Chantal Noel

Chantal Noel

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La journée commençait plutôt mal : la boîte à café était vide, le paquet de céréales venait de lui échapper des mains, laissant avoine, blé et pépites de chocolat joncher le sol carrelé de la cuisine. La pluie battait violemment contre les vitres depuis l’aube. Lucas appuya avec colère sur le bouton de la télécommande pour faire taire Miss Météo qui égrenait, en souriant, les températures glaciales de ce mois d’avril pourri.
La pendule en formica de la cuisine affichait 7h40. Il laça ses chaussures un peu trop vivement et la moitié d’un lacet lui resta dans la main. Pas le temps d’en chercher de nouveaux. Il allait mettre l’autre paire, même si elles étaient moins confortables. Lucas fouillait dans le meuble bas sans succès. Le parapluie non plus n’était pas à sa place, évidemment !
— Tu penseras à prendre le pain !
La voix de Julie le fit sursauter. Punaise, elle était à la maison toute la journée, entre ses pelotes de laine, ses lectures, ses séries américaines et ses conversations niaises au téléphone avec ses copines et sa frangine, et elle n’était pas foutue de prendre dix minutes pour passer à la boulangerie. Elle prenait toujours les choses avec légèreté. Lucas était un peu irritable ces derniers temps et la désinvolture de Julie l’agaçait quelque peu.
Ébouriffée et les yeux ensommeillés, Julie apparut dans l’encadrement de la porte. Le vieux tee-shirt de Lucas avec l’inscription « Fumer tue lentement, je m’en fous, j’ai le temps », lui arrivait au bas des fesses et remontait en haut des cuisses, sur le devant, tant son ventre très arrondi par huit mois de grossesse tendait le tissu.
— Je rêve où il y a eu la guerre dans la cuisine ? demanda Julie d’une voix molle.
Le regard de Julie fit le tour de la pièce rapidement. Le bol de Lucas traînait sur la table où de multiples ronds de lait montraient qu’il y avait eu quelques débordements intempestifs ; le filtre à café gisait près de la cafetière chromée ; la bouteille de jus d’orange vide était couchée près du dessous de plat en inox. Lucas répondit dans un grognement, tout en cherchant ses chaussures et son parapluie dans la penderie de l’entrée :
— Mauvaise journée. Je suis super en retard, j’ai le ventre vide et je ne trouve pas mes derbies noires. Ni le parapluie, d’ailleurs !
— Dans la porte du bas, armoire blanche... A leur place, quoi ! Au fait, j’ai passé commande hier par Internet, le café sera livré ce midi. J’ai pris des muffins aussi. Et de la confiture de groseille.
Julie avait répondu d’une voix nonchalante. Elle savait apaiser les tensions par sa seule présence. Les mauvaises ondes ne l’atteignaient pas. Son humeur égale dissolvait naturellement les nervosités de son entourage.
Il lui tournait le dos, mais la voyait dans le miroir du couloir. Même au saut du lit, avec son gros bidon et la tignasse en bataille, il lui trouvait une rare élégance. Sa frange rouge lui mangeait la moitié du visage et son teint pâle la faisait ressembler à une poupée ancienne.
Viktor, le chat, avait surgi d’on ne sait où et happait goulument les céréales au sol. Lui qui reniflait toujours ses croquettes avant de daigner y porter un peu d’intérêt, aspirait le sol avec un vif plaisir. Lucas lança :
— Il faudrait diminuer ses portions, il est gros comme un pâté.
Julie ne releva pas. Viktor avait une allure princière, malgré quelques petites rondeurs.
Les paroles de Lucas n’avaient pas interrompu le chat qui venait de sauter sur la table avec grâce et léchait avec application les traces de lait.
Lucas avait trouvé Viktor il y a deux ans. En rentrant de son jogging dominical, il avait jeté sa peau de banane dans une poubelle près du parc. Entendant un gratouillis étrange, il avait fouillé le sac du regard et avait découvert la petite boule de poils, sous un journal gras et froissé. Il l’avait d’abord cru mort, ce petit chaton gris, et son cœur avait bondi dans sa poitrine. Puis la peluche avait ouvert la bouche dans un miaulement muet. Lucas l’avait délicatement saisi par la peau du cou, l’avait frotté doucement, avait senti battre le petit cœur, et avait mis la bestiole dans son sweat, pour l’amener à la maison, sans réfléchir.
Julie et lui avaient nourri le chaton au biberon pendant deux mois, en suivant point par point les conseils du vétérinaire.
Aujourd’hui, Viktor avait une fourrure magnifique, de longs poils soyeux d’un sublime gris souris (le comble pour un chat). Ses yeux orange comme deux soleils se fermaient voluptueusement lorsqu’il se lovait dans les coussins du canapé où il squattait la plupart du temps, laissant des touffes laineuses sur les sièges blancs.
Il passait de plus en plus souvent les nuits dehors où il chassait les musaraignes du quartier, ce qui ne l’empêchait nullement de quémander sa pitance au petit matin en se frottant vigoureusement sur les jambes de Julie avec un ronronnement effronté.
Lucas jeta un dernier coup d’œil dans le miroir. Il était plutôt bel homme et il le savait, cependant la nouvelle petite ride oblique qui lui barrait le front donnait de la sévérité à son visage. Il passa ses doigts dans ses cheveux bruns afin de les remettre en place.
— J’y vais, Julie. J’ai une réunion ce soir, je ne serai pas là avant vingt heures. Pense à récupérer mon costume gris au pressing, s’il te plaît. Et prends le pain. Je n’aurai pas le temps.
C’était dit gentiment, mais Julie sentait bien qu’il était inutile de répliquer. Parfois il l’agaçait avec son air de petit bourgeois arrivé. Elle l’avait connu étudiant en droit, plein d’ambition, il fallait bien s’attendre à ce qu’il ait un bon job qui lui boufferait la moitié de sa vie. Le côté bohème de Julie était souvent en décalage avec les idées rigides de Lucas. Lui il disait : « Carrées, pas rigides. Mes idées sont carrées. J’aime que les choses soient claires et ordonnées. Je n’aime pas les impondérables ».
Lucas posa un baiser rapide sur les lèvres de Julie avant de sortir en claquant la porte, son parapluie sous le bras, une cigarette entre les doigts.
— La porte ! Merde ! Fais doucement ! cria Julie en s’installant dans le canapé, son mug de thé à la main.
Aujourd’hui, elle allait se consacrer au ménage. Il y avait du désordre un peu partout. La panière de linge à repasser débordait. Les vitres avaient besoin d’un bon coup de chiffon. Bon, les vitres, se dit Julie, vu le temps, ça attendra demain.
Elle allait d’abord prendre son petit-déjeuner tranquille devant la chaîne info, puis se vernir les ongles. Elle avait dégoté un vernis vert tendre chez Sephora et il irait parfaitement avec la blouse reçue hier. Elle avait tendance à passer un peu trop de temps sur les sites de vente en ligne et Lucas le lui avait reproché la semaine dernière. Non pas qu’il était radin, loin de là, mais il voyait bien que Julie était sur un nuage dont elle ne descendait plus, et que les achats compulsifs se répétaient. Julie se cala confortablement dans les coussins du canapé, occultant le désordre environnant. Elle s’octroyait une demi-heure de détente avant de commencer sa journée.

