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 Drame  Instant de vie

Je te connais si bien

Bernard Sellier

Bernard Sellier

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31 voix


Mathieu contemple avec stupéfaction les chocolats lovés dans leurs alvéoles. Ils sont de toutes formes : escargots, palets, rochers, tortues, marguerites, feuilles, médaillons, sphinx… Tous de couleur noire intense, sans une once de lait, dont la présence incongrue altérerait la saveur originelle du cacao. Puis, avec peine, son regard se détache des friandises pour se poser sur le couvercle, orné d’un imposant cœur rouge en relief, qui semble prêt à exploser sous les battements de souvenirs volcaniques. Il se résout enfin à fixer cette enveloppe épaisse, d’un blanc immaculé, sur laquelle s’étalent quelques mots, tracés d’une écriture fine qu’il reconnaît sans peine :

Pour toi, qui fus mon unique Amour.

La lettre « A » est gigantesque, comme si, dans la surface qu’elle occupait, devaient s’assembler, s’unir, les millions de mots passionnés qui avaient jadis jailli de sa bouche gourmande. Prunelle ! Ainsi, elle est toujours en vie ! La mémoire de Mathieu ne possède plus la vivacité qu’elle affichait naguère.
— Voyons… Elle avait onze ans de plus que moi… Donc… Eh oui ! elle vient de dépasser les quatre-vingts ans ! Elle qui répétait sans cesse qu’elle ne fêterait jamais son soixantième anniversaire ! Joli résultat. Si l’on peut dire. À quoi ressemble-t-elle aujourd’hui ?…
La reconnaîtrait-il ? C’est peu vraisemblable. Trente-six ans de séparation ont le pouvoir de désintégrer les plus fidèles souvenirs.
Elle avait écrit trois lettres dans les mois qui avaient suivi leur rupture. Il n’avait jamais répondu. Contrairement à ce qu’il avait redouté, connaissant son tempérament obstiné, elle avait brusquement cessé ses envois. Dans un premier temps, il avait constaté, non sans étonnement, que ce vide provoquait une douleur. Minime, mais réelle. Puis la chape de l’oubli avait rapidement recouvert la fosse où s’amoncelaient les émotions générées par leurs trois années de vie commune.
— Non, c’est certain, je ne la reconnaîtrais pas. Quelle importance, d’ailleurs ? Pas de doute, je vieillis. Il y a dix ans, je ne serais jamais resté planté un quart d’heure devant cette foutue boîte, comme un animal hypnotisé !
Mais, à soixante-neuf ans, lorsqu’on vit en solitaire, les distractions se font rares, et l’insouciance juvénile n’est plus qu’une brume depuis longtemps évaporée.

La main droite se dirige vers les formes noires envoûtantes. Il en saisit une, la porte lentement à sa bouche.
La passion du chocolat ! Bien plus pérenne que celle éprouvée pour les femmes, qui, tous comptes clôturés, n’avait occupé qu’une moitié de son existence, tandis que son attirance pour le cacao ne l’avait pas abandonné un seul instant.
Le plus ancien souvenir qui habitait sa mémoire était celui d’une monumentale raclée, subie lorsque son père avait découvert que la volumineuse truite, reçue par sa sœur Mathilde à l’occasion de Pâques, s’était volatilisée avant que la fillette en ait dégusté la plus minime portion. Il avait environ quatre ans, et la crise de foie intense qui avait suivi son forfait n’avait en rien entamé sa dépendance. Les seuls aménagements avaient consisté à développer sa discrétion de prédateur et à opérer un étalement des consommations dans la journée.

— Au bout de toutes ces années, elle pense encore à moi…
Un soupçon de fierté, une molécule de plaisir, un atome d’émotion. Peut-être simplement les effets biologiques de ces chocolats délicieux… Nombre de souvenirs qu’il croyait définitivement effacés de sa carte mentale se pressent, se bousculent, se piétinent. La seconde où il avait découvert son visage, l’instant où leurs langues s’étaient confondues avec délices, celui où sa fine main tremblante avait maladroitement enveloppé son sexe… Et puis cette lassitude, inéluctable, qui, chez lui, s’était rapidement installée. Jusqu’au jour où…
Depuis sa première expérience amoureuse, ou, plus exactement, sexuelle, Mathieu avait tenu, avec grande précision, la comptabilité de ses conquêtes. Il faut reconnaître que son mérite était grand, car la tâche était harassante. À dix-huit ans, six noms étaient inscrits. C’était une performance nettement supérieure à celle de ses camarades, mais insuffisante à ses yeux. À vingt-six ans, soixante-dix-huit autres avaient été ajoutés. Le premier cahier avait été clos deux ans plus tard. Cent quarante-sept « fiches » y étaient développées. État civil, circonstances des rencontres, photos, détails intimes, tout était noté avec une précision chirurgicale. Le record de durée était détenu par la frêle Magali. Leur intimité avait duré dix jours.
Comment expliquer l’exceptionnelle longévité de sa relation avec Prunelle ? Trente-quatre mois ! Autant écrire une éternité. Plusieurs causes à cette exception.

