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Dans Ma Tête

Emma Casanove

Emma Casanove

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3 voix

Dans ma tête.
Ca tourne.
Ca virevolte. Ca brûle.
Pourquoi ?
Qu’est-ce que c’est ?

Moi. Ma personne.
Insignifiante mais douloureuse. Rien et tout.
Ca fait mal. Dedans.
Ca ne sert à rien. Je tourne en rond.
Je ne sers à rien.
Et pourtant. On me regarde. On m’observe, même. Je le sais. Ils sont là, tout autour. Je redresse la tête. La souffrance s’accentue.
Un éclair. Fulgurant. Violent.
Anéantie. Comme chaque fois. Souvent. Si souvent.

Les autres souffrent-ils ainsi ? Pourquoi moi ? Maman, pourquoi fallait-il que ce soit moi ? Et toi ? Tu as eu mal, aussi ?
Ce mal qui accompagne mon quotidien. Qui est mon quotidien. Qui me détruit.
Depuis quand ? Impossible de me souvenir. Mon cerveau s’embrouille, la brume envahit ma pensée.
Plus que la conscience aigue de cette indicible douleur.

Que cela s’arrête, que l’étau se desserre, que je revienne au monde ! A la vie.
La vie ? Mais, quoi ? La vie ? Tout cela a-t-il un sens ?

Le mal me ronge. La bête me dévore de l’intérieur. L’animal insidieux s’avance chaque jour, chaque instant, un peu plus. Il est là, enfoui. Tout au fond.
Jusqu’à occuper tout l’espace ? Bientôt ? Demain ? Dans une heure ?
Serai-je à jamais sienne ?
Ne le suis-je pas déjà ?

Envie brutale de me frapper. La tête contre le mur. Les ongles dans ma chair. Une lame au travers de mon corps. Une douleur qui me transpercerait, brûlerait jusqu’au plus profond de moi-même. Une douleur infinie. Une souffrance si vive qu’elle soulagerait. Apaiserait. Consolerait.
Ce goût salé sur mes lèvres. Des larmes.
Leur tiédeur sur mes joues glacées.
Larmes de peine ?

Saurais-je jamais pourquoi ? Et puis, à quoi bon ? Une raison ? Une charge dont je ne saurais que faire ! Un poids de plus dans un quotidien déjà bien trop lourd.

Non. Quoi ? Non. Point. Je ne veux pas. De toi, d’eux. De tout ça.
Laissez-moi. Seule.
Et pourtant si nombreuse.
Une, et une autre, et encore une. Puis, une autre. La liste est longue. Infinie ?
Une seule, multiple. Aux facettes qui se heurtent. S’opposent. S’affrontent. Ou s’entremêlent.
Ca tourne. M’enivre.
Vertige. Tout m’échappe. Je pars. A jamais ?
Me perdre. Me noyer. Dans les méandres de mon cerveau. L’issue est toujours incertaine.
Arrêter de penser. Voilà ce qu’il me faudrait. Mais peut-on jamais arrêter?

Pourquoi moi ? Pourquoi ?!
Regarde les autres. Créatures grouillantes que j’observe à leur insu.
Quand tout semble leur convenir. Les faire sourire. Rire.
Moi aussi, je peux rire ! Ah, ah, ah, ah, ah, ah ! Tu vois ?!
Rire, c’est facile. Il ne s’agit après tout que d’un exercice respiratoire, non ? D’une façon de tendre ses abdominaux en expirant de façon sonore. Le tout assaisonné d’une contraction des zygomatiques, et hop, le tour est joué. Alors, rire, oui, je sais faire. Ecoute : ah, ah, ah, ah, ah !
Mais les autres, quand ils rient, il y a autre chose. Un rire interne, aussi. Quelque chose qui semble venir de dedans. De l’intérieur.
De la joie.
De la quoi ?
Allons, oublions ça, pourquoi me torturer avec ce qui semble si simple à autrui mais m’est impossible à moi.
Pourtant, j’ai su rire. De bon cœur. J’étais enfant.
Enfin, je crois. Ai-je jamais été enfant ?
C’était il y a si longtemps. Une époque révolue. Celle d’une autre moi.
Une moi morte depuis. Un vague souvenir. Parfois douloureux.
Quand la plaie se rouvre.
Quand un violent sentiment d’injustice me déchire les entrailles, quand l’envie de hurler est plus forte que tout.
Quand la violence prend le dessus.
Contre moi, les autres, le monde.
Chut. Ecoute.
On dirait les pleurs d’un enfant. Emouvant, attendrissant.
Mièvre, dégoulinant. Cette petite chose, moquerie d’être humain, qui se tortille. Innocence animale qui brise le silence, qui m’empêche de penser. Mes oreilles ! Faites-le taire !
Tout à coup, plus rien. N’était-ce à nouveau qu’une hallucination ? N’était-ce pas mes propres cris, mes propres gémissements ?
Maman, ne me disais-tu pas que mes pleurs étaient presque silencieux ? Faut-il que cette violence ait été étouffée qu’elle sorte si fort aujourd’hui ?

