contre le pot de terre. Pas certain que je gagne, ou bien après de longues années.
Après avoir touché du doigt l’opulence, jamais je ne pourrais le supporter.
Je vais devoir prendre une décision.
C’est compliqué de garder sa fortune en lieu sûr.
Les gens sont tellement jaloux, tellement fourbes, tellement rusés quand il s’agit de s’emparer du bien d’autrui.

17 décembre
J’ai pu dormir deux heures après avoir décidé de ce que j’allais faire. Enfin.
Un bruit de portière dehors m’a réveillé. Ceux du rez-de-chaussée ont profité de mon sommeil pour sortir de chez eux. Ils pensaient peut-être être rentrés avant que je me réveille. Mais j’ai le sommeil léger. Heureusement, sinon adieu ma bonne fortune.
Ma collègue de l’usine a sonné à ma porte. Jamais elle n’était venue devant mon appartement. Qu’on ne me dise pas que c’est une coïncidence.
Ils commencent tous à me fatiguer.
Elle a tellement tambouriné que j’ai fini par lui ouvrir. Elle a eu l’air surprise en voyant ma tête. Visiblement, elle devait s’attendre à me trouver bien habillé, pas vêtu d’un survêtement crasseux, avec une barbe de plusieurs jours et les cheveux en bataille. Un millionnaire, c’est propre.
Je lui ai dit de me laisser tranquille et que je voyais clair dans son petit jeu. Elle m’a dit que je devrais consulter un médecin.
C’est là que j’ai compris le plan.
Me faire passer pour un cinglé et me piquer ma fortune.
Il faut que je parte loin d’ici.
J’ai regardé sur Internet le prix des maisons dans le centre de la France, en pleine campagne. C’est abordable. Enfin, ça le deviendra quand j’aurai récupéré mon fric. Là-bas, je serai libre, seul et en sécurité.

18 décembre
Nouvelle insomnie totale.
Téléphoné à la banque, personne ne répond. Tout ce qu’ils savent faire, c’est donner l’heure.
J’ai beau me dire que c’est dimanche, tout de même, c’est très louche.
Ils font durer, c’est certain.
Beaucoup de mouvements dans l’immeuble. Beaucoup trop. J’ai du mal à surveiller tout le monde.
Avec mon million, je vais pouvoir acheter un vrai système de surveillance digne de ce nom. Je n’aurai plus peur.
Mes voisins ne cachent plus leur mine hostile quand ils me croisent. Je vois leur expression dégoûtée. Mais c’est une ruse, une de plus.
Ils voudraient me faire croire que je les répugne pour que je baisse ma garde.
Pas question. Je ne suis pas né de la dernière pluie.

22 décembre
Pardon cher journal de ne pas t’avoir donné de nouvelles ces derniers jours, mais j’étais très occupé.
J’ai pris mes derniers sous de liquide et je suis allé acheter le nécessaire pour sécuriser mon appartement.
Sept verrous sur ma porte. C’était indispensable compte tenu de mes projets futurs.
J’ai également insonorisé les murs pour que plus personne ne puisse m’épier.
Les volets sont fermés et j’évite d’allumer la lumière.
Demain, j’irai chercher mon argent, enfin.
Hormis parler du temps qui passe, mon banquier n’est pas bon à grand-chose. Encore moins pour masquer son envie de me dérober mes sous.
Je n’ai fait que somnoler ces dernières nuits sans dormir vraiment. Je ne me rappelle plus avoir rêvé. C’était il y a longtemps.
Mais c’est tant mieux. Il faut se méfier des rêves. Ce sont des portes d’entrée pour voler les pensées et en mettre d’autres à la place.

23 décembre
J’ai mon argent !
J’ai tout retiré ce matin. La seule solution pour le préserver, c’est de l’avoir avec moi, tout le temps.
J’ai tout étalé sur la table, ça fait une sacrée quantité de billets. Puis, j’ai tout ramassé en un seul tas et j’ai réussi à tout mettre sous le plancher.
Je vais m’enfermer ici pendant les fêtes et après, je m’en irai.
Il faut seulement que je tienne quelques jours.
Ce ne sera pas facile. Mes voisins sont de plus en plus excités. Ce matin, je les ai entendus dire : « Demain, c’est le grand soir ! »
Ils attaqueront demain, pendant le réveillon.
Mais je serai prêt !

24 décembre
Nuit passé à réfléchir.
La cachette ne me semble plus aussi sûre. Que faire ?
J’ai tourné et retourné tout ceci pendant des heures et ce n’est qu’au petit matin que j’ai trouvé la solution.
Depuis, je cache mes billets méthodiquement.
Jamais ils ne les trouveront.
Jamais.
Cette nuit sera probablement décisive.
Ça se passera ce soir.
Je manque de sommeil mais j’ai l’esprit clair.

