92 lectures

69 voix

C'est pas la Loire à boire...

Il fut autrefois, en une folle et terrible année, grande et violente inondation en notre pays de Loire. Nous étions en septembre de l'année 1866, les gens d'ici en avaient déjà soupé des folies de la dame Liger. Deux crues récentes et violentes avaient saccagé notre Val et laissé bien des tourments dans les mémoires de ceux qui en eurent à pâtir !

1846, 1856 : dix ans déjà et une loi des séries qui hantait les esprits depuis le début de l'année. Chacun regardait les levées, s'enquérait de leur état, priait Dieu, maître des lieux et le grand saint Nicolas, le patron de tous les gueux de Loire. La peur était dans l'air, les pluies étaient regardées d'un mauvais œil, les fluctuations du fleuve alimentaient toutes les conversations.

Pourtant, les optimistes, comme toujours, étaient les plus nombreux. Il y avait d'ailleurs tant à faire. Les filets de barrages avaient planté leur décor. Le saumon et l'alose ne manquaient pas. Les bateaux sillonnaient le pays, la vapeur n'en était qu'à ses balbutiements. La vie de chaque côté de fleuve allait son train. Qu'on fut en Berry ou bien en Gaule, la Loire était la compagne de tous les jours, il fallait faire avec.

Puis un jour, la dame se mit à gronder. Une rumeur enflait, ses eaux se faisaient sombres, il y avait une tension palpable d'autant qu'il avait beaucoup plu depuis quelques jours. D'heures en heures, on voyait l'eau monter, on devinait une force plus grande de minute en minute. La Loire charriait, tout ce qui traînait sur sa course folle subissait sa folie dévastatrice. Chariots, arbres, vaches, paille, outils et objets n'étaient que des épaves dérivant au fil de sa colère.

Des nouvelles mauvaises venaient des villages et des villes de l'amont. La rumeur enflait plus vite encore que le fleuve. Ici on annonçait une digue qui cédait, là une brèche laissait passer les flots comme un torrent furieux. Gien avait déjà les pieds dans l'eau et des fermes ne donnaient plus signe de vie.

Cette fois, à n'en point douter, le mal des eaux allait encore frapper. L'avancée inexorable de la bête aqueuse, personne n'y pouvait rien. Nulle force humaine, nulle protection ne pouvait l'entraver. Il fallait s'ensauver tant que c'était possible, emporter maigres affaires et trouver hauteur à portée de sabots. C'était la débandade et le malheur prend toujours un malin plaisir à vous surprendre en pleine nuit.

Il en fut ainsi dans ce petit coin de la Loire, en Berry, entre Orléans et Jargeau. La digue avait rompu laissant un grand espace où s'enhardissaient des flots qui prenaient possession de toute la campagne. Les eaux du Loiret et de la Loire avaient une fois encore célébré leur union, ce mariage de sinistre ravage. Les fermes avaient bien plus que les pieds dans l'eau, il fallait trouver refuge au faitage ou tout abandonner.

Bien avant la panique, une bande de joyeux drilles avait décrété de vider bien plus de chopines qu'il était raisonnable lors d'une partie prétendument de pêche et surtout de jurons, de blagues et de mangeailles. Ils avaient entrepris de mener grand train sur une toue cabanée. Après deux jours et une nuit de noce et de ripaille, nos gougnafiers, la bedaine débordante, avaient sombré dans un profond sommeil de bordée.

Le ronflement de tous ces sonneurs couvrait, on se demande encore comment, le tumulte des flots et de la toue brinquebalée en tous sens. Heureusement pour eux, c'est un pas moins saoul que les autres qui avait amarré le rafiot, si mal que les liens se défirent pour laisser aller la toue au hasard de sa destinée.