Mathieu venait de fêter ses trente ans, et sa deux centième conquête. Il aimait la rondeur de ces deux zéros qui semblaient dessiner une perfection accomplie. Mais, simultanément, une certaine fatigue était apparue. Ce n’était pas encore de l’ennui, mais la menace était sérieuse.
Les deux dernières ruptures n’avaient pas engendré une sensation de libération aussi pure qu’à l’ordinaire. Pire encore, il s’en était fallu de peu que la brisure ne soit provoquée par la volcanique Melina. Il avait conservé l’initiative, mais de justesse. Ses qualités d’amant faiblissaient-elles ? Il constatait avec amertume que les exigences féminines, tant émotionnelles que sexuelles, avaient évolué, en une décennie, de manière surprenante et anormale.
La réaction devait être immédiate, acérée. Pas question de laisser s’insinuer le doute ou l’appréhension, premiers jalons menaçants vers la démission et l’impuissance. Mais la riposte n’avait pas adopté la forme escomptée. Son regard avait croisé les yeux gris-vert de Prunelle, et sa vie avait basculé…
« Routine » : sans aucun doute le plus horrible mot que la langue française ait généré. Trois nuits avec le même corps entre ses bras, avec le même visage chiffonné au réveil, c’était une torture. Que dire alors de trente-quatre mois ? Mille vingt jours. Vingt-quatre mille quatre cent quatre-vingts heures ! Une somme d’éternités. Pire que cela : une énigme.

Mathieu contemple les six espaces vides. Ces chocolats sont une merveille !
— Elle ne s’est pas moquée de moi. Combien en reste-t-il ?… Douze. Et ce n’est que la première rangée.
L’épaisseur de la boîte laisse supposer qu’il en existe au moins trois. Sa main survole les formes délicatement gravées.
— Cette petite tortue… ? Non, plutôt l’escargot. J’ai toujours adoré les escargots. Qu’ils soient de terre, de mer ou de chocolat.
Il ferme les yeux à l’instant où la merveille entre en contact avec ses lèvres.

— Vous êtes attirée par la magie ?
Elle était assise à une table de la bibliothèque. Mathieu était passé sans bruit derrière elle. D’abord attiré par l’opulente chevelure blonde bouclée qui ensoleillait l’espace, son regard avait été happé par les diagrammes et symboles ésotériques qui s’étalaient sur les pages du grand livre qu’elle examinait avec attention.
Elle s’était retournée avec calme, avait levé son visage vers lui. L’univers avait subitement revêtu des formes et des couleurs inconnues. Elle ne manifestait ni surprise, ni colère, ni contrariété. Et Mathieu, qui jamais n’avait connu la plus infime panne d’inspiration, était demeuré muet, écrasé par l’innocence magnétique qui habitait ces yeux limpides.
— Le monde est magie, notre existence est magie, l’amour est magie, la mort est magie…
Elle avait dit cela avec une désarmante simplicité. Presque en s’excusant de livrer semblables banalités. Il s’était assis à côté d’elle, ne la quittant pas du regard, tandis qu’elle feuilletait lentement l’ouvrage, prenant souvent des notes de sa petite écriture fine et régulière, sans paraître le moins du monde gênée de sa présence.
Trois jours s’étaient écoulés avant que leurs bouches ne se fondent. Une semaine avant qu’ils ne fassent l’amour. Un double record dont il ne se serait jamais cru capable.

Un délicat parfum de rhum inonde le palais de Mathieu. Ce palet d’or est une bénédiction divine.
L’enveloppe attire son attention. Il avance la main, hésite, la saisit. Elle est lourde. Sans doute quatre ou cinq feuillets. La curiosité se mêle d’une certaine crainte. Étonnant, tout de même, que l’émotion ne soit pas totalement éteinte après une aussi longue séparation !
Il ouvre le tiroir de la table, prend un couteau à lame fine, coupe l’enveloppe. C’est bien ça. Quatre feuilles couvertes de cette petite écriture élégante, aujourd’hui à peine altérée par quelques tremblements ponctuels.
Son vieux cœur tremblote en découvrant pour la seconde fois ces mots :

Pour toi, qui fus mon unique Amour.