Lucas était soucieux. C’était peut-être même une colère étouffée qui le mettait si mal à l’aise. Il aimait l’ordre. Il aimait la justice. Il avait embrassé sa carrière d’avocat avec fierté. Il avait des valeurs. C’est ainsi que sa mère le décrivait. Elle se plaisait à dire : « Mon fils est un homme de valeurs, il a des convictions, il aime l’ordre et la justice ». Et voilà que Julie l’embrouillait avec ses idées pour le moins loufoques. Il essayait de mettre tout ça dans un coin de sa tête, mais c’était compliqué. Surtout maintenant que l’échéance approchait.
Bien sûr, ils en avaient parlé ensemble. Des heures. Des nuits. La sœur de Julie, Agathe, avait trente–six ans ; dix ans de plus que Julie. A la suite d’une complication médicale, elle n’avait pu avoir d’enfant et c’était le grand drame de sa vie. Elle avait pensé adopter. C’était long et compliqué. Julie et elle en avait discuté longuement. Leurs conversations finissaient dans des flots de larmes. L’idée avait mûri doucement. Puis avait fait son chemin, et enfin était devenue une évidence. Julie serait mère porteuse pour Agathe. Ça ne sortait pas de la famille. Son cœur en avait décidé ainsi. Les deux sœurs s’étaient renseignées ; le combat avec les administrations avait été rude, mais le dossier était ficelé. Un contrat en bonne et due forme avait été établi, la procédure suivait son cours.
Lucas s’était révolté, avait vociféré qu’il avait son mot à dire, qu’on n’était pas des marchands de tapis. Que ça allait à l’encontre de ses principes, qu’il avait fait des études pour défendre les valeurs de la famille. Que dans son métier, il voyait des cas difficiles de gens qui se déchiraient pour des histoires moins complexes que celle-ci. Il avait menacé de quitter Julie, de la laisser en plan avec ses idées à la con. A deux mois de grossesse, Julie était sûre de son idée. A son âge, elle pouvait se permettre d’offrir cette grossesse à sa sœur et en programmer une pour fonder sa propre famille avec Lucas d’ici deux ans. C’était quelque chose d’envisageable. Il fallait vivre avec son temps. Les conversations étaient très animées. Chacun défendait ses idées et restait sur ses positions. La famille des années 2010 n’avait rien à voir avec la famille telle que Jean-Jacques Rousseau l’envisageait. Elle avait lu l’œuvre de Dolto et connaissait son opposition. Elle s’était documentée, comprenait les réticences des politiciens et des psychothérapeutes. Mais il y avait différentes sortes de familles. Elle lui listait les familles monoparentales, homoparentales, recomposées... Il lui répondait que pour construire une famille recomposée, il fallait décomposer deux familles, ce qui méritait réflexion ! Que le bon modèle était la famille nucléaire : un père, une mère, classique quoi. Qu’un enfant perdait ses repères entre deux papas ou deux mamans. Elle se cramponnait à ses arguments, parlait d’un enfant de cœur, tout venait du cœur et pas de la raison, il fallait ouvrir son esprit. Agathe participait évidemment à ces débats parfois houleux.
En se rendant au bureau, Lucas ressassait l’absurdité de cette histoire. Il avait fini par accepter. Les deux sœurs l’avaient convaincu. Cependant le futur l’effrayait. Quel regard porterait-il sur cet enfant ? Et quelle explication donner lorsque l’enfant poserait des questions à son oncle et sa tante ? Et d’ailleurs serait-il son père ou son oncle ? Y avait-il un mot pour ça ? Et si Julie ne pouvait plus avoir d’autres bébés ? Toutes ces questions envahissaient son esprit cartésien, bien que les deux sœurs aient parfaitement réussi à lui démontrer l’importance vitale de ce projet.