Chacun sait ici bas qu'il y a un bon Dieu pour les ivrognes et ceux-là bénéficièrent plus que les autres de la clémence du maître des cieux. Est-ce parce qu'ils vouaient une dévotion sans borne au sang de notre seigneur ? Nul ne le saura jamais. Pourtant ils eurent bien de la veine et grande chance de se retrouver embarqués au travers d'une brèche de la levée. Si leur bateau était resté sur la Loire, il y a fort à parier que jamais plus nos gaillards auraient eu chopines à re-boire !
Mais n'allons pas si vite en besogne. La Loire occupe désormais tout le val et propose un immense paysage de désolation et de destruction. Les bêtes sont noyées, les fermes abandonnées quand c'était encore possible. Au milieu d'une vaste étendue d'eau et de débris, un bateau de bois flotte au hasard avec un étrange bruit à l'intérieur de sa cabane.

C'est au petit matin de cette nuit de folie que le premier dormeur ouvre un œil vitreux sur le désordre du lieu. Une migraine à vous briser la tête chagrinait ce personnage à la mine rubiconde. Il se décida à changer l'atmosphère de la pièce qui sentait la porcherie tout en s'offrant une bonne gorgée d'air. Le spectacle qui se présenta à ses yeux encore embués de vapeurs alcooliques lui fit un choc qui le menaça d'apoplexie.

Quand il retrouva ses esprits, il se hâta de prévenir sa troupe de compères. Nous ne nous attarderons pas sur les flots de jurons qui accompagnèrent le réveil de ces messieurs très pâteux. La décence et le cours de notre histoire se passeront très bien de cette petite omission. La chose n'aurait d'ailleurs aucune incidence si quelques saillies n'attestèrent de l'incompétence marinière de ce déplorable équipage.

Nul marin sur cette toue. Des chenapans et des boit-sans-soif qui avaient choisi ce bateau pour trouver refuge à leurs bacchanales honteuses. Le navire allait tant bien que mal, tanguait et heurtait tout ce qui traînait par là. Les têtes de nos trimadeurs suivaient le même mouvement que l'embarcation.

Que ces ivrognes notaires puissent périr par là où ils n'ont jamais pêché, l'aventure aurait fait sourire bien de leurs connaissances si le pays n'avait été dans un tel embarras. Partout alentour, des images de désolation ; de l'eau aussi loin que pouvaient porter les yeux et bien assez profonde pour noyer un gars qui ne sait pas nager.

Il fallut pourtant rester cinq jours et autant de nuits au milieu de nulle part à tourner en rond. Nos larrons qui en avaient fini de leur foire n'avaient qu'une bourde dont ils ne savaient que faire pour se tirer de ce mauvais pas. Ils avaient beau beugler comme des veaux qu'on mène à l'abattoir, personne ne se présentait à l'horizon pour les tirer de ce mauvais pas.

Pire même, ils s'étaient conduits comme des gorets lors de leurs deux jours de ripaille et n'avaient plus rien à manger ni même à boire. Ils avaient la gorge en feu, il ne pouvait pas en être autrement. Petit à petit des idées mauvaises s'installèrent dans les esprits malades de ces démons en manque.

C'est au quatrième jour que l'idée vint au plus costaud qu'il leur faudrait manger le plus faible de la bande pour espérer se sortir vivant de ce guêpier. La brume qui couvrait ce qui maintenant était un fleuve, le vent qui tournicotait dans leurs têtes tourmentées, le manque de tout et la folie qui les prenait firent vite leur ouvrage tout autant que les abus précédents.

Au cinquième matin, la décision était prise. Mais s'il est facile de se persuader que manger un des siens est l'ultime solution, on ne pense pas aux multiples interrogations qui suivent pareille solution. La plus simple, car la plus ancrée dans l'esprit humain, consiste à se demander comment tuer son prochain. Là, les propositions ne manquent pas et chacun a sa petite idée sur la chose, à l'exception notable de celui que sa frêle constitution a désigné comme victime expiatoire.

