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dix ans

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Philou

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Demain, c'est le premier juin. Déjà l'angoisse l'oppressait. Demain cela fera 10 ans. Il avait toujours devant les yeux cette image, son père lui disant au revoir. Ce premier juin son père l'avait accompagné au collège, c'était inhabituel. A 14 ans son géniteur ne l'amenait plus depuis longtemps, mais ce jour là il avait insisté pour venir avec lui. C'est la dernière fois qu'il le voyait. Depuis des millions de fois il s'était demandé pourquoi, où. Il avait espéré un signe de vie, un appel,, un texto, une lettre. Rien, rien de rien.
Ce premier premier juin là, l'absence de son père était déjà pesante,insupportable. Sa mère était complétement abasourdie, anesthésiée. « Pourquoi, papa n'est pas là.
-Je ne sais pas.
-Il ne t'a rien dit.
-Non.
Tu sais où il est ?
-Non.
-Tu as téléphoné à la police, aux hôpitaux ?
-Non
-Pourquoi ?
-Je sais pas. »
Romain ce soir là appela les hôpitaux sans avoir des nouvelles de son père. Il ne savait pas s' il devait s'en réjouir. La police lui répondit qu'elle ne pouvait rien faire. Son paternel étant majeur, le policier s'étonnait que cela soit lui qui téléphonait et non sa mère. Il raccrocha. Il appela Régine la sœur de son père lui expliquant la situation. Régine était proche de Roger son absence lui était inexplicable et inquiétante Sa tante l'informa qu'elle allait téléphoner à ses parents. Elle essaierait de savoir discrètement si Roger les avait informés d'un éventuel départ. Elle en doutait, elle attendrait quelques jours si son frère n'avait pas réapparu avant d'alerter ses parents. Romain se dit que si son père avait une maitresse il aurait téléphoné en inventant une excuse quelconque. De plus l'idée même que son père puisse avoir une maitresse était inconcevable. Ses parents étaient plus qu'un couple, ils n'étaient qu'un. Se comprenaient sans parler. Jamais il ne les avait entendu se disputer.
Le lendemain après les cours, il alla au travail de son père. Celui-ci n'était pas venu à l'imprimerie. Le patron s'avouait surpris, ce n'était pas le genre de son ouvrier de manquer surtout sans prévenir. Lorsqu'il rentra chez lui, sa mère était couchée, elle ne s'était pas levée de la journée. Elle était prostrée dans son lit, ne répondant pas à ses questions, ses demandes, ses supplications. Le troisième jour Romain se résolut d'avertir les parents de sa mère. Il ne les appréciait pas particulièrement mais ne pouvait faire autrement. Ceux -ci appelèrent un médecin qui leur conseillât de la faire momentanément hospitaliser dans une maison de repos . Dix ans plus tard elle était toujours hospitalisée, ne parlant plus, une morte vivante qu'il fallait nourrir, habiller. Romain continuait de lui rendre visite toutes les semaines tout en étant persuadé que sa mère ne s'en rendait pas compte.