[Soupire]
Je suis lasse.
Je plie sous le poids de mon crâne, de mes épaules.
Mon corps est lourd, si lourd. Vieux. Oui, c’est ça, il est vieux !
J’ai trop vécu, n’est-ce pas ? Mes os n’ont-ils pas été rongés par la gangrène de cette vie ?
Y a-t-il un âge au delà duquel la force manque à soulever le corps ?
N’ai-je pas atteint cet âge ? Et toi, maman, quel âge avais-tu ?
Ai-je tant vécu que cela ? Tout est si flou, il manque les contours, où commence ma vie, où s’est-elle arrêtée ?
A-t-elle jamais été ? A-t-elle jamais figuré dans le grand livre de l’humanité ? N’ai-je pas toujours été « à côté » ? Ai-je jamais marché sur le sentier de la société ?
Suis-je réelle ?
Est-ce la vie, ma vie ? Un rêve, un cauchemar, l’enfer, le paradis ?

Ma tête me fait mal. Bourdonnements crescendo. Arrêtez ! M’arracher les cheveux, la peau, les yeux, suffirait-il à anesthésier mon crâne ? A taire cette autre violence ?

Un, deux, trois, quatre, cinq. Non, il ne se passe rien. Attendre encore.
Un, deux, trois, quatre, cinq. Rien n’y fait.
Serrer plus fort.
Les mâchoires.
Les dents sur mes lèvres.
Jusqu’à ce que le sang coule.
Ce goût âpre.
Ce goût familier dans ma bouche. Amer et douceâtre à la fois.
Le goût de la souffrance qui bientôt l’emportera sur l’autre douleur. Celle qui martèle ma tête. Celle qui me fait hurler.
Celle qui m’anéantit jour après jour, compagne haïe de ma vie végétale.
Serrer.
Le liquide chaud jusque dans mon cou.
L’essuyer. Ouvrir les yeux un instant.
Sur mes mains, le sang.
Rouge. Violent et vivifiant.
Salvateur et terrifiant.
Frotter. Ne pas laisser de traces.
Ce sang partout. Dans ma bouche, ma gorge, sur ma peau.
Maman ! C’est quoi tout ce sang ?
Ma robe est écarlate.
Non. L’enlever. La déchirer.
La brûler. La détruire.
J’ai froid.
Pitié.
Ma tête, silence !

Quelqu’un. Je vous en prie.
Un peu de chaleur. D’eau claire. De douceur.
Ce mélange salé dans ma bouche. Sang et larmes mêlés. Quand je ne voudrais que de l’eau.
Mon corps qui souffre encore. Rien ne suffit à l’anesthésier plus de quelques secondes.
Quelques minutes, parfois. Est-ce là le bonheur ? Quand la souffrance se fait invisible un court moment ? Que le corps s’apaise ? Et que mon âme est au repos ?
Quand le sommeil parvient alors à faire son office, à envelopper mon corps torturé.
Quand il me semble que tu es là, tout près, Maman. Que tu veilles sur moi.

Mmm, mmm, mmm [Fredonne].
Tu entends ?
De la musique ?
Tu fredonnes ?
Pour moi ?

