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Short Personnages : les Profs

Luc Dragoni
Luc Dragoni · il y a
Je vous propose ce mois-ci d’écrire au sujet des profs.
Instituteurs, Maîtres, Formateurs, Instructeurs
Littéraires, linguistes, historiens, philosophes, mathématiciens...
Certains nous ont laissé d'excellents souvenirs, d'autres un peu moins, mais tous ont contribué à façonner les êtres que nous sommes devenus!

Je vous propose un Short Personnages mensuel au cours duquel nous pourrons conforter ou confronter nos différents points de vue, ressentis et sensibilités autour d'un ou plusieurs personnages sur un thème défini en échangeant nos textes et BD (ou ceux que nous avons appréciés chez d'autres auteurs).

Envoyez-nous vos portraits !

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Pour poster des commentaires,
Mapie
Mapie · il y a
C'était au collège, en maths, j'ai levé le doigt car je voulais de plus amples explications sur un exercice que je ne comprenais pas. Le prof a dit : " C'est normal, tu es nulle." J'ai cessé d'essayer de comprendre en maths jusqu'à la fin de ma scolarité.
C'était au collège, le prof de physique chimie, toujours la bave aux lèvres, pour nous faire taire répétait: " Je vais faire cours au mur". Et il se retournait pour faire cours au mur.
C'était au Lycée, la prof de français nous racontait qu'elle n'avait pas pu corriger les copies car elle était allée voir Manon des sources, et d'ajouter à un des gars qui faisait du bazar ; "C'est sûr que tu pourras jamais avoir une fille comme Emmanuelle Beart, toi..."
Retour au collège: Je suçotais ma chaine en or. Le prof me dit devant la classe: " C'est pour ça que tu as les cheveux si blonds, parce que tu suces de l'or."
Voilà , on les prends tous , on les assemble et ça fait un beau monstre super pédagogue...

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LBC
LBC · il y a
Je comprends le traumatisme !
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Luc Dragoni
Luc Dragoni · il y a
C'est terrible!
J'espère que c'est une fiction...