Encore un petit chocolat, avant de plonger dans l’inconnu…

Je sais que ta surprise sera grande en découvrant cette lettre et les friandises qui l’accompagnent. Dans un quart d’heure, lorsque tu auras fini de parcourir ces lignes, tu auras l’explication de mon geste.
Après-demain, je fêterai mes quatre-vingts ans. Fêter ? Quel terme ridicule pour décrire le rituel dérisoire que les aides-soignantes mettent en place les jours d’anniversaire. Un résidu de bougie allumé, une maigre portion de tarte congelée pour remplacer la pomme flétrie ou la banane ramollie que l’on nous sert à l’ordinaire… Il est de bon ton de sourire, de remercier, de s’exclamer, car toute indifférence est synonyme de rébellion, marque indélébile de dégradation sénile, et contribue à rendre ces jeunes femmes encore plus agressives qu’à l’accoutumée. Que m’importe, aujourd’hui ? Je sais que cet anniversaire est le dernier, et j’en suis heureuse.
Je suis consciente que tu as voulu me rayer de ta vie, désintégrer jusqu’au plus infime souvenir des moments partagés. Y es-tu parvenu ? Je ne le crois pas, mais peut-être est-ce un espoir illusoire qui cherche à me convaincre.
En ce qui me concerne, tu as occupé chaque instant de mon existence. Et Dieu sait qu’elle fut longue. Bizarre que le mot « Dieu » vienne sous ma plume. Moi qui ai toujours clamé haut et fort qu’il était une invention de notre faiblesse inassumée. En cet instant, je n’en suis plus aussi certaine. Il a pris peu à peu consistance, s’est construit une forme dans ma conscience, sous les coups de boutoir de l’amour et de la haine. Il est devenu le réceptacle de mes pensées torturées, de mes espoirs sabordés, de mes désirs incandescents, de ma solitude abhorrée.
Il accompagne chaque soupir, chaque inspiration, chaque signe que ma main tremblante trace maladroitement sur cette feuille. Est-il dieu ? Est-il diable ? Je ne sais, et peu m’importe. Il est le compagnon fidèle que tu n’as pas su être. Que tu n’as pas voulu être.
J’avais préparé une quatrième lettre il y a bien longtemps, lorsque tu m’as fermé la porte de ton cœur. Je ne l’ai jamais envoyée. Je t’y annonçais la naissance de notre fils…

Une sourde douleur envahit la poitrine de Mathieu. Sa main tremble. Un fils…
Pas un instant l’ombre de cette éventualité n’a effleuré sa conscience objective. Aussi bien dans le cas de Prunelle que dans les centaines d’autres qui l’ont précédée ou suivie. Pourtant le doute n’apparaît pas. Elle dit la vérité.
Jamais une larme n’a baigné ses paupières. Même le coup de tonnerre de cette annonce n’aura pas le pouvoir d’en faire naître une. Il est trop tard. Les glandes lacrymales ont oublié depuis bien longtemps leur fonction naturelle.
Au bout de quelques minutes, il lève les feuillets. Les lignes sont troubles. Ses yeux peinent à distinguer la forme des lettres. Encore un de ces succulents palets d’or. Pour le plaisir. Le courage, lui, ne saurait faire défaut.

Je l’ai prénommé Emmanuel, ce qui signifie, tu le sais sans doute, « Dieu est avec nous ». Il avait ta beauté, ta prestance, ton regard impérial, et la noblesse d’âme que tu n’as jamais eue. Il a effectué de brillantes études, est devenu pharmacien, a été élu maire de la petite commune dans laquelle il s’était installé. Il m’a demandé parfois qui était son père. Je le lui ai dit. Mais j’ignore s’il a effectué une démarche pour découvrir ta retraite. Il ne m’en a jamais parlé. Il avait l’aisance matérielle, la reconnaissance sociale, une maison cossue, dans laquelle n’ont jamais résonné le rire d’une épouse et les cris des enfants. Il ne s’est jamais marié. Et je sais qu’il n’a jamais connu la joie. Celle qui naît de la béatitude de l’âme, de son harmonie avec l’univers.
Sans doute l’as-tu remarqué : j’ai employé l’imparfait. Emmanuel est mort il y a six jours. Il s’est pendu dans le garage de son élégante maison. Il avait trente-cinq ans.

La main de Mathieu lâche les feuillets. Une partie du chocolat qu’il était en train de déguster se fourvoie dans sa trachée-artère. Une violente quinte de toux le fait trembler de la tête aux pieds.
— Seigneur !
Il ferme les yeux. Une douleur, fugace mais vive, dans le plexus solaire. Une vague nausée. Emmanuel… Une bulle dans le courant de la vie. Une ombre dans le flot des enfants qui n’auraient jamais dû naître.
Mathieu attend un long moment avant de reprendre en main la lettre. Lassitude, fatigue. Cette plongée dans le passé est plus difficile qu’il ne l’imaginait.