Mmm, mmm, mmm [Fredonne].
Un souvenir furtif. Une berceuse peut-être.
Cette voix douce. Est-ce la tienne ? La mienne ?
Qui êtes-vous, voix caressantes ?
Non, je vous en prie, ne partez pas. La mélodie est un baume. Encore un peu, quelques secondes. S’il vous plaît !

Folle. Malade à en crever.
Dingue, cinglée, barjo, branque, dérangée, frappée, timbrée.
Foldingue. Déréglée.
Hystérique.
Névrosée.

Là, le verdict est posé. N’en ayons pas peur. Quel que soit l’adjectif choisi, plus ou moins médical, plus ou moins péjoratif, il parle de moi.
Ce n’est pas nouveau. Le diagnostic a été posé il y a si longtemps. Et d’ailleurs, ne le savais-je pas bien avant ?
Le l’ai-je pas toujours su ? N’était-ce pas là, tapi tout au fond de moi, cette certitude de ne pas tourner rond ? De ne pas comprendre le monde qui m’entoure ? De ne pas m’y reconnaître ? D’en être exclue ?
De ne pas en vouloir non plus, de ce monde.

J’aurais voulu avoir la force de lutter contre cette pesanteur qui m’empêchait de vivre. Contre ces folles pensées. Contre le mal qui me rongeait et m’éloignait chaque jour un peu plus du reste de mes congénères. J’aurais voulu.
Je n’ai pas su.
J’ai essayé pourtant. Me semble-t-il.
Mais le combat n’était pas équitable.

La vermine a pris son temps. Elle s’est installée, sans violence, insidieusement, petit à petit, sans faire de bruit.
Son armée de maux fourbes, de poison perfide, lentement, dans mes veines, sous ma peau, tissant sa toile paralysante jusque dans mon cerveau.
Elle est là. Et ici. Partout. Sur chaque morceau de moi. Dans ma tête, dans mon corps.
Son venin tout puissant.
J’ai mal.
A en hurler.
A en pleurer.
A en mourir.
Chaque jour. Chaque instant. Sans pause, sans remède qui puisse être envisagé.
Que ne suis-je morte !
Que la douleur m’emporte à jamais !
Qu’elle m’enlève à jamais la raison !
Que cesse cette torture !

Chienne que tu es. Tu ne m’accorderas pas de répit. Pas d’espoir d’en finir. D’en sortir.
Condamnée à vivre. Condamnée à souffrir.
Indéfiniment.
Le temps d’une vie qui traîne en longueur, se refuse à s’achever.
Dis, Maman, c’est combien de temps, une vie ?
C’est combien de temps, ma vie ?

Prends-moi dans tes bras. Quelqu’un. Réchauffe-moi. Je grelotte, je tremble. Ma robe est déchirée, j’ai froid. Quelqu’un.
Pitié.

Approche. Serre-moi, berce-moi. Mmm, mmm[fredonne]. La musique, oui. Encore.
[Sanglote]
Je ne peux pas les retenir. Ils sortent de mes tripes, ces sanglots. Les vomir malgré moi.
Ne pars pas.
Tes bras autour de moi. Oui. Fermer les yeux. Ne serait-ce qu’un instant. Chasser la souffrance d’un revers de la main. Je sais qu’elle reviendra, plus vive encore. Déchaînée par ce moment d’absence.

[Hurle]
Lâche-moi ! Ca brûle ! Ma peau ! Vas-t-en ! J’ai mal !
Encore. Toujours.

Arrête, épargne-moi, je t’en prie.
Je suis à bout, tu as gagné. Tu as brisé mon corps. Mon esprit.
Pas un instant de répit. Pas une pensée qui ne soit troublée, hantée, par la souffrance.
Tu me ronges depuis le plus profond de mes entrailles. Tu es partout. Tu règnes en maître sur chaque centimètre de ma chair, que tu lacères sans répit, nuit et jour, depuis l’aube de ma vie.
Tu te repais de ma peau, de mes tissus, de mes muscles. De ce qui n’est désormais plus qu’une charogne. Qui respire pourtant encore. Qui agonise lentement. Trop lentement.
Quand cesseras-tu de dépecer ce corps si lourd ? Pourquoi prends-tu tant de temps ? Tu t’acharnes. Je suis sans force. Sans résistance.
Emporte-moi, dévore-moi, achève-moi !
Qu’on en finisse !
[Hurle]

Achève ton travail, bourreau.
Comme tu l’as fait pour elle.
Maman, dis, combien d’heures, de jours, de mois, d’années, encore à souffrir ? Dis ? S’il te plaît, dis-le moi.