Non, nos gaillards avaient des tourments bien plus pratiques. Pour ivrognes et potentiels assassins qu'ils étaient, ils étaient malgré tout des gars des bords de Loire, gastronomes et gourmets en toutes circonstances. La polémique grandit sur la manière d'accommoder le matelot. Périr n'est rien si c'est pour finir fort bien accommodé.

Le débat fit rage, ils faillirent en venir aux mains. Si tous les goûts sont dans la nature, ils l'étaient tout autant sur ce maudit rafiot. En chaque assassin sommeille un cuisinier, les cordons bleus faisaient assaut de joutes verbales pour emporter le morceau. Il a fallu des palabres et des coups de sang pour enfin trouver un terrain d'entente.

Ces maudits ligériens étaient, malgré les circonstances, des gens de la Loire. C'est dans ces coups de temps là qu'on aime à se retrouver sur ses valeurs, se conforter avec les traditions locales. C'est en matelote que devait finir le pauvre diable qui voyait sa dernière heure sonner. Il faut lui reconnaître courage et fierté. Il fut ravi de savoir à quelle sauce il serait préparé, son plat préféré, il n'y a pas plus beau trépas pour son digne sacrifice !

Va mon gars, on va t'accommoder aux petits oignons, dit celui qui avait osé cette terrible idée. Au moment de plonger le couteau au cœur de celui qui allait tenir le rôle de l'anguille dans la marmite, un plus malin que les autres fit remarquer à la cantonade qu'il y avait belle lurette que les réserves de blanc étaient épuisées. Ce fut la nouvelle décisive, la remarque qui fit que ces malheureux en restèrent au seul stade des intentions. Pas de vin blanc, pas de matelote, ceci ne mérite aucune exception !

Bien sûr personne ne souffla mot de ce qui faillit se passer quand, quelques heures plus tard, des secours vinrent fort à propos tirer de ce mauvais pas ces marins d'eau douce et de manières déplorables. Pourtant, au fil de leurs nouvelles beuveries, la nouvelle finit bien par transpirer et fit bientôt le tour de tout le pays. Personne en bord de Loire ne leur en tint jamais rigueur, bien au contraire d'ailleurs !

Jamais vous ne verrez ici personne sérieuse pour oser prétendre faire une matelote avec autre chose que des oignons du Val et notre bon petit vin blanc de Loire. C'est parce qu'ils respectèrent cette sage prescription que nos amis purent, longtemps encore, lever la chopine et boire à votre santé. Retenez bien cette leçon d'ici ou il vous en cuirait à petits bouillons !

Bacchanalement leur.

en compét' !

69 VOIX

CLASSEMENT Nouvelles

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
JPB
JPB · il y a
Toujours un plaisir de vous lire Bernard. Et écoutez les sage parole de Brennou. Je viendrai rendre visite à votre funambule. A bientôt.
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
JPB

Le funambule est en équilibre instable et avance de traers sur le chemin de l'orthographe
·
JPB
JPB · il y a
Bernard fait nous simplement rêver par tes contes. C'est génial, n'en doute pas...
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
JPB

Ceux mieux encore pour ceux qui m'écoutent
·
JPB
JPB · il y a
Qui sait peut-être un jour...
·
JPB
JPB · il y a
Désolé pour les fautes mais ça a son panache...
·
Sindie Barns
Sindie Barns · il y a
Brennou
Brennou · il y a
Mais de quoi voulez-vous cicatriser ? D'après vos dires, vous avez atteint l'harmonie d'une écriture à quatre mains. D'autres se contentent de dicter et certains nous infligent un salmigondis pathétique qu'ils voudraient nous faire prendre pour un art d'écrire à imiter quand il n'est que repoussant, sous prétexte qu'il vient de LEUR plume.
Laissez-vous conduire par votre Muse, même si sa petite sœur est aux manettes : le Parnasse est devant vous. Faites-nous découvrir très vite l'ambroisie que vous y goûterez !
PS : je m'inscris comme membre du comité de soutien de Bernard.
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Brennou