Une semaine c'était écoulé depuis la disparition de son père. En rentrant chez lui, Romain vit qu'il y avait un message du commissariat sur le répondeur du téléphone. C'était le même policier à qui il avait signalé l'absence de son père qui avait laissé un message disant de le rappeler. Le jeune homme était sûr que cela signifiait la fin de ce cauchemar. On avait certainement retrouvé son père qui contraint n'avait pu donner de ses nouvelles . Le policier demanda à parler à monsieur Fabre Roger
« Il n'est pas là.
-Il n'est pas revenu.
-Non.
-Passez moi votre mère.
-Elle est en course.
-On a retrouvé la voiture de votre père dans une rue adjacente de la gare. Elle est fermée à clef, il faut que votre mère vienne la chercher avant demain soir sinon la fourrière l’enlèvera. Notez l'adresse. »
Romain appela Régine pour savoir si elle pouvait récupérer la voiture. Elle passerait dans une heure prendre le double des clefs et ils ramèneraient ensemble le véhicule.
Il venait juste de raccrocher que son portable se mit à sonner. C'était Georges, le meilleur ami de son père et son parrain. « J'essaie depuis plus d'une heure de joindre ton père, on avait rendez-vous pour s'entrainer, ta mère non plus je n'arrive pas à la contacter. Qu'est ce qui se passe ? » En pleurant Romain lui narra la disparition de son père et la maladie de sa mère. Son parrain lui dit qu'il venait immédiatement.
Un quart d'heure plus tard Georges et Gisèle,sa femme, consolaient l 'adolescent. Son parrain lui apprit, que son père lui avait donné une lettre il y a 2 mois . Dans ce courrier Roger expliquait que si lui et sa femme n 'étaient plus en mesure de s'occuper de Romain, ce serait Georges qui le ferait. Celui-ci avait demandé la raison de cette missive, étaient ils malades, problème d'argent ou autre. Rien de tout ça avait répliqué Roger simple précaution en cas d'accident.
Les grands parents du côté paternel et maternel ainsi que Georges avait demandé à avoir la garde de Romain. Il y a une enquête d'une assistante sociale et Romain fut convoqué par le juge des affaires familiales. « Je vous ai convoqué car en raison de votre âge il est important d'avoir votre opinion.
- Je souhaiterais aller chez mon parrain, car il habite la même ville, mes grands parents sont loin d'ici, en Bretagne ou en Alsace et habitent de petites villes.
Georges et Gisèle ont 2 enfants dont l'un a mon âge.
-En attendant la décision vous resterez seul dans l'appartement de vos parents, l'assistante sociale passera tous les jours. Cela ne durera pas longtemps l'enquête sociale sera bientôt terminée. » Romain fut placé dans la famille de son parrain jusqu'à sa majorité. Après son bac, il fit une école de pâtisserie où il obtint son certificat d'aptitude professionnelle et son brevet de maîtrise. Il trouva du travail dans le quartier de son enfance et souvent passait devant l'ancien appartement de ses parents.Il vivait seul.

Ce 31 mai, veille des 10 ans de la disparition de son père, Romain pensait qu'il lui serait impossible de s'endormir. Il n'en fut rien. Mais à 1 heure du matin il se réveilla à cause d'un cauchemar. Il se voyait descendre à une vitesse vertigineuse à l'intérieur d'un tube noir, puis il se trouvait courant sur une falaise qui soudain s'ouvrait dessous lui , il chutait, au moment de s'écraser contre les rochers, il murmurait, je suis mort. Il lui était impossible de se rendormir. On était le premier juin. Il ne travaillait pas ce jour là, depuis toujours il prenait ce jour de congés.

Cela le frappa comme une évidence, le chiffre 10 était le chiffre porte bonheur de son père. Roger était né le 10 /10/1975, il s'était marié un 10 août à 10 heures. Il regarda ses mails en espérant d'avoir des nouvelles de son père. Il était sûr que son père se manifesterait aujourd'hui . Dès que les commerces ouvrirent Romain acheta de quoi faire un repas de fête et des bouteilles de vin. Il se souvenait du vin, des plats préférés de Roger. Le temps passait tantôt lentement tantôt rapidement. Romain avait bu une bouteille de vin mais n'avait rien mangé. Il consultait sa boite mail, sa page Facebook, allait à sa fenêtre guetter l'arrivée de son père. A 22 heures son portable sonna Romain tremblait tellement qu'il avait du mal à appuyer sur la touche réponse. « Allo.
-Allo.
-C'est Georges, je viens prendre de tes nouvelles cela fait longtemps que tu as donné signe de vie.
-Ça va.
-T'es sûr, tu as une drôle de voix, tu veux que je vienne.
-Non, non ce n'est pas la peine.
-Tu viens manger dimanche à la maison.
-D'accord.
-Bonne nuit.
-Bonne nuit. »

Lundi matin Georges se présenta au commissariat «  Je viens signaler la disparition de Romain Fabre. »

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