A son retour, Lucas remarqua que la maison semblait encore en vrac. Julie n’avait pas fait grand-chose de sa journée. Elle avait devisé de longues heures avec Agathe sur les réseaux sociaux. Elle avait plié les draps tout chauds qui sortaient du sèche-linge, avait disposé les revues sur la table en une pile bien ordonnée. La cuisine avait été rangée vite fait, les bols séchaient sur la paillasse de l’évier. Viktor avait fait son cinéma habituel pour sortir, pressé d’aller chasser dans les plates-bandes du voisin et n’était pas encore rentré.

Les yeux cernés de Julie se plantèrent dans ceux de Lucas :
— Et si tu m’emmenais au resto ? Ça fait un bail ! J’ai envie d’un couscous royal.
— Tu as l’air fatiguée. Tu ne préfères pas que je te fasse griller un poisson ? Ou bien je peux te préparer un avocat avec des miettes de thon ?
Lucas essayait d’esquiver, mais quand Julie avait une idée en tête...
— C’est gentil. Mais j’ai envie de sortir. On pourrait dîner et se faire un ciné ? J’en ai pour vingt minutes à me préparer. Allez... Dis oui...
Elle prenait sa petite voix enfantine, et le regardait tendrement, la tête un peu inclinée dans une attitude puérile, les mains jointes dans le dos.
— OK, dit-il dans un soupir ; je t’emmène à Versailles. La meilleure adresse pour ton royal couscous.
Lucas ne résistait pas à ses airs de petite fille. Elle obtenait tout de lui si facilement.