Quand je suis fatigué, quand je ne suis pas serein, les fautes reviennent au galop et je ne les vois pas
C'est un drame
·
Brennou
Brennou · il y a
Tous pareils ! Et alors ?
L'important, c'est l'idée. Du moment que la page blanche ne l'est plus, on peut laisser la moulinette à orthographe à demain et après café, œuf au plat et tartine au bacon, attaquer la correction d'un estomac tranquille. Les idées s'en trouveront à la fois amplifiées et simplifiées et lettres et mots retrouveront comme des dominos bien sages les petites cases où l'esprit voulait les assigner. Alors ? Pas belle, la vie ?
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Brenou
En guise de réponse à vous tous, je dépose un texte étrange, Le funambule de l'inutile

J'espère que vous le lirez sans faute
·
Brennou
Brennou · il y a
Chouette... ! ! !
·
Brennou
Brennou · il y a
C'est où ?
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Bien dit encore une fois BRENNOU
Bernard doit raison garder et ne pas enfler l'importance de cet incident.
Cela restera et doit rester un épiphénomène, une brindille au fil de la belle Loire et ses affluents.
Un bémol toutefois : l'intervention d'une correctrice ne signifie pas une écriture à quatre mains. C'est une aide, rien de plus. J'en parle en connaissance de cause, étant correctrice dans mon association des Noires de Pau : les auteurs restent les auteurs, l'intervention d'un correcteur est la cerise sur le gâteau mais il n'y a pas de cerise sans gâteau ! Je regrette que de plus en plus, le rôle du correcteur disparaisse chez les éditeurs. Quand il faut les rémunérer cela coûte trop cher et l'on a des livres imprimés truffés de fautes, chez des éditeurs régionaux par exemple.
Ce qu'il faudrait peut-être demander à Short, ce serait qu'une vraie voiture-balai passe avant impression du recueil. Aucun auteur n'est à l'abri d'erreurs, il serait donc souhaitable que les textes lauréats soient scrutés à la loupe. Un travail qui ne peut être exigé pour tous les textes sélectionnés car ils sont très nombreux. Short a donc raison de privilégier le talent d'écriture original, et Bernard n'a pas à rougir de quelques coquilles qui pourront être passées au peigne fin si son texte est lauréat. Waouh j'ai été un peu longue mais je voulais détailler le sujet de l'orthographe dans les textes et dire que celui-ci ne m'avait aucunement choquée à cet égard. Mon opinion est que le fond et la forme sont indissociables mais que les textes de Bernard sont bien en-dessous du seuil qui m'empêcherait de prendre plaisir à lire. Me suis-je bien fait comprendre sans accabler certains autres auteurs ?
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Fred
je réfléchis
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Merci :-)
·
Brennou
Brennou · il y a
Qui peut dire où se situe le point d'équilibre entre les quatre mains quand l'amour du travail bien fait les réunit ? La correction d'une tournure, d'une erreur grammaticale ou de ponctuation amène souvent l'auteur à préciser sa pensée ou le fil de son discours. C'est là tout l'art du traducteur et celui du correcteur en est proche.
Que Bernard ne tente pas d'effacer la cicatrice que le doigt d'Apollon a imprimée sur son front et qu'il laisse ceux de sa femme sage accoucher l’œuvre par lui portée. Il n'est du reste pas désobligeant de signer à deux. Ce peut être une preuve de... tact, pour ne pas dire plus !
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Êtes-vous traducteur / trice Brennou ? C'est le métier que je ferais si on me redonnait une deuxième vie ! Mais dans le cas de Bernard ce n'est pas comme pour Colette et Willy je présume, et j'ai la certitude que c'est lui qui fait la plus grande part, il ne nous a pas éclairés sur les proportions de la collaboration, pour moi c'est lui et lui seul l'auteur.
Pour ma part je ne signe pas les textes que je corrige et il ne me viendrait jamais à l'esprit de revendiquer l'expression "à quatre mains". Cela dit en toute amabilité et courtoisie bien sûr, Brennou !
·
Brennou
Brennou · il y a
Je me corrige suffisamment moi-même... quand j'écris, pour un peu savoir ce qu'il en est. Ceci dit, être correcteur neutre de plusieurs non choisis ou correcteur(trice) attitré d'un seul auteur n'engendre pas les mêmes rapports et chaque cas est unique. Alors gardons pour nous nos discussions superficielles et laissons Bernard nous concocter de belles et drôles d'histoires sans lui encombrer l'esprit de nos supputations légères!
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Eh bien ! Devant de telles amabilités je me tais, BRENNOU, et vous laisse toute la satisfaction que vous procurent vos propos sérieux, profonds et graves. Bonne continuation à vous.
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Brennou