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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
Mapie, tu n'as recencé que les mauvais!! Et c'est mauvais!... ceux-là, il faut les oublier, les mettre au fond de sa mémoire... mieux... les faire disparaître!... Parle nous plutôt de ceux qui t'ont aidé à avancer, qui t'ont appris de belles choses, des choses essentielles... Les mauvais profs sont la minorité... il y en a moins que de mauvais élèves, toute proportion gardée...
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LBC
LBC · il y a
Oui, mais ils font beaucoup de dégâts !
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Mapie
Mapie · il y a
Bien sûr Mais ce sont les premiers qui me sont venus à l' esprit ....
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Coum
Coum · il y a
S'ils ne te viennent pas à l'esprit, certains se chargeront de te rappeler à leurs mauvais souvenirs ; c'est la technique de ceux qui veulent te transformer en carpette ....
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Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Pauvre Cosette ! Tu as l'air d'avoir eu la meute des profs les plus abjects à tes trousses ! Rassembler autant de hargne sur ta pauvre tête est d'une malchance innommable !
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Mapie
Mapie · il y a
Bouhhhhhh
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Coum
Coum · il y a
il faut faire quoi comme études pour faire enfant soldat ?! ;)
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Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Oh oui bouhhhhh les profs LOL
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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
C'est à l'école primaire, dans un petit village de montagne, où la mixité n'est pas encore de mise.
La classe compte une trentaine de fillettes attentives et disciplinées, soit penchées sur cahiers ou livres, soit nez levé vers le tableau noir.
Je suis au premier rang, un peu à cause de ma myopie et beaucoup à cause de ma propension à dissiper mes camarades. L'enseignante m'a à l'oeil!
Les matières de "géographie" et "histoire", qui ne me passionnent pas outre mesure, sont dispensées par Madame Lessaud. Cette institutrice est une grande et forte femme, bien charpentée, au visage sévère, que n'arrange pas des lunettes à monture d'écaille et un chignon bien serré. Elle ignore ce qu'est la coquetterie, toujours habillée de gris ou de brun, les jambes couvertes de bas épais, les pieds prisonniers d'informes godillots de cuir foncé.
Madame Lessaud est aussi la directrice de l'école et cette fonction lui vaut d'habiter, avec son époux, un appartement dans le bâtiment scolaire.
A cette époque, le respect dû au corps enseignant n'est pas un vain mot, mais, avec Madame Lessaud, s'ajoute la crainte! Cette maîtresse a une botte secrète - et efficace - pour que ses cours soient bien suivis et les leçons bien apprises.
- si vous n'êtes pas exemplaires, je vous envoie chez le Capitaine Lessaud et on verra ce que l'on verra...
Son mari est non seulement haut gradé dans l'armée, mais, de plus, il est dans le logement contigu aux classes, attendant de sanctionnner les mauvaises élèves...
Le Capitaine Lessaud est une menace permanente... Dans nos jeunes âmes, il est à la fois le Père Fouettard, le Croque-mitaine et Barbe Bleue.
Ce matin là, Madame Lessaud nous parle du massacre de la St-Barthélémy, l'horreur vécue alors... Des protestants, arrachés à leur logis, sont défenestrés... "défenestrés, qui connait ce que cela signifie?" plusieurs lèvent la main...
En hâte, je prends une petite feuille, dessine un rectangle - une fenêtre - 4 traits supposant 2 moitiés de jambes, terminées par deux ovales hachurés, sensés être de grosses godasses... et pour être plus explicite, je marque "Mme Lessaud, défenestrée"...
Je passe le papier plié à ma voisine, qui en prend connaissance, sourit et fait suivre...
Courbée sur mon pupitre, je suis le cheminement de mon dessin...
Mais Madame Lessaud est alertée... "Martine, veux-tu me donner ce que tu as dans la main?... je veux m'amuser moi aussi"
Bien sûr, la coupable - moi! - est vite démasquée.
Madame Lessaud voit rouge... : - cette fois, la coupe est pleine... Elisabeth, je t'amène de suite chez le Capitaine qui décidera de ton sort... et vous (les autres élèves) vous avez tout intérêt à vous tenir tranquilles jusqu'à mon retour".
Je deviens blême, transpire à grosses gouttes, et je vois même défiler ma courte vie comme c'est de coutume avant la fin...
Madame Lessaud ouvre la porte de son logement et je butte direct sur le redouté Capitaine, dans sa vareuse militaire, assis à la table de la cuisine, devant une montagne de haricots.
- mon ami, voilà une élève à punir, comme bon vous semble...
L'homme se lève, plus petit que son épouse, un peu rondouillard, avec un visage plutôt affable. Il fait une grosse voix de circonstance : - mon amie, comptez sur moi... je vous renverrai cette petite demoiselle repentie à la récréation".
Sitôt la porte refermée, d'une intonation douce: - dis moi, ma jolie, sais-tu préparer les haricots pour les mettre en bocaux?
Je suis estomaquée... Les Lessaud, bien que mariés, sont aussi amis, ils se parlent avec déférence, et notre terreur - le Capitaine! - semble avoir des occupations typiquement féminines...
Ma terrible punition fut de couper les extrémités des haricots, décoller leurs fils, et bavarder timidement avec un gentil monsieur...
Le croirez-vous?...
Je n'ai rien dit de mon "calvaire" à mes camarades. Mon silence leur a fait imaginer des sévices inavouables et c'est aussi pourquoi Madame Lessaud a pu continuer à nous menacer de son fameux Capitaine...