Le restaurant marocain était bondé, mais on leur trouva une petite table d’amoureux au fond de la salle, près des toilettes, ce qui était primordial à huit mois de grossesse.
Le style mauresque était bien présent avec les corniches du plafond en stuc et les murs en tadelakt couleur brique ; c’est ce qu’ils recherchaient en venant dans ce lieu exotique. Le couscous était divin, les pâtisseries orientales exquises.
Mais la musique raï en fond sonore commençait à cogner les tempes de Julie, les arabesques dorées sur le mur vacillaient, son ventre devenait de plus en plus douloureux.
Ça avait commencé doucement, comme des vaguelettes qui dansaient dans son ventre, puis c’était devenu de plus en plus violent au cours de la soirée. C’était maintenant une tempête qui fouettait l’intérieur de son corps et son bassin à intervalles de plus en plus rapprochés.
Une douce chaleur venait d’envahir ses cuisses, puis un tsunami déferla sur le siège en velours carmin. Julie était complètement paniquée lorsqu’elle s’adressa à Lucas qui léchait ses doigts poisseux, un morceau de baklava au coin des lèvres :
— Je crois que je viens de perdre les eaux. Il faut aller à l’hôpital...
Mais impossible pour Julie de quitter son fauteuil ; la douleur la paralysait et Lucas voyait qu’elle luttait pour essayer de rester digne.
— J’appelle les pompiers, dit-il d’une voix blanche.
Lucas était blême, mais avec l’aide du restaurateur, il réussit à gérer la situation.
On avait allongé Julie au sol, un coussin sous la tête, un autre sous les reins.
Julie soufflait, hoquetait, s’étouffait, le visage érubescent. Le Samu arriva rapidement. Les infirmiers se faufilèrent entre les meubles. On avait fait de la place, ôté la table et les chaises et le cuistot avait apporté une couverture. Lucas se sentait défaillir. Ce n’était pas le moment. Les convives s’étaient agglutinés au fond de la grande salle, suivant les consignes de la serveuse qui dirigeait les opérations, tel un capitaine de vaisseau.
— Faites le petit chien, ne vous inquiétez pas, les médecins sont là. Tout va bien se passer, lui ordonnait-elle d’un ton péremptoire.
Elle n’en menait pas large, Julie, allongée sur le sol, un océan de pieds de tables et chaises comme panorama. Et l’autre, là, qui lui braillait de faire le petit chien. Ce foutu couscous qui faisait du yoyo dans son estomac. Enfin peut-être, ou alors c’était normal, c’était ça l’accouchement. Punaise, que ça faisait mal. Plus que ce que lui avait laissé entendre sa mère. Plus que ce qu’elle avait lu dans ses magazines. Elle allait être déchirée, c’était sûr ! Pire : coupée en deux !
« Je vous salue Marie pleine de grâce et Jésus le fruit de vos entrailles... » Ça cognait dans sa tête ! Le fruit de vos entrailles ! Entrailles ! Quel mot horrible ! Julie visualisait dans son esprit ses entrailles qui s’ouvraient, tel un cochon sur la table à découper. Elle l’avait vu, ça, à la ferme de ses grands parents ! Vision apocalyptique ! Le sang qui coule à gros bouillons plein de bulles éclatantes !
« Tu verras, ça fera un excellent boudin » braillait son grand-père, un grand sourire fendant son visage cramoisi !
— Poussez madame ! On voit la tête !
Le médecin, à genoux entre ses cuisses, l’exhortait patiemment à garder le contrôle, et à bien respirer. Agathe était arrivée, prévenue sans doute par un Lucas en déroute. Il avait fui la scène. Julie le cherchait en vain des yeux.
— Ne poussez plus, il arrive. Voilà, il est là ! Non, elle est là, c’est une belle petite fille ! Bravo madame, vous avez bien travaillé !
Toute la salle se mit à applaudir, Il y avait des hourras, les cuisiniers lançaient les serviettes et les torchons en l’air.
— Où est le père ? S’il veut couper le cordon, c’est maintenant !
La tête de Lucas réapparut :
— On va couper ce cordon ensemble, Agathe et moi, dit Lucas.
— Oh oui, merci Lucas, dit Julie en lui prenant la main.
Agathe et Lucas s'exécutèrent, des larmes plein les yeux, puis Lucas récupéra l’enfant dans la serviette que lui tendait un médecin, avant de le mettre sur le ventre de Julie.
Les deux sœurs s’étreignaient, baignées de larmes, suffoquant dans leurs rires mouillés.
— Merci Julie, glapissait Agathe, la morve au nez, entre rire et larmes. C’est le plus beau jour de ma vie !
— Je pense que c’est le mien aussi, répondit Julie. Mais purée que ça fait mal. Je suis si heureuse. Quel beau bébé ! dit Julie presque sans respirer, comblée de bonheur.
Le nouveau-né lança son premier cri, ce qui déclencha l’admiration des trois parents.
— Comment tu vas l’appeler ? demanda Julie.
— Béatrice ! s’écria Agathe.
— C’était le prénom de Mamie !
— Raison de plus ! Et cela signifie : « celle qui rend heureuse », dit Agathe en prenant doucement la petite main du bébé.
Lucas regardait les deux sœurs, ému par tout l’amour qui émanait de cette scène.

