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min

 Famille  Suspense

Ma’ Grossman, ça va être ta fête !

Thierry Covolo

Thierry Covolo

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61 voix


Un petit vent frais tournait entre les hauts murs blancs. Le soleil, déjà bas, parvenait encore à réchauffer un coin de la cour. Comme la plupart des autres, Sam et Baron s’y étaient réfugiés. Ils se tenaient debout, l’un à côté de l’autre, et ne disaient rien. Ils attendaient. Sam vit passer un vol d’oies sauvages, loin au-dessus d’eux. Parfaitement alignées, elles pointaient vers l’océan. Il hocha la tête. On peut voir ça comme un bon présage, se dit-il. C’est à ce moment-là que la sirène retentit.
— Ça y est, dit simplement Baron, ils savent que le p’tit est dehors.
Une clameur monta dans la cour, accompagnée par le tintement des tasses de métal contre les barreaux des fenêtres. Les gardiens s’agitèrent, leurs mains crispées sur le manche de leurs matraques. D’autres, postés sur les murs, hésitaient à épauler leurs fusils. Certains détenus allaient se faire prier pour rentrer, il allait y avoir du chahut, en espérant que ça en reste là. Sam et Baron avancèrent docilement vers la porte de la cour, imités par quelques autres. Sam se frotta l’arrière du crâne.
— J’espère qu’il va s’en sortir, le p’tit. Je mentirais si je disais que je me fais pas de mouron.
— C’est bon, Sam, répondit Baron, tu vas pas recommencer ! On a déjà fait le tour de la question. Toi, tu sors dans un an et moi j’ai mes rhumatismes. Le p’tit, avec ses conneries, il a encore soixante ans à tirer. Qu’est-ce qu’il risque ? S’ils le reprennent – je dis bien s’ils le reprennent –, ils lui colleront vingt ans de plus. La belle affaire ! C’était la meilleure solution, tu le sais aussi bien que moi. Tu voulais quoi ? Qu’on renonce ? C’était pas une option envisageable. Papa se serait retourné dans sa tombe si on avait renoncé. Et ce genre d’affaire, c’est en famille que ça se traite. Alors c’était forcément le p’tit.
— Oui, je sais, mais quand même, je ne peux pas m’empêcher de me faire du souci pour lui. Depuis qu’on est gamins, je me fais du souci pour lui. C’est pas maintenant que je vais changer.

Ça faisait un moment que cette idée d’évasion lui trottait dans la tête, au « p’tit ». Ça ou une demande de transfert. Il avait failli en parler à son avocat, mais il s’était repris au dernier moment, vu que c’était aussi l’avocat de ses frères et qu’il soupçonnait sa déontologie de s’arrêter là où commençaient les honoraires que lui versait Baron. Tout, plutôt que rester dans cette prison avec Sam et Baron. Parce que, franchement, il n’en pouvait plus de ses deux frères. Entre Baron qui se prenait pour son père et Sam pour sa mère, c’était insupportable. Alors, quand Baron avait commencé à échafauder son plan, il avait vu ça comme un cadeau du ciel, la réponse aux prières qu’il n’avait pas osé formuler.
— T’oublies pas, hein ? La surprise, c’est la clé de la réussite ! Tu peux pas juste te pointer à la porte, sonner, et faire l’affaire, avait dit Sam en se rongeant les ongles.
Et Baron d’embrayer, avec sa grosse voix et cette moue constamment dégoûtée qu’il avait piquées dans une série B quelconque :
— La sous-estime pas, p’tit. Elle a peut-être soixante-dix ans, la vieille, mais chez elle, y’a pas de limite au compteur. Chaque année qui passe, c’est de l’expérience en plus. Elle est plus affûtée que jamais. T’imagines pas que ça sera du gâteau de la prendre par surprise.
Mo n’en avait rien laissé paraître, mais intérieurement, il bouillait.
— On compte sur toi. C’est important. On parle de l’honneur de la famille, là. Tu fais pas de conneries, p’tit ! Tu m’as bien compris ?
C’est bon, Baron, lâche-moi, je suis pas un amateur ! Il allait bien falloir qu’un jour Sam et Baron se rendent compte qu’il n’était plus un gamin. Il avait trente-neuf ans, « le p’tit ». Et son C.V. était autrement plus chargé que ceux de ses deux aînés. Vous faites chier, les frangins. S’ils se revoient un jour, Mo leur dira comme ça, aussi directement que ça.