Je ne te parlerai pas de moi, cela ne t’intéresserait guère. Il n’y aurait d’ailleurs que bien peu de matière. J’ai vécu, survécu, dans le rêve de ce que notre existence aurait pu être si… Points de suspension que tu rempliras, si tu le veux. Pour ma part, je n’en n’ai pas le courage et ce ne serait de toute façon qu’aspirations dérisoires, rêveries inconsistantes. Le temps n’est plus aux regrets stériles, mais à la réalisation de ce qui peut être, aujourd’hui. De ce qui s’accomplira dans quelques instants.
Je te connais si bien, Mathieu ! Tu ne le crois peut-être pas, mais c’est la vérité. L’amour est communion. Même s’il n’est pas partagé. Tu n’as pas été mon royaume, mon univers, pendant les trois ans de notre vie commune. Tu l’es depuis le premier instant où j’ai plongé mes yeux dans ton regard. Depuis la seconde éblouie où mon cœur t’a dit oui. Et cela jusqu’à l’instant où mon âme quittera la terre. Je connais la plus infime de tes manies, la plus intime de tes réactions, et je suis certaine que l’âge n’a pas modifié tes aspirations, tes jugements et tes goûts.
Je ne crois pas me tromper en écrivant que, à l’instant où tu lis ces mots, tu as fini de déguster la première rangée de chocolats. Est-ce vrai ?

Presque involontairement, Mathieu lance un bref regard à la boîte. Un rocher occupe le dernier espace. Il s’en saisit et le porte à sa bouche. Le calme est revenu dans ses pensées, mais la douleur du plexus solaire ne semble pas vouloir s’apaiser.

Mathieu… Tu fus, tu es, tu seras à jamais mon unique Amour. Je devrais t’en vouloir profondément de la solitude que tu m’as imposée, et, surtout, de tout ce que tu n’as pas donné à notre fils. Pourtant, ce n’est pas le cas. Et le geste que j’accomplis aujourd’hui en est la preuve. J’ai soigneusement sélectionné les chocolats qui sont devant tes yeux, dont tu te délectes, j’en suis sûre. Ils sont, avec ces lignes que je t’adresse, mon ultime adieu. Lorsque tu les contempleras, j’aurai célébré mon anniversaire. Et je prendrai la route vers un monde que l’on dit meilleur, dans lequel les âmes s’unissent pour l’éternité, sans que les corps et les cerveaux puissent effectuer leur travail de sape et de destruction.
Parmi les milliers de rêves, d’espoirs fous que mon esprit a visités pendant ces longues décennies, il en est un que je veux partager avec toi. Parce qu’il te concerne directement. Parce qu’il est le moteur qui m’a poussée à t’envoyer ce présent. Depuis le jour de notre rencontre, mon souhait le plus profond a toujours été le même. Immuable. Partager l’éternité avec toi. Je pensais que la vieillesse atténuerait cette obsession. Elle n’a fait que la renforcer. Ne parvenant pas à la fuir, j’ai cherché désespérément comment la réaliser. Et j’ai trouvé la solution. J’ai beaucoup réfléchi avant de la mettre en œuvre. Je me suis posé mille questions. J’ai reporté à plusieurs reprises son exécution. C’est la disparition de notre fils qui m’a donné la force nécessaire.
Jadis, tu m’as ordonné de quitter ta présence. J’ai eu très mal, mais j’ai surmonté l’épreuve. Aujourd’hui, c’est à mon tour de t’imposer mon désir. Il est celui-ci : je veux quitter ce monde et je veux que tu m’accompagnes. Je veux que nous entrions, ensemble, âme contre âme, dans le monde invisible. Et, pour cela, j’ai fait ce qui était nécessaire…

Mathieu sent une onde glacée parcourir sa colonne vertébrale. L’idée de soulever le feuillet de plastique pour découvrir la seconde rangée de chocolats ne l’effleure même pas. La douleur abdominale ne cède pas. Ses yeux ont de plus en plus de difficulté à suivre les lignes.