Extrait du journal Paris-Normandie du 26 décembre :

« Nuit d’horreur pendant le réveillon de Noël »
Dans la nuit de samedi à dimanche, un forcené a transformé la nuit de Noël en véritable cauchemar pour tous les habitants d’un vieil immeuble de Saint-Etienne du Rouvray.
L’auteur des faits, un certain Kevin Durieux, 24 ans, est sorti de son appartement vers 21h30 armé d’une hache et d’un couteau de cuisine. Après avoir cogné à la porte de son voisin de palier, il s’est précipité sur lui dès que ce dernier lui a ouvert, le frappant avec ses armes et le blessant mortellement au niveau du crâne. Entendant les hurlements de son épouse, les personnes de l’immeuble ont accouru tandis que certaines téléphonaient à la police.
L’individu, hors de tout contrôle, s’est alors jeté sur les personnes présentes, blessant gravement au moins quatre d’entre elles et les forçant à se réfugier vers les étages supérieurs jusqu’à l’arrivée des forces de l’ordre.
Sur place, les policiers ont trouvé l’homme qui essayait de forcer une porte du quatrième étage à la hache, vociférant des paroles à peine compréhensibles du style « Vous ne l’aurez jamais ! ».
Devant l’hyper agressivité de cet homme, un des agents n’a eu d’autre choix que de dégainer son arme en état de totale légitime défense, et d’abattre le forcené de plusieurs balles dans la poitrine.
Les victimes ont été transférées par les équipes du SAMU et des pompiers de Rouen vers le CHU où elles ont été prises en charge. Leurs jours ne sont plus en danger mais les séquelles physiques et psychologiques seront probablement très lourdes.
Dans l’appartement du tueur, le cadavre d’une jeune femme a été découvert. Assassinée il y a plusieurs jours, il s’agirait d’une collègue qui s’inquiétait de l’absence inhabituelle de Kevin Durieux qui, jusque-là, n’avait jamais manqué un seul jour de travail. La recherche de ses derniers appels passés sur son portable a montré que celui-ci avait composé cinquante-trois fois le numéro de l’horloge parlante. Les murs de l’appartement étaient tapissés avec des boîtes d’œufs en carton.
La cellule psychologique a été déclenchée pour accompagner tous les habitants de l’immeuble, extrêmement choqués.
La thèse de l’attentat terroriste a été formellement écartée et l’autopsie du meurtrier semble confirmer la folie de son horrible comportement. Dans son estomac, ont été retrouvés des pages illisibles qui semblent être un journal que ce dernier aurait écrit quelques jours avant les faits, et un nombre conséquent de billets de Monopoly pour un montant d’un million d’euros, qu’il aurait ingérés quelques heures avant les faits. »

161 VOIX


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Fleurdebretagne
Fleurdebretagne · il y a
Ahahahah bravo, je ne m'attendais pas du tout à cette chute ! ;-)
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Harken
Harken · il y a
Merci, bien raconté
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Storia
Storia · il y a
Je découvre seulement maintenant, mais c'est vraiment bien! Bravo pour ce prix!
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Thimul
Thimul · il y a
Merci bien
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Mapie
Mapie · il y a
Largement mieux que le niais la liste de mes envies ( excuse moi Grégoire delacourt , je t'aime bien quand même )
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Thimul
Thimul · il y a
Merci beaucoup
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Christine Borie
Christine Borie · il y a
Oh oh! prix amplement mérité...inquiète par les 9 mn annoncées je me suis fait happer... un régal !
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Thimul
Thimul · il y a
Il n'y a pas plus grande satisfaction que d'apprendre que ce qu'on a écrit a "happé" le lecteur.
Merci
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Mathieu Jaegert
Mathieu Jaegert · il y a
Le format, le style, la chute, tout y est. Prenant. Bravo !
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Thimul
Thimul · il y a
Merci beaucoup. J'essaie de soigner mes chutes afin de ne pas me rétamer.
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Mathieu Jaegert
Mathieu Jaegert · il y a
Cette histoire de chutes me fait penser à mon dernier texte.
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Elodie Torrente
Elodie Torrente · il y a
Vraiment extra. Jouissif et jubilatoire. Aussi bien vu que raconté. Excellent ! Bravo ! Et si votre curiosité vous pousse à cliquer sur mon nom, vous verrez, comme vous, je pèse mes mots. ;)
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Thimul
Thimul · il y a
Meric, je vais m'y mettre ce soir avec grand plaisir.
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Ciccone Laurent
Ciccone Laurent · il y a
Un grand bravo pour ce prix !
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Thimul
Thimul · il y a
Merci beaucoup.
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Geny Montel
Geny Montel · il y a
Bravo pour ce prix Thimul !
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Thimul
Thimul · il y a
Un grand merci
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