La vieille, c’était Ma' Grossman. Une coriace.
À soixante-dix ans, Ma' Grossman était le genre de petite vieille qu’on a envie d’aider à porter ses courses et qui vous remercie d’un sourire vous faisant vous sentir un type bien. Mais c’était aussi le genre à égorger un homme d’un coup de rasoir, net et précis.
Née Masha Milewski, évadée de Treblinka à dix-sept ans, résistante, émigrée à vingt ans, serveuse dans un bar du Bronx, remarquée par Seth Lanski, le propriétaire du bar où elle travaillait et de la moitié de ceux du coin, qui lui témoigna son affection à sa manière – coincée dans un coin, sa grosse paluche directement entre les cuisses – et se retrouva avec un poinçon contre la carotide. Masha n’avait pas dit un mot. Elle avait juste planté son regard noir et froid dans les yeux de Lanski tandis qu’elle sortait le poinçon de sa poche.
Lanski, qui avait toujours su séparer le business et les sentiments, comprit immédiatement le potentiel qu’une fille aussi charmante et déterminée pouvait représenter pour ses affaires. Lanski se définissait comme un bon samaritain. Poussé par son sens inné de la charité, il prêtait volontiers de l’argent à qui lui en demandait. Mais, convaincu que laisser son prochain accumuler les dettes n’était pas lui rendre service, il affirmait qu’un taux d’intérêt prohibitif était la plus sûre des incitations à rembourser rapidement. Malheureusement, certains de ses débiteurs un peu tête en l’air avaient tendance à laisser passer une échéance, voire à ignorer les relances si celles-ci n’étaient pas accompagnées d’une certaine forme de pédagogie. Lanski proposa donc à Masha Milewski de rejoindre le service « recouvrement » de son affaire, alors en plein essor. Il lui présenta également Abraham Grossman, son comptable, un garçon discret et sérieux, dont les manières lui semblaient davantage correspondre aux goûts de Masha que les siennes. Deux mois plus tard, Masha Milewski devenait Mme Grossman, épouse aimante et attentionnée, mais aussi Ma’, professionnelle impliquée et appliquée. Les débiteurs de Seth Lanski comprirent rapidement qu’il valait mieux ne pas attendre que le délicieux sourire de Ma’ Grossman s’efface de son visage lorsqu’elle venait recouvrer une dette. Ma’ Grossman ne déçut jamais ses employeurs, qui, avec les années, lui confièrent leurs dossiers les plus délicats.
Quand il mit Ma' Grossman à la retraite, Andy Lanski, le petit-fils de Seth, décida de la placer sous protection. Vu les états de service de Ma’, Andy Lanski craignait que ses vieux jours ne soient pas aussi paisibles qu’elle le méritait. Pour le nouveau patron de l’entreprise familiale, formé au management à la Harvard Business School, c’était autant une preuve d’affection envers cette femme remarquable qu’il connaissait depuis son plus jeune âge qu’un message fort à l’attention des jeunes générations : chez les Lanski, on prend soin des bons employés, même lorsqu’ils ne travaillent plus pour nous. Pour louable qu’elle fût, l’intention ne provoqua pas l’enthousiasme de Ma’ Grossman. On la vit débarquer dans le bureau d’Andy, virer les deux types en costumes italiens avec qui il était en rendez-vous et claquer la porte, ce qui ne servit pas à grand-chose vu le volume qu’atteignait la voix de Ma’ lorsqu’elle était en rogne.
— Parce que me foutre à la retraite, c’est pas suffisamment humiliant ? Tu crois que je suis plus capable de prendre soin de moi, Andy ? C’est quoi, la prochaine étape ? Tu vas demander à un de tes crétins de venir me baisser la culotte quand je vais pisser ?
Andy laissa passer l’orage. Il était décidé, sa décision était juste, et arrivé à ce stade, c’était son autorité qui était en jeu.
La première fois que Ma' Grossman sauva la vie de son garde du corps, c’était parce qu’un mari jaloux était venu lui faire la peau. La seconde, c’était parce qu’il avait fait un doigt d’honneur à un coursier qui prit mal la chose et entreprit de le démolir à l’aide de la lourde chaîne antivol de son vélo. Ma’ revint voir le jeune Lanski. Les types en costumes italiens allaient sortir du bureau, mais Ma’ dit :
— C’est pas la peine, les gars, j’en ai pas pour longtemps.
Puis elle enchaîna :
— Je m’excuse pour l’autre fois, Andy, j’avais mal compris. Mais c’est pas parce que je suis une pauvre petite vieille qu’a plus toute sa tête qu’il faut chercher à m’arnaquer. J’ai beau être sénile, je me rappelle encore que tout travail mérite salaire. Même un job de baby-sitter. En tout cas, moi, je les payais, les filles qui venaient surveiller mes garçons pour qu’ils fassent pas de conneries. Et crois-moi, s’occuper du gamin que tu m’as collé entre les pattes, c’est un sacré boulot !
Andy Lanski soupira et renonça à cette histoire de protection. Ma’ Grossman, qui n’était pas une mauvaise femme et ne voulait pas qu’Andy s’en fasse pour elle, accepta une nouvelle identité et un relogement. Elle ne pouvait nier que, statistiquement parlant, il était probable qu’un jour un gars un peu revanchard veuille régler ses comptes avec elle. Andy s’étrangla quand Ma’ ajouta :
— Bon, s’il faut que je sois quelqu’un d’autre, mais ça pourrait être Lauren Bacall ? J’ai toujours trouvé que cette fille avait la même putain de classe que moi !