Voilà un excellent président
·
Barbara Duchet
Barbara Duchet · il y a
j'apprécie la tenue et la fluidité de votre écrit, je ne tiendrai pas compte de ce qui vous est reproché ci-dessous, continuez d'écrire ! Oui l'orthographe peut être notre amie (je dois avouer, pour ma part qu'elle l'est, malgré quelques étourderies d'inattention ! ) mais la dyslexie et la dysorthographie ne doivent pas vous empêcher de vous exprimer ! Et tant pis pour les autres, vous avez un "truc" pour raconter, continuez surtout ! C'est le problème des gens qui jugent trop vite sans savoir.... en tout cas, vous avez mes voix.
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Très bien dit, Barbara, je m'associe à votre demande pour que Bernard reste !
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Barbara

Il me faut cicatriser
·
Yasmina
Yasmina · il y a
Mais ne vous bilez pas pour ce commentaire : effacez- le de votre page et de votre mémoire !
Poursuivez votre route d'auteur pour plaire à ceux qui vous apprécient.
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Yasmina

La blessure est profonde et suppure depuis plus de 50 ans
·
Yasmina
Yasmina · il y a
Je vous réponds en MP !
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Des fautes ? Quelles fautes ? Oui, quelques-unes sans doute, mais vraiment pas de quoi fouetter un matelot promis à la casserole ! Et sûrement pas "impardonnables"...!!!
Allez, cinq rasades de vouvray pour la matelote, mais pas à base de jeune homme innocent ! Courage, et ne quittez pas Short pour quelques reproches de forme sur votre œuvre qui écrit la légende des pays de Loire que j'aime !
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Fred

Certes mais le coup a porté
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Pour rester dans la note de votre texte Bernard, la matelote (d'anguille évidemment) ne passe pas pour un plat très digeste mais un petit somme là-dessus (le temps qu'il faut), une pincée de bicarbonate (les mots des amis) et le plat roboratif accorde ses bienfaits sans mauvais relents.
·
JACB
JACB · il y a
Voilà une histoire aux petits oignons et des déversoirs à surveiller...Grand bonjour de Touraine, Bernard! +5
·
Brennou
Brennou · il y a
Deux voix pour l’œuvre, deux voix pour la correctrice (qui a dû bien rire ; je l'espère autant que nous). Le reste du blanc, je le boirai à la santé des deux !
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Brennou

Vous êtes de ceux qui me donnent envie de tout laisser tomber
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Brennou

Ce sera ma dernière œuvre

Merci pour votre esprit de tolérance
·
Brennou
Brennou · il y a
Pas fou, non ? Qui parle de laisser tomber ? Le texte sur votre "dysorthographie" (supposée) mérite à lui seul une parution séparée, dans une catégorie peut-être à inventer, sur Short. Faites un bisou de notre part à la "tendre correctrice" et continuez, nom d'un chien !
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Brennou

Il me faut laisser passer l'humiliation
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Mais oui, bien sûr, Bernard doit continuer à écrire et à nous en faire profiter ici !
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Fred

