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Arrête de pleurer Madeleine !

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Doria Lescure

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« Et, bien entendu, tu comptes lui dire que tu l’as trompée ? Tu sais, les histoires qui baignent dans le mensonge ne durent jamais bien longtemps. Tu pourras toujours lui dire que ça ne compte pas, que tu as cédé à une pulsion, que c’était à la faveur d’une envie aussi irrésistible que fugace. Si elle t’aime, elle comprendra, après tout, elle est bien placée pour savoir que ces choses-là arrivent, non ? »

Satisfaite de sa répartie, Madeleine se dirigea nue, impériale et gracieuse, dans la salle de bains. Les mains posées en appui sur la vasque, elle observait son reflet dans le miroir. Elle avait un visage fin et expressif, des yeux noisette, un nez mutin parsemé de quelques taches de rousseur, des lèvres fines et bien dessinées. Elle portait une jolie coupe au carré dont la frange soulignait toute la grâce de son visage parachevant la signature de son port de tête élégant. Avec quelques formes pleines pour un corps aux proportions harmonieuses, Madeleine avait toujours été une jolie femme.

Elle était satisfaite de son reflet, elle était fière d’elle. Enfin se reprendre, enfin s’aimer, enfin s’accorder de la valeur, se sentir désirée et à cet instant précis de ce petit matin, dans cette salle de bain aussi luxueuse qu’impersonnelle d’un hôtel de charme, elle prenait conscience d’avoir vécu un chapitre important de sa vie. Pour la première fois depuis très longtemps elle ne s’était pas endormie assommée de chagrin, pleurant de tout son être.

En se repassant le film de cette dernière année, elle fit un rapide bilan. Elle avait 51 ans et s’apprêtait à divorcer. Son histoire devait sans doute ressembler à beaucoup d’autres. Tout avait commencé voilà 25 ans quand elle avait épousé celui qu’elle aimait. De cette union étaient nés un garçon et deux filles qui avaient grandis dans une harmonie familiale propice à faire d’eux des enfants épanouis et des adultes heureux d’être au monde et d’y voir clair. Son mari et elle avaient toujours travaillés, chacun d’eux heureux dans son métier, entourés d’amis et d’une famille soudée et aimante. Bien sûr ils avaient traversé des épreuves, des deuils et des remises en question professionnelles mais rien de nature à menacer de près ou de loin l’amour qu’ils se portaient.

Jusqu’au jour où l’époux de Madeleine choisit de lui révéler qu’il avait eu une aventure. Il lui dit que ce n’était pas important, que cette histoire ne mettrait pas leur couple en danger de rupture, que c’était juste arrivé à la faveur d’une banale rencontre purement fortuite, motivé qu’il était par le désir fugace de gouter à l’interdit, sans lendemain ni promesse. L’autre femme n’avait pas de nom, elle ne s’inscrivait pas profondément dans leur histoire, il le certifiait, l’implorait de le croire, il l’aimait et cette révélation soulageait sa conscience d’un poids qu’il ne supportait plus.

D’abord interdite, Madeleine se donna le temps de respirer profondément avant de décider comment elle allait prendre cette déclaration. Indéniablement, c’était un affront à son amour mais son mari lui semblait si sincère dans cet aveu que rien ne l’avait obligé à révéler ! Fallait-il s’aventurer dans de douloureuses explications ou bien accepter cet écart et pardonner ? Parce que c’était son homme et qu’elle l’aimait, Madeleine pardonna. On ne brise pas 25 années d’un bonheur sans nuage pour une passade sans lendemain. La douleur qu’elle ressentait ? Ce n’était qu’une blessure d’amour propre, Madeleine était momentanément passée numéro deux de ses désirs, elle se devait de faire un peu plus attention à eux, elle devait veiller à rallumer la flamme qui couvait sous les braises. Elle savait qu’il la trouvait toujours sexy et désirable. Alors, le moment de mise au point passé, leur vie reprit sans encombre, là où ils l’avaient suspendue, le temps de cet aveu.

La deuxième incartade, Madeleine la découvrit sans qu’il le lui dise. Il argumenta cette fois encore, que ça ne comptait pas, que c’était une aventure d’un soir, il ne l‘avait pas revue depuis, elle n’était rien pour lui, d’ailleurs, Madeleine n’aurait pas dû tomber sur ce texto, il comptait la virer de son répertoire et voilà, il le faisait devant elle, faisant basculer dans le néant virtuel le numéro de cette rien-du-tout-qui-ne-comptait-pas.