Depuis, Ma' Grossman vivait seule dans cet appartement, de l’autre côté de la rue, premier étage, sortie possible par l’escalier d’incendie à l’arrière, si besoin. Entrée possible, aussi, forcément.
Mais Mo n’avait pas l’intention d’entrer par là. Trop tentant, trop évident. Ce serait intéressant de voir ce que Ma' avait bricolé pour sécuriser ce côté-là, mais un peu dangereux, et sans doute pas assez discret pour garantir ce fameux effet de surprise auquel Sam tenait tant. Mo avait un autre plan. Plus compliqué, mais bigrement efficace.

Le plan de Mo s’appelait Katz Krobachek. Professeur à la retraite, élégant comme une vieille Anglaise, Katz allait tous les après-midis jouer aux échecs au Marshall Chess Club. Mais surtout, Katz habitait au-dessus de chez la vieille. Entre leurs deux appartements, il y avait une trappe. Ça remontait à l’époque où une échelle permettait de passer de l’un à l’autre. La boutique au rez-de-chaussée, l’atelier au premier, les stocks au second. Personne savait, pour cette trappe, à part Stan, qui tenait ladite boutique jusqu’à ce que le fisc constate qu’en vingt ans, c’était plus d’un demi-million de dollars qui avait été détourné des caisses de l’État entre ces trois étages.
Stan était un gars facile. Pour peu que vous lui procuriez de quoi planer un peu plus haut que le plafond de sa cellule, il devenait votre meilleur pote et vous racontait sa vie à l’endroit et à l’envers. Baron, qui n’en revenait toujours pas du coup de chance qui avait fait de ce type son voisin de cellule, avait très vite compris ça et obtenu de lui le précieux renseignement.
Quelques lattes de parquet à démonter chez Katz, un peu de plâtre à faire tomber chez Ma'. En dessous, c’était le lit de la chambre d’ami. Si Mo jouait bien le coup, il y aurait pas mal de poussière mais pas un bruit. Le coup de la bijouterie Lutz, en plus facile, en quelque sorte.
Voilà, Katz Krobachek sortait enfin, direction le club d’échecs. Veste en tweed, pochette de soie verte, chaussures bicolores. Mo vérifia que Ma' Grossman n’était pas à sa fenêtre, traversa la rue et entra dans l’allée. Un coup d’œil aux boîtes aux lettres. Deuxième étage : « K. Krobatchek », premier étage : « L. Bacall ».

Mo crocheta la porte de Katz Krobatchek. Dans son sac à dos, il y avait tout le matériel nécessaire, et surtout il y avait « le paquet ». Contrairement au sac et au reste de son contenu, qui l’attendaient depuis huit ans à la consigne de la gare, le paquet était sorti de la prison avec lui. C’était Baron qui l’avait fabriqué, avec des pièces détournées des ateliers où travaillaient les trois frères, ou troquées avec d’autres détenus ou des matons.
— C’est beau, avait simplement dit Sam en voyant le résultat.
— Sûr, dans ton genre, t’es un artiste ! avait ajouté Mo.
— Allez, les gars, avait conclu Baron. Arrêtez, vous me gênez.
Puis il avait encore dit :
— Vous imaginez sa tête, à la vieille ? Ça va être sa putain de fête !