Merci
·
Lise Pluzet
Lise Pluzet · il y a
Un texte bien mené, avec des expressions d'antan savoureuses. Dommage que quelques fautes, impardonnables, aient échappé à l'oeil, qui se devrait impitoyable sur ce point, au comité de lecture.
Je ne voterai donc pas mon maximum.
·
Yasmina
Yasmina · il y a
Quand laisserez-vous "tomber" ce vocabulaire judéo- chrétien de "fautes" et de plus "impardonnables" pour désigner des erreurs orthographiques ?
·
JACB
JACB · il y a
ôtez-moi d'un doute Lise qui donnez des leçons...Savoureuse....dans votre commentaire IMPITOYABLE...on le met le S ou pas ?Finalement avec cette parfaite maîtrise de l'orthographe, êtes-vous certaine d'avoir vu des fautes dans le superbe texte de Bernard?
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
En effet JACB, la phrase exacte devrait être : "à l'œil, qui se devrait impitoyable, DU comité de lecture". (et non "au")
·
JACB
JACB · il y a
Qui plus est! Vous avez raison Fred! L’œil de la correctrice devait être fatigué!!!!!
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Lise

ne revenez plus je vous en prie
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Lise

Le bastion orthographique.
Pour quelques mots de travers ?

Longtemps, je fus contraint de m'imposer le silence de la plume, porteur que je suis, à tout jamais, de la faute indélébile du travers orthographique. J'ai répondu ainsi aux injonctions des tenants de l'ordre établi, de la forme très conforme sur des fonds si abscons. La coquille, expression honteuse de celui qui ne pouvait assumer sa faute, était traînée comme une tache sur mes cahiers d'écolier, barrés sans cesse d'un rouge inquisiteur sur fond de rectitude !

Les chiens de garde de la graphie figée veillent jalousement à cet ultime pouvoir des gens de lettres maintenant que les mathématiques règnent en maîtresses absolues sur la sélection artificielle de nos élites. Ils privilégient la science mesurable de l'écrit convenable à l'art immatériel des ciseleurs de mots. Le fond n'est rien quand la forme est difforme.

Ils se posent en censeurs et pointent du doigt le fautif négligent, l'étourdi de l'accord, l'ignorant de l'exception, le pervers des assemblages, le désemparé des doublements de consonnes. La pureté calligraphique prévaut contre idées et forme. Celui qui s'obstine à ne pas respecter l'incontournable code est condamné au silence ou au mépris. Il mérite cette infamie, lui qui ne fait pas l'effort de confier aux correcteurs orthographiques le redressement de ces gaucheries d'ignorant stupide, de ces travers d'idiot patenté.

La secte des gens de lettres réclame une exigence de pureté qui ne cesse de me désarmer. Ont-ils oublié les ratures et les erreurs, les pâtés et les ajouts, les curiosités et les fantaisies des manuscrits de leurs grands hommes ? Ils se drapent dans une situation figée par un académisme de vieilles badernes pour cloîtrer la langue et fermer à double tour l'accès des plus obtus à l'écriture publique.

J'en ai vu de ces spécialistes du redressement graphique pour essayer vainement de me sortir de cette impasse sordide ! J'ai subi un gavage grammatical, j'ai empilé les lignes et les ritournelles absurdes où « toujours » prétend ne jamais s'écrire sans ce « s » si singulier. On m'a envoyé dans des centres spécialisés pour me défaire de cette dysorthographie qui m'interdisait des jours meilleurs. On m'a confié aux bons soins d'étudiantes désargentées, d'instituteurs idéalistes et d'une imprimerie Freinet. Rien n'y fit hélas : j'ai rongé mon frein des années durant.