Madeleine sentit sa peine se loger en boule compacte au fond de sa gorge. Cette trahison tombait au beau milieu de sa remise en question professionnelle. Il lui avait fallu s’adapter, batailler pour finalement ne rien retirer de positif dans cette conversion. Elle qui naviguait en plein doute sur son avenir allait devoir s’interroger sur la stabilité de son couple. La douleur de la première trahison, celle qu’elle avait reléguée au rang des blessures d’amour propre se rappela douloureusement à elle.

Les discussions se firent plus dures, les détails plus fuyants et l’autre femme apparut dangereusement plus en position de menacer leur équilibre. Madeleine osa poser la question, celle dont la réponse vous engage sur un délicat quitte ou double : « est-ce que tu m’aimes encore ? ». Juste avant que son époux ne réponde Madeleine ferma les yeux et entendit un : « Oui bien sûr voyons ! ». Et ce qu’il lui dit d’autre n’avait finalement pas d’importance, parce qu’elle l’aimait toujours. Elle se trouvait soulagée de sa réponse au point de ravaler sa rancœur, ses sanglots et son amour propre qui du coup, ne l’était plus tellement. Et Madeleine pardonna, encore.

La troisième trahison fut terrifiante. Madeleine était bouleversée, parce que cette fois, l’aventure n’en était pas une. La liaison durait depuis un bon moment quand elle la découvrit. Son mari avait nommée l’intruse qui venait faire son nid dans le sien, cette autre femme que dans sa colère elle affublait de noms peu flatteurs aux rimes en « asse ». Mais le plus douloureux c’était de sentir son mari amoureux et ça se voyait tellement que Madeleine en eut le cœur brisé. Il allait quitter leur maison, leur vie et leur histoire, parce qu’elle ne pouvait plus pardonner, parce qu’il avait par trois fois brisé son cœur et sa confiance et parce qu’il ne l’aimait plus.

Depuis leur séparation Madeleine s’était livrée entièrement à la rassurante routine du quotidien. Elle avait fondé sa propre entreprise, passant ses journées à travailler, à assurer aux yeux de tous, à faire comme si elle était forte. Et forte, Madeleine l’était, pour ses enfants, qui n’étaient dupes de rien, pour sa famille, qui savait tout du poids de son chagrin, pour leurs amis, qui ne voulaient pas choisir entre elle et lui et pour son nouveau travail qui l’emportait dans un tourbillon salvateur de contraintes et de défis. Le soir, quand les enfants étaient couchés, elle se blottissait au fond de son lit et pleurait, doucement, longuement, irrémédiablement. Madeleine avait tant pleuré qu’elle aurait pu réécrire leur histoire, gravée sur ses taies d’oreillers, à l’encre indélébile de son mascara qui est peut-être à l’épreuve de l’eau, mais pas à celle de ses larmes.

Finalement, on devrait toujours commencer les histoire d’amour par la fin, ne serait-ce que pour se convaincre qu’elles en ont une et que la seule chose qui compte c’est le temps. Celui qu’on passe à aimer et être aimée et celui qui nous guérit des chagrins d’amour. Plus d’un an après leur séparation, un soir où son mari était passé pour discuter des procédures du divorce, il lui avait dit que malgré sa nouvelle vie et son nouvel amour il ressentait toujours quelque chose pour elle, qu’il avait envie d’elle.

Aussi, ce matin là, debout devant ce miroir de salle de bains, Madeleine savourait son moment. Ils avaient fait l’amour toute la nuit jusqu’au point de non-retour de leur vie de couple, partageant la dernière charge émotionnelle où tout se consume et se dissipe dans la chaleur des corps liés. La magie du temps lui avait fait reprendre pleinement possession de son amour propre, tout propre à présent parce qu’en une seule nuit d’étreintes sans espoir, Madeleine avait lavé tous les affronts. Son chagrin avait disparu en même temps que son amour pour lui, coulé à pic dans les torrents de larmes qu’elle avait versés en plus d’un an.

Voilà qu’elle était devenue l’autre femme ! Celle qui plane au-dessus des histoires d’amour des autres ! À elle de s’étourdir dans une passade sans lendemain, juste par opportunité, rien que pour le plaisir. À l’autre femme, les doutes et les affres de la trahison. Cette pensée et la petite musique de la vengeance la firent sourire, mesquine pensée certes oui mais, cette revanche faisait agréablement écho à son sentiment de liberté. Plus rien de douloureux ne pesait désormais sur son cœur.