Les médecins s’occupèrent de la mère et de l’enfant, embarquèrent tout ce petit monde dans l’ambulance, direction Les Franciscaines, l’hôpital le plus proche. Agathe et Lucas en escorte, chacun dans son véhicule, soulagés, sourire aux lèvres.

Lorsque Julie rentra à la maison, quelques jours plus tard, les mains vides et le cœur un peu gros, Lucas avait rangé la maison. Une douce fragrance fleurie embaumait l’atmosphère. Au centre de la table, un vase de grosses pivoines roses et blanches mêlées à des lisianthus crème et du feuillage verdoyant finissait de donner un air de quiétude à la pièce.
Julie était heureuse, même si le moment où Agathe était venue chercher le bébé avait été un peu pénible. Elle savait que leurs liens étaient si forts qu’en aucun cas elle ne perdait un enfant, c’était l’enfant du cœur, il serait aimé par une famille différente, mais l’amour puissant qui le ferait grandir et s’épanouir était inaltérable.

Lucas mit dans la main de Julie un petit papier rose, plié en deux.
Julie l’ouvrit et lu : « Je t’aime, ma Julie, alors, pas aujourd’hui, pas demain, mais peut-être après-demain, voudrais-tu être ma femme ? »
Julie ne répondit pas, mais caressa le front de Lucas où la petite ride avait disparu, l’embrassa doucement et lui murmura :
— Oui, je le veux. Bien sûr que je le veux. Mais dis-moi, ajouta-t-elle, des étoiles plein les yeux, Viktor n’est pas venu me saluer, il est encore en excursion ?
— Non, il se repose dans notre chambre.
— Il se repose ? Pourquoi ? Il est malade ?
Julie devint livide. Ce chat faisait indéniablement partie de la famille.
— Non, il va bien. Il a juste disparu quelques jours.
Julie ouvrit la porte de la chambre, inquiète. Viktor était dans son couffin, amaigri, et cinq petites boules de poil blotties tout contre son corps lui tétaient avidement les mamelles. Julie était bouleversée par la scène qui s’offrait à ses yeux.
— Tu vois, Viktor n’était pas obèse, dit Lucas doucement. On va l’appeler Viktoria, c’est mieux. Elle m’a apporté ses cinq petits, un par un, dans sa gueule, après avoir passé trois nuits dans la grange du voisin.

En compét

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Coum
Coum · il y a
Tendres surprises !
Long débat, en effet, surtout celui de porter un premier enfant, en qualité de sœur et de mère porteuse.

Un peu d'humour, enfanter tue mais laisse de la place à l'avenir.
A voté.

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Didier Poussin
Didier Poussin · il y a
Le temps des naissances
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Elena Hristova
Elena Hristova · il y a
j'aime beaucoup le côté cru, audacieux de votre écriture, c'est très touchant et cela fait de l'effet. mes 5 votes bien mérités
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Florence Cauquillette Cauquil
Florence Cauquillette Cauquil · il y a
Génial mais trop court .. j'étais partie a fond moi...
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Chantal Noel
Chantal Noel · il y a
Merci à chacun d'être venu me lire, je vais passer vous lire au plus vite.
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Pascal Depresle
Pascal Depresle · il y a
Un récit fort bien mené, qu'on ne quitte jamais. Bravo.
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Arlo
Arlo · il y a
Excellent récit fort bien réussi. Vous avez les votes d'Arlo qui vous invite à découvrir ses deux poèmes "sur un air de guitare" retenu pour le prix hiver catégorie poésie et "j'avais l'soleil au fond de yeux " de la matinale en cavale. Bonne chance à vous. http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/javais-lsoleil-au-fond-des-yeux
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Caruso
Caruso · il y a
Un geste tout à l'honneur de Julie, que d'offrir sa grossesse à sa soeur. Malgré les réticences de Lucas au début, elle décide que cet enfant sera pour Agathe...
Un récit poignant + 5

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Chantal Noel
Chantal Noel · il y a
Merci d'être ^passée me lire et d'avoir apprécié mon texte.
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Abi
Abi · il y a
J'ai été happée par l'histoire. Un récit magnifique! Bravo.
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Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Bravo pour ce beau récit si bien écrit ! Je vous accorde tous mes votes ! Une invitation à découvrir “ De l’Autre Côté de Notre Monde”qui est en lice pour la Matinale en Cavale. Merci d’avance et bonne journée!
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