Mo était descendu dans la chambre d’ami avec la discrétion d’un chat. Il glissa sous la porte son petit miroir et constata que la voie était libre. Il ouvrit la porte et se glissa, toujours aussi félin, jusque dans le salon, de l’autre côté du couloir. Pas un bruit, tout était calme dans l’appartement. Parfait, se dit Mo, tout se passe comme sur des roulettes. On s’en fait tout un monde, à ne pas en dormir la nuit, mais finalement c’est du gâteau. Tellement facile qu’on pourrait se demander… Oh, merde… eut encore le temps de penser Mo avant que le lacet ne vienne serrer son cou.
Elle pesait combien, Ma' Grossman ? Cinquante kilos à tout casser ? Comment est-ce qu’un gaillard comme Mo pouvait se laisser terrasser par une petite vieille deux fois moins lourde que lui, rien que des os et de la peau fripée ? Un peu de nerfs, aussi, et pas mal de caractère, mais quand même. La technique, bien sûr, et puis l’instinct. On ne survit pas par hasard au ghetto de Varsovie, à Treblinka, et à un hiver dans les forêts polonaises, avec les nazis aux trousses et ces trouillards de paysans pour vous tirer au fusil quand vous sortiez des bois. Ma' Grossman était suspendue à son lacet. C’était tout son poids qui enfonçait le lacet dans la gorge de Mo, et Mo avait beau se débattre, Ma' Grossman tenait bon. Ma’ serrait par à-coups. L’air manquait à Mo. Il en aurait pleuré de rage s’il avait été encore assez lucide pour apprécier la situation. Quelle fin absurde ! C’était vraiment trop con que ça se termine comme ça.
Mais ça ne se termina pas comme ça.
Soudain, Ma' Grossman relâcha la pression et l’air s’engouffra dans les poumons de Mo. Il y eut un long grincement rauque quand la poitrine de Mo se gonfla. Ses yeux étaient noyés de larmes, mais malgré cela, il vit le miroir en face de lui, et dans le miroir, leurs deux visages. Celui de Mo était aussi écarlate que celui de Ma' était livide. Pour autant, il aurait fallu être aveugle pour ne pas remarquer la ressemblance. Un air de famille, si on voulait appeler les choses par leur nom.
— Oh, seigneur ! gémit Ma' Grossman. Moise, mon tout petit ! Mais qu’est-ce que j’ai failli faire !
La vieille plaqua une main sur sa bouche, tendit l’autre vers Mo sans oser le toucher.
— Si je m’y attendais ! Comment je pouvais savoir que t’étais sorti ?
Mo essaya de dire quelque chose mais ses paroles s’étranglèrent dans sa gorge. Il toussa un bon coup, puis parvint à murmurer, en se penchant vers son sac pour prendre le paquet :
— Bon anniversaire, M’man. C’est une surprise, de notre part à nous trois !

61 VOIX

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Pour poster des commentaires,
Chan Tal
Chan Tal · il y a
Pour une surprise, c'est une surprise :D
+1
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Maud
Maud · il y a
Félicitations !
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Thierry Covolo · il y a
Merci !
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Marie
Marie · il y a
Et vous êtes donc Lauréat ? C'était couru d'avance. Je ne peux que vous renvoyer à mon premier commentaire enthousiaste. BRAVO !
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Thierry Covolo · il y a
Merci, Marie, c'est gentil
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Marie
Marie · il y a
Je serais curieuse d'avoir votre avis sur "L'homme au caddie" dans Nouvelles ; pas du tout style "Ma' Grossman...", mais bon, nous pouvons coexister...
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Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Bravo pour ce conte qui n'a pas froid aux yeux, et qui vous a valu une place au Palmarès. Je suis ravie de faire connaissance de votre style et reviendrai vous lire à l'avenir.
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Thierry Covolo · il y a
Merci, bienvenue à bord et à une prochaine fois, donc.
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Latuemouche68
Latuemouche68 · il y a
Bravo m'sieu! mes amitiés à Ma.
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Thierry Covolo · il y a
Merci ! Ma' prépare son sapin. Mieux vaut ne pas savoir ce que le Père Noël va déposer à ses pieds... :)
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Michel Dréan
Michel Dréan · il y a
Bravo Thierry !
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Thierry Covolo · il y a
Merci
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François Duvernois
François Duvernois · il y a
Bravo Thierry pour ce prix, mes félicitations.
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Thierry Covolo · il y a
Bonjour François, merci. J'espérais que nous figurerions tous les 2 dans le palmarès. Meilleure réussite pour toi une prochaine fois.
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J.M. Gallego
J.M. Gallego · il y a
Je ne sais pas si c'est vraiment du suspense, mais puisque tu le dit... En tout cas j'aime bien. + 1
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Thierry Covolo · il y a
Je n'aurais pas non plus classé ce texte dans "suspens", mais ce n'est pas moi qui décide... En tout cas, merci d'avoir aimé
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Latuemouche68
Latuemouche68 · il y a
Proprement génial! La chute est hilarante et tout à fait inattendue. Elle a quelque chose de Ma Dalton, cette petite vieille-là, et ses trois rejetons font penser au trio d'imbéciles que tout le monde connaît, ou encore à ceux qui arpentent le sud des Etats-Unis dans le jubilatoire O'Brother, des frères Cohen. Mon vote emballé. Et c'est pas tous les jours.
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Thierry Covolo · il y a
Merci, c'est sympa de savoir qu'on touche sa cible quand on écrit !
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Christine Śmiejkowski
Christine Śmiejkowski · il y a
+1 pour le récit et la chute ! Merci pour votre imagination...Si vous en avez le temps évidemment et merci d'avance: ♥ 2 liens attention ♥
►►► Un récit : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/sans-domicile-fixe-1
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Thierry Covolo · il y a
Merci d'avoir aimé. Je ne manquerai pas d'aller vous lire
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