Les mots, malgré ce traitement inhumain, sont restés mes amis. Des compagnons merveilleux auxquels j'ai toujours voulu conserver une part de mystère. J'ai beau les écrire des milliers de fois, usant au- delà du raisonnable de ce plaisir de les coucher sur une feuille qui se noircit au rythme de mes colères innombrables, à jamais pour moi demeure l'énigme de leur écriture officielle. Il en est même certains qui se présentent à moi de mille formes différentes et se soulignent d'une vague rouge qui me surprend à chaque fois.

J'aime les assemblages improbables, les compositions biscornues, les ricochets d'adjectifs mais je ne parviens jamais à associer la règle connue et son exploitation pertinente. L'écriture ne se satisfait pas de la mesure et de la prudence. La règle vient à chaque fois percuter le bout de mes doigts gourds. Emporté par le souffle des mots, je les habille de gréements imaginaires : ces consonnes hautes qui leur confèrent plus de majesté qu'une majuscule. Dans cette tempête des apparences, les accents vagabondent, les accords se défont et les confusions se multiplient à plaisir.

Pour une lettre de trop, pour un accord qui se désolidarise, pour une cédille qui prend ses jambes à son cou, pour l'accent mis à mon ignorance, pour la singularité de mon orthographe, j'ai dû, des années durant, me cacher et taire mes envies de mots couchés sur le papier. Les intégristes de l'apparence avaient frappé d'ignominie mes propos mal écrits.

J'assume cette tare qui alourdit, un peu plus encore, un passif conséquent. Je fais des fautes et je ne supporte pas de me relire... Et si je refuse de juger celui qui écrit de travers pour peu qu'il pense droit, j'aimerais qu'on me consente cette bénédiction de la tolérance orthographique en pardonnant ma vilaine courbure d'esprit et ma curieuse manière de coucher sur le papier ce qui ne se tient jamais droit.

Voilà, la faute est avouée sans pour autant qu'elle puisse être pardonnée. Alors, pour supporter l'anathème des bons penseurs, j'ai recours aux services d'une tendre et bienveillante correctrice qui veille au grain et retire l'ivraie qui ne cesse d'envahir mes récoltes quotidiennes. Merci à elle de me permettre de venir à vous sans trop de fautes.

Orthographiquement vôtre.
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Et voici ma réponse à Lise :
Lise, si vous permettez, c'est "quelle qu'en soit l'origine". Deux points en moins ! (je plaisante)
Voyez, c'est difficile, même en faisant attention, de ne pas se tromper !
Réfléchissez-y la prochaine fois, avant de jeter la première pierre (puisque vous parlez de fautes)
Les remarques sur l'orthographe devraient selon moi s'assortir de bienveillance, éventuellement de conseils, et non d'un jugement qui, avec l'adjectif "impardonnable", prend une tournure morale qui n'a vraiment rien à faire là.
Il est dommage que des jugements péremptoires et sans indulgence poussent vers la sortie des auteurs comme Bernard dont la plume est talentueuse et originale.
D'une auteure chevronnée comme vous, on peut attendre de la délicatesse et du tact. J'espère que Bernard reviendra sur sa décision, car nous perdrions une personne qui apporte beaucoup au site par la qualité de ses écrits.
·
Yasmina
Yasmina · il y a
Voilà ma réponse à Lise !
Quand laisserez-vous "tomber" ce vocabulaire judéo- chrétien de "fautes" et de plus "impardonnables" pour désigner des erreurs orthographiques ?
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Bravo Bernard pour ce plaidoyer haut en couleurs. Et sans faute !
Laissez donc les "gens de lettres" à leurs chères études.
Vous leur prêtez plus de pouvoir qu'ils n'en ont.
N'ayant jamais eu à faire d'efforts pour écrire sans faute ( je ne me l'explique pas mais c'est ainsi) je mesure pourtant à quel point cela peut être difficile pour d'autres. Vous avez le don des histoires truculentes et émouvantes. Franchement, malgré mon œil de lynx, je n'ai pas vu beaucoup de fautes dans celle-ci, hormis quelques-unes que font de plus en plus de gens, à tel point qu'il est difficile à un lecteur lambda de les distinguer. 5 votes pour ce matelot qui fut tiré à la courte-paille et eut le bonheur d'en réchapper.
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Fred