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Luc Dragoni
Luc Dragoni · il y a
Belle histoire, on s'y croirait, on voit les personnages!^^
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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
C'est véridique!!... c'est pourquoi ce texte a été si facile à écrire!!
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
C'est une nouvelle fort bien construite et très agréable à lire de par son suspense et sa conclusion saine et ravigotante. En plus à première vue je dirais qu'elle doit faire dans les 5000 signes, je me demande si je ne vais pas la voler pour insuffler des souvenirs d'école à mon personnage de roman de 87 pages.
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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
"Voler... c'est pas beau"... quand on écrit, il faut faire travailler son imagination, pas profiter des idées des autres!!... ce petit texte, bien sûr, est une histoire vécue, écrite en 15mns sur ma tablette... copiée et collée ici... Amitiés Sylvie!! Et m... pour ton roman (le mot "chance" porte malheur!)
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
Je plaisantais, bien sûr mais c'est vrai qu'il va falloir que j'étoffe.
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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
Perso, cela me rebute mais tu peux ajouter des descriptions dans ton "oeuvre", ou expliquer, plus en détail, le caractère de tes personnages, par exemple...
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Sandra G.
 Sandra G. · il y a
Le dinosaure, voilà comment les pions l'appelait. Nous, collégiens, on préférait ne même pas l'appeler... Ce prof, comme on dirait, c'était un vieux de la vieille. Old school. Le seul capable de te mettre un 20 en dissert' ; le seul capable de te faire copier le dictionnaire pendant les heures de colle. Tu priais pour tomber sur un X ou un Y, mais son choix était en fonction de la gravité de la faute, de la tête du client, de son humeur... on ne savait pas trop. Dans l'établissement, tout le monde savait et tout le monde plaignait celui qui avait dû le copier dans son intégralité tout au long de l'année ; il était devenu une légende. Il n'empêche que ce prof nous faisait réfléchir. Un jour, après une explication de texte mémorable, il nous posa cette question : "Qu'est-ce qui est le plus important dans une phrase ?". Le choix des mots ? Non. La structure ? Non plus. On a tourné en rond comme ça pendant cinq bonnes minutes jusqu'à ce qu'une camarade de classe, une amie d'enfance, presque comme une évidence, trouve enfin la réponse : "Ben...c'est le sens !"... "Alléluia !" semblait dire le dinosaure dans son soulagement expansif quand nous autres nous en étions encore tout retourné d'étonnement lucide. Je m'en suis souvenu longtemps de cette réponse ; on peut dire qu'elle était pleine de bon sens.
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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
Un prof qui marque les esprits est - de façon générale - un bon prof!
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
ça dépend...j'en ai eu un au lycée, vite promu en fac ( où j'ai eu plus tard l'immense joie de le retrouver ) qui a marqué plusieurs générations d'étudiantes. Elles m'en parlent 20, 30, 40 ans après. On ne comprenait rien à ses cours. Il se comportait comme s'il était complètement cinglé ou en jouait par mépris envers ses ouailles, réservant son énergie à ses travaux de recherches, en amphi il partait dans des éclats de rire démoniaques, flanquait les étudiantes à la porte et quand je l'avais en lycée et qu'il rendait les devoirs il faisait des boulettes de la moitié des copies pour les balancer sur les élèves.
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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
Comme quoi enseigner peut conduire à la folie!! Il était en bonne voie, celui-là!
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
Il a quand même reçu les palmes académiques, comme tous ses collègues de la section ...La particularité des palmes académiques c'est que si deux titulaires des palmes les demandent pour vous ça semble être du tout cuit ensuite. Pas comme dans mon lycée, qui est un panier de crabes où beaucoup font leur possible pour se faire mousser quitte à enfoncer la concurrence, où davantage encore se tuent littéralement à la tâche ( à raison d'une crise cardiaque ou d'un cancer par an ) et pourtant les seuls titulaires de palmes que j'ai pu y observer en 16 ans d'exercice furent invariablement les chefs d'établissements et leurs proviseurs adjoints, pas le reste du personnel.
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Mapie
Mapie · il y a
sauf en expatriation...
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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
A part les palmes qui servent aux canards, ce genre de décorations est bien inutiles... en tout cas, me font bien rire - et me font aussi pitié! - ceux qui courent après les honneurs...
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Sandra G.
 Sandra G. · il y a
Celui là oui, c'était un bon prof, même si ça ne se voyait pas...
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
Je n'ai jamais compris cette manie qu'ont certains collègues à refuser d'octroyer un 20 à une excellente prestation. L'idée de faire copier le dictionnaire en guise de punition est judicieuse et formatrice. Trop tard pour moi mais si on m'en avait donné l'idée, au lieu de me creuser la tête pour trouver des sujets de punitions appropriés puis renoncer devant l'ampleur de la tâche j'aurais attribué davantage d'heures de retenue. ( Le problème c'est que les élèves n'ont plus de dictionnaire maintenant, ni de montres, ,ils ont des smartphones )
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Sandra G.
 Sandra G. · il y a
il me semble que le 20 signifie la perfection ce qui ne peut être le cas. C'est en tous cas ce que nous expliquait notre prof d'arts plastiques qui, à cela, ajoutait qu'il ne nous mettait jamais de 0 car ça l'obligerait à remplir une fiche justifiant son choix...alors quand c'était nul il nous mettait 1. Pour le dico, je fais parti des gens qui pensent qu'une telle punition rebute plus qu'autre chose mais les avis divergent sur le sujet. En tous cas c'est mieux que des lignes...
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Mapie
Mapie · il y a
eh bien moi j'ai eu droit à un 21 /20 par mon prof de dessin au collège...
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
Ces enseignants là, qui refusent d'attribuer des 20, et certains d'entre eux vont jusqu'à ne jamais dépasser un plafond de 12/20, sont plus royalistes que le roi. Les élèves sont notés en fonction de ce qui est exigible dans leur classe. Un élève de seconde dont la qualité de devoir est supérieure à celle de bons élèves de terminale, désolée mais pour moins cela vaut 20 même si le devoir comporte quelques inexactitudes . Je ne dis pas que noter façon bac à 25/20 avec des minima presque jamais inférieures à 05 du moment où l'élève a écrit 5 lignes soit non plus la panacée.
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Alain Chenoz
Alain Chenoz · il y a
En première dans un grand lycée marseillais, j'avais pour professeur de français un petit bonhomme amène et rondouillard, un catalan qui, à quelques encablures d'une retraite bien méritée, rêvait de retrouver ses racines.
Ces particularités physiques ou régionales n'intéressaient guère mes camarades de classe, sauf une qu'on ne tarda pas à rapidement découvrir, sa surdité.
Un des deux redoublants, qui l'avait précédemment expérimenté, nous souffla alors une idée démoniaque.
Il arrivait pendant l'heure de cours qu'un élève ressente quelques envies subites et irrépressibles, il levait alors le doigt pour demander la permission au professeur qui, malgré quelques protestations d'usage, accompagnait son acceptation par des " Vous auriez pu y aller avant" ou autres " Vous ne pouvez pas vous retenir ?"
Un matin, un élève posa une question complètement différente (dont j'ai oublié la teneur mais c'est sans importance) et le vénérable homme fit la réponse habituellement réservée aux commissions d'usage.
Le redoublant, qui n'avait pas redoublé pour rien, compris en un instant le parti qu'on pourrait tirer de ce quiproquo auditif.
Quelques uns se retrouvèrent donc lors d'une interclasse pour, comme dans un atelier d'écriture, imaginer le scénario et peaufiner la question incongrue.
On tomba tous d'accord sur une question essentielle à nos yeux, " Monsieur, monsieur, on peut aller coucher avec votre femme ?".
L'important étant de poser la question juste assez fort pour que toute la classe l'entende et pas trop pour que cela arrive trop distinctement à l'oreille du professeur.
Une mimique appropriée, une gestuelle adaptée permettaient de donner encore plus le change.