Elle termina de s’habiller, prit son sac, se dirigea vers la porte et, dans une hésitation toute calculée pour faire l’effet escompté, se retourna, regarda son ex-mari et lui sourit. Il était blême, plein de doutes, les yeux brillants de larmes. Il avait l’air perdu, mais cela n’affectait plus Madeleine, parce qu’en une seule nuit, les rôles venaient de s’inverser. En sortant de cette chambre c’est elle qui quittait leur histoire, et si Madeleine avait appris une chose, c’est bien que les histoires d’amour ont une fin. En quittant l’hôtel, elle admira le soleil matinal qui pointait majestueux au-dessus de la cathédrale, vaisseau amiral de la flotte de briques de cette petite cité cathare. Acceptant l’augure d’un si beau présage, Madeleine était désormais prête pour un nouvel amour, elle avait fini de pleurer.

En compét

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Geny Montel · il y a
J'admire tout de même la patience de votre héroïne avant de se reprendre en main ! Un prénom bien trouvé !
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Fred Panassac · il y a
Une valse lente des sentiments que j’ai dansée la gorge serrée avec Madeleine la femme trompée dont vous décrivez d’une manière si convaincante le chemin ! Mes 5 voix et je trouve qu’il y a un écho avec mon poème de la St Valentin sur le pardon, qui est loin d’être invraisemblable. Sauf quand trop c’est trop, comme pour Madeleine.
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Doria Lescure · il y a
Merci à vous chère Fred, vos commentaires me touchent et je trouve aussi que votre poème résonne assez bien avec cette nouvelle sur le pardon et l'amour trahi.
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Elisabeth Marchand · il y a
Pas facile d'être forte quand tout s'écroule... garder le tête haute et rebondir est la seule solution... Vous avez bien su l'exprimer... mes 5 voix...
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Doria Lescure · il y a
Un grand merci Elisabeth, pour votre commentaire et votre soutien à ma chère Madeleine.
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Thierry Schultz · il y a
Un très bon récit. Cette femme a été trahi a pardonné, souffert, et elle finit par prendre sa revanche et repart, plus forte qu'avant... Un grand bravo pour l'écriture, convaincante et fluide. Bravo Doria, toutes mes voix
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Doria Lescure · il y a
Merci à vous Thierry d'avoir lu et soutenu cette histoire, si en plus, vous l'avez trouvée convaincante j'en suis d'autant plus ravie !
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Virgo34 · il y a
Un belle histoire qui prête à réfléchir. "Il n'y a pas d'amour heureux", dit le poète... Mais le principal, c'est d'être capable d'assumer et de prendre les bonnes résolutions.
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Doria Lescure · il y a
un grand merci à vous et en effet, on est encore dans la période des bonnes résolutions ! Bonne journée et bonne chance pour le prix de la saint Valentin !
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Maud · il y a
J'ai bien aimé cette histoire :-)
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Doria Lescure · il y a
Merci chère Maud d'être venue me lire et de soutenir ma douce Madeleine !
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Daniel Nallade · il y a
Mes voix pour cette radiographie des sentiments.
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Doria Lescure · il y a
Merci Daniel j'aime bien cette image de radiographie !
Je suis passée faire ma curieuse sur vos lignes et ne regrette pas la balade !

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Daniel Nallade · il y a
Merci Doria du voyage.
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Evadailleurs · il y a
Les Madeleine ne sont plus ce qu'elles étaient, elles ont appris à se défendre !
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Doria Lescure · il y a
Oh que oui chère Eva... et grand merci pour votre soutien !
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Sibipa · il y a
Tel est pris qui croyait prendre! Il y a une progression des sentiments de Madeleine, c'est bien décrit dans votre texte. Le choix du prénom est judicieux.
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Doria Lescure · il y a
Un grand merci à vous et de mon côté je dois dire que j'ai particulièrement aimé votre TTC "la bascule" !
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Sourire · il y a
Bien fait ! Et je lui souhaite de rencontrer un amour à sa hauteur ! Mon vote maxi bien sûr !
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Doria Lescure · il y a
merci Sourire pour votre commentaire et votre soutien !
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