Merci
·
Lise Pluzet
Lise Pluzet · il y a
Désolée Bernard, si je vous ai bléssé, tel n'était pas mon intention. Ce qui me met en rogne, c'est que le comité de lecture soit si peu regardant sur l'orthographe. Et encore, votre texte en comportait bien moins que d'autres.
Vous n'êtes point le seul à faire des fautes, quel qu'en soient l'origine. J'ai bien connu et connais encore cela, mais je m'efforce d'en faire le moins possible et je n'ai plus personne pour me relire.
Il semble que vous n'ayez pris de mon commentaire que le négatif, c'est regrettable. Vous me demandez de ne plus revenir, serait-ce à dire que vous ne souhaitez plus que je lise vos textes ? Si cela est le cas, il vous faut simplement vous désabonner et je ne recevrai plus vos écrits.
Cordialement à vous et encore mes excuses, mais je suis une personne sincère et franche.
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Lize

le mal est fait et la suffisance de ceux qui échappent à la faute m'est insupportable

C'est trop tard
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Lise, si vous permettez, c'est "quelle qu'en soit l'origine". Deux points en moins ! (je plaisante)
Voyez, c'est difficile, même en faisant attention, de ne pas se tromper !
Réfléchissez-y la prochaine fois, avant de jeter la première pierre (puisque vous parlez de fautes)
Les remarques sur l'orthographe devraient selon moi s'assortir de bienveillance, éventuellement de conseils, et non d'un jugement qui, avec l'adjectif "impardonnable", prend une tournure morale qui n'a vraiment rien à faire là.
Il est dommage que des jugements péremptoires et sans indulgence poussent vers la sortie des auteurs comme Bernard dont la plume est talentueuse et originale.
D'une auteure chevronnée comme vous, on peut attendre de la délicatesse et du tact. J'espère que Bernard reviendra sur sa décision, car nous perdrions une personne qui apporte beaucoup au site par la qualité de ses écrits.
·
Lise Pluzet
Lise Pluzet · il y a
Fred, désolée, mais dans mon esprit et mon écrit, c'est bien moins Bernard que je mettais en accusation que le comité de lecture de short, qui laisse passer des textes avec bien des fautes, encore que, comme je le soulignais, celui-ci en comporte moins que certains.
Je me suis excusée, mais si mes mots furent malencontreux, il me semble que Bernard se plaît à se poser en victime.
Personnellement, je sais que parfois, je laisse traîner des fautes, que moi-même je qualifie d'impardonnables et lorsque l'on me les fait remarquer, j'en sais grâce à ceux qui me le signalent. Cela me permet d'avancer.
Bien sûr chacun réagit avec sa propre sensibilité.
·
Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Lise, la psychologie n'a pas l'air d'être votre amie, aussi ne tenterai-je plus de dialoguer. Puisse la prise de conscience qu'en effet chacun a un seuil de tolérance très différent vis à vis des critiques, vous servir pour vos futures interventions. Et je souhaite que Bernard ressorte plus fort de ce coup de vent sur sa barque au fil de son si beau fleuve. Amicalement
Fred
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Lise

La blessure, des années qu'il y a toujours des bons penseurs pour me l'infliger
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Lise

Je songe à me retirer d ela place puisque d'après-vous ma tare m'interdit d'y rester
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Lise

Des années d'humiliation ne vous suffisent pas La dyslexie et la dysorthographies en sont pas des tares et juger les gens ainsi est d'une maladresse insigne
·
Yaakry
Yaakry · il y a
quelle angoisse et quel humour beau mélange ! merci +5

j'ai un poème en finale si vous avez 5 minutes merci
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/ivre-de-toi-1
·
Bernard Ringuet
Bernard Ringuet · il y a
Yaakry

C'est un dosage ligérien
·