Le trimestre suivant toute la classe se régala de réponses involontairement désopilantes.
Les traditionnels " Vous auriez pu y aller avant" ou autres " Vous ne pouvez pas vous retenir ?" furent suivis de croustillants " D'accord mais un rapide aller retour !", " Impossible, il y a déjà quelqu'un !" , on eu même droit, alors que deux élèves avaient tenté le coup (si j'ose écrire) en duo à un désopilant "Vous exagérez, pas question d'y aller à deux!"

Il retourna à Perpignan à la fin de l'année scolaire et nous à nos chères études, mais le souvenir reste vivace. ;-)

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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
C'est ainsi que débutent des carrières de comiques!! La moquerie - quand elle n'est pas bien méchante - est source de bien des joies...
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
Pour être un enseignant heureux il est préférable non seulement de ne souffrir d'aucune infirmité, d'être en excellente forme physique, de mesurer au minimum 1,85 mètres et de peser le juste poids ( n'être ni trop gros pour ne pas être la cible de moqueries, ni trop fluet afin de prouver que l'on a de la poigne ), de ne pas débuter dans le métier mais de ne pas non plus atteindre l'âge de la retraite...En plus il est conseillé d'avoir le charisme d'Angelina Jolie ou de Brad Pitt.... Sauf que vu les salaires dans l'enseignement, je suppose que si on a le charisme d'Angelina Jolie ou de Brad Pitt on se lance plutôt dans le mannequinat.
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Luc Dragoni
Luc Dragoni · il y a
Ah les voyous! Elle est bonne celle-là! ;-)
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Volsi
Volsi · il y a
Vivement que tu sois sourd qu'on rigole :)
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Michel Dréan
Michel Dréan · il y a
Méchante fille !
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Volsi
Volsi · il y a
Ouaiiiiis :)
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Michel Dréan
Michel Dréan · il y a
Je savais que cela te ferait