[Sanglote]
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze... Quoi ?
Laisse-moi.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six. Non, je ne veux pas m’arrêter. Sept, huit, neuf, dix, onze. Arrête ! Douze, treize, quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix-huit, dix-neuf. Je sens le feu sur ma peau ! Vingt, vingt-et-un. Ma tête ! Ma chair ! Non, arrête ! C’est insupportable, je ne peux plus. Oui, je me tais, je ne compte plus, tu as gagné, mais par pitié, s’il te plaît, épargne-moi les brûlures. Un instant, juste un court moment.
Ma peau n’est plus que lambeaux sur une chair à vif, mon crâne un vide immensément douloureux, nauséeux.

Brrrr. J’ai froid.
Brrrr. Je grelotte.
Des lames de glace s’enfoncent dans ma chair. Ma peau est percée de par en par. De longues aiguilles pénètrent lentement dans mon crâne, ma nuque. Le long de ma colonne.
Aaaaaaaargh. Les craquements des os résonnent dans mon cerveau tuméfié.
Aaaaaaaargh. A hurler de douleur. Aaaaaaaargh.
Que cela cesse. Aaaaaaaargh.

Lalalala ! Un, deux, trois ! Quatre, cinq, six ! J’attends la grande faucheuse ! Sept, huit, neuf, dix, onze, douze ! Si je vais jusqu’à cent, je gagne, non ? Treize, quatorze, quinze. Seize, dix-sept. Dix-huit, dix-neuf, vingt. Non ! Taisez-vous ! Partez ! Laissez-moi compter ! Vingt-et-un. Arrêtez ! Laissez-moi. Pitié.
Je vous en supplie. Vingt-deux. Vingt-trois. Vingt-quatre, vingt-cinq, vingt-six, vingt-sept. Non !

Quoi ? Qui parle ? Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? Vingt-huit.
Maman ? C’est toi ? Dis, c’est toi ?
Non ! Reste ! Je t’en prie, reste avec moi. S’il te plaît, Maman. [Sanglote]
Vingt-neuf, trente. Je vais y arriver.
Serre-moi contre toi, emporte-moi. [Sanglote]
Trente-deux, trente-trois, trente-quatre.
Quoi ?! Non, je ne me suis pas trompée ! Non, c’est faux ! Qui dit ça ? Je sais compter ! Quoi ?! Trente et un ?
Qu’est-ce que c’est, trente et un ? Mon âge ? Le tien, Maman ? La date ? Les jours qui me restent ? Les heures ?
Répondez ! Je veux continuer. Où en étais-je ? Vous m’avez perdue ! Ce n’est pas ma faute ! Vous n’aviez pas le droit !
Je veux continuer. [Sanglote]
Quarante, cinquante. Je ne sais plus.

Qui va là ? Y a-t-il quelqu’un ? Répondez-moi, je vous en prie.
Mmm. Mmm.
Un, deux, trois, quatre.
J’ai froid. Une couverture, quelqu’un.
Ouvrez les volets, montrez-moi le soleil.
Ouvrez la fenêtre, je veux sentir la chaleur de ses rayons sur mon corps abîmé. Un peu de douceur sur mes plaies béantes. Un peu d’air pour sécher tout ce sang.
Ouvrez ! Ouvrez !

Où suis-je ? Au fond d’un puit ? Depuis quand ? A jamais ?
Quelqu’un ! M’entendez-vous ?

J’ai mal. Cela va d’un bout à l’autre de mon corps. Comme une décharge électrique. Non, comme des millions de décharges simultanées.
Non, des millions de lames qui s’enfoncent en même temps dans ma chair.
Ma chair à vif. Une multitude de lésions qui ne forment plus qu’une taillade béante et putride. L’odeur de la mort m’accompagne. Mêlée à celle du sang qui s’écoule des blessures de mes lèvres.
Une odeur qui annonce la fin, non ? Un goût au parfum de délivrance ?
Qui pourtant me semble être mon quotidien depuis aussi loin que ma mémoire peut me mener.
Un leurre, donc ? Un piège pour me faire taire ? Non !
Je hurlerai ma douleur ! Aaaaaaaargh !