Oui, je l’ai fait. Dans chacun de ces délicieux chocolats qui ont satisfait ta gourmandise, j’ai introduit une minuscule quantité de poison…

Mathieu cherche à bondir. Mais ses jambes le trahissent. Il retombe lourdement sur sa chaise.
— Mon Dieu ! C’est impossible ! Impossible ! Elle veut me faire peur, me faire payer ma lâcheté en m’obligeant à connaître la douleur que je lui ai imposée…
Mais la douleur s’intensifie. La sueur glacée qui coule le long de son visage, le voile qui, par instants, trouble sa vue, démentent cette interprétation.
— Elle a fait ça ! Elle a osé ! Elle est folle… Seigneur, il faut que j’appelle un médecin, il faut… Quoi, en fait ? À quoi bon ? Qu’est-ce qui me retient dans cette vie qui m’a donné tout ce que je lui demandais et qui, aujourd’hui, ne m’apporte que tristesse, regrets ? Prunelle… Tu as raison. Tu me connais bien. Tu me devines à travers l’espace, à travers le temps. Tu as percé sans effort la carapace que j’avais installée avec tant de soin. Tu es unique…

Il ferme les yeux. Essaie de lutter contre les spasmes qui envahissent sa poitrine. Puis, au bout d’un moment, leur abandonne son corps. Il sent quelque chose couler sur son visage. C’est chaud. C’est une larme. Il reprend la dernière page, cligne des paupières comme pour chasser la nuée floue qui brouille les lettres.

Je ne suis pas experte dans le domaine chimique. J’espère que tu pourras lire tout ce que je t’écris. Et, surtout, que tu comprendras mon geste, mon désir. Il est égoïste, c’est vrai. Il t’impose ce que, peut-être, tu ne souhaites pas. Et pourtant, est-ce prétention folle de ma part, là encore, j’ai l’intuition profonde que ta lutte contre mon acte sera brève. Que, la première émotion passée, tu accepteras mon souhait. Mieux encore, que tu y adhéreras. Mais, ce qui me tient le plus à cœur, ce que je souhaite plus que tout au monde, c’est que tu comprennes que la haine n’a jamais été mon guide. Lorsque nos deux âmes se trouveront face à face, au cœur de l’éther invisible, elles communieront dans la seule énergie qui existe, celle qui n’a cessé de guider mes actes, et celui-ci en particulier, l’Amour…

Ce mot fut le dernier que Mathieu put lire avant de sombrer dans l’inconscience, et de faire son entrée dans le monde invisible.

31 VOIX

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Arlo
Arlo · il y a
À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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Leo Bonhenry · il y a
Absolument magnifique, je ne suis qu'un jeune auteur mais ce genre de nouvelle fait monter mes sentiments à mes yeux, des larmes verser et un exemple à suivre ! GENIAL
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Miraje
Miraje · il y a
BRAVO ! Une place amplement méritée !
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Qualsevol Nit
Qualsevol Nit · il y a
Bravo, je savais que ce texte serait gagnant, et je suis ravie de figurer bientôt à ses côtés sur papier.
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Verseau
Verseau · il y a
" toute une vie à t' attendre " et faire la dernière route ensemble vers la lumière ! L' Amour inconditionnel à les raisons que la raison ne peut décrypter ! un léger malaise m' envahit, je dois être en hypo ...... je file prendre un carré de chocolat ! je vote avec retard
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Shawness Youngshkine
Shawness Youngshkine · il y a
Félicitations, on est dans le même recueil, quelle classe d'être sélectionné par le jury, bravo :) A+
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Shawness Youngshkine
Shawness Youngshkine · il y a
Chocolats lovés dans leurs alvéoles ce genre de sonorités m'a attiré de suite. Tout le début me va. Après j'ai perdu le rythme et suis allée directement à la fin juste pour être sûre... et repris la lecture. Quelque chose m'a décrochée, comme s'il fallait quelque chose pour casser, alterner le 'plan plan épistolaire' même si je conçoit son contraste prévu avec la progression vers la chute douce amère. A resserrer peut être... ressenti du moment très perso et après N lectures... Mais vote largement justifié pour l'idée, quelques sonorités, et pas mal la chute :-) bonne finale ! Moi aussi j'ai du TTC et Matinale si tu as le temps de passer me lire.

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Sophie Dolleans
Sophie Dolleans · il y a
Je rejoins Lila, texte captivant. Une écriture légère et même si l'on devine l'oeuvre des chocolats, on cherche encore à en savoir plus. Bravo. et merci pour cet instant de lecture.+1
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Qualsevol Nit
Qualsevol Nit · il y a
J'avais lu et voté sans commenter au premier tour, et je suis ravie de voir ce texte en finale. Je revote donc et cette fois j'ajoute que ce texte m'a bien " accrochée" dès la première ligne, et que je l'ai lu jusqu'au bout avec plaisir même si j'ai assez vite compris ce qui attendait ce pauvre Mathieu... Le plaisir des mots l'emporte sur le suspense!
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