Chut. Elle est là, je la sens. Chut. Viens, approche. Tu es belle. Je voudrais sentir tes bras autour de moi, ta peau contre la mienne. Je voudrais sentir ton parfum dans ta nuque, entendre ton souffle.
Viens, te dis-je, approche !
Je te répugne, c’est ça ? Quoi ?! Cette robe déchirée, ensanglantée, puante, te fait fuir ?! Cette odeur aigre te donne la nausée ?! Ces plaies putrescentes t’écoeurent ?!
Va ! Fuis-moi ! Vomis-moi !

Laisse-moi souffrir seule loin du monde des hommes, loin de toute douceur, de tout amour.
Lalalala. Je voudrais danser. Bouger mes membres endoloris. Endiguer cette gangrène qui les ronge chaque jour un peu plus. Lutter contre la paralysie de cette masse de tissus nécrosés, pourris par la vie, la souffrance, la folie.
Je voudrais ne plus être cet être ni vivant ni mort, cette créature torturée, cette désolation qui fut un jour, peut-être, sans doute, humaine.
Je voudrais ressentir l’apaisement, ne serait-ce qu’un moment. La légèreté, la douceur.
Je voudrais.

La voilà qui revient. Cette déferlante de supplices qui se fait parfois silencieuse quelques secondes. Pitié. Encore quelques-unes. Dix ou quinze, je vous en prie. Je ne demande pas de minutes. Juste des secondes.
Pitié. Cinq ?
[Sanglote]

M’enrouler sur moi-même, me recroqueviller. Disparaître. Ne plus être.
Les affres de la folie me rattrapent, m’enlacent, m’étouffent. Mon corps n’est plus que brûlures.

J’ai mal. Maman, tu as eu mal, dis, toi aussi, non ? Combien de temps as-tu eu mal ? Pourquoi as-tu eu mal ?
Et moi, dis, pourquoi ai-je mal ? La pénitence n’a-t-elle pas que trop duré ?
N’est-il pas venu le temps de l’apaisement ? Quelque baume ne devrait-il pas m’être administré ?
Ecoute ! On vient. Qui ?
Des mots. Des mots doux, rassurants. Une main. C’est toi, dis ?
Je la prends. On m’agrippe. On me touche, on me panse, on m’emporte.
Non ! Ma robe ! Elle est à moi, elle est tout ce que j’ai. Laissez-la moi ! Non !
Ces lambeaux de tissu décomposés et puants sont la seule peau qu’il me reste.
[Sanglote]
Ces mains sur ma peau. Un élixir qui apaise. Réchauffe.
Tendresse. Un drôle de mot. Joli à l’oreille. Un mot qui aime. Un mot rare.
Non.
Ne me touchez pas ! Ne me bercez pas d’illusion qui ne feront qu’accroître la souffrance qui sommeille. Laissez-moi !
N’éteignez pas la lumière. Je vous en conjure.
Ne partez pas. Restez à mes côtés. Protégez-moi.

Où êtes-vous ? Revenez ! Vous n’avez pas le droit !
Je ferai tout ce que vous voudrez, mais ne m’abandonnez pas.
J’ai peur. Je suis terrifiée.
[Sanglote]
Ne me laissez pas seule avec cette vermine qui dévore mes entrailles.
[Sanglote]

Il fait noir, je n’entends plus que les battements de mon sang sur mes tempes. Boum, boum, boum, boum. Un grondement. D’abord quelque peu lointain. Puis qui se rapproche. Qui est tout près. Là, juste là.
Des épines qui s’enfoncent dans ma chair. Par milliards.
Les ongles acérés de la bête qui rôde, la bête qui se love dans mon ventre, dans mon crâne. Celle dont les tentacules s’entrelacent dans les méandres de mon cerveau.
Une souffrance indicible. Fulgurante, pénétrante. Lancinante. Démente.

Il n’y a plus que moi. Moi seule. Et des millions de lames acides.

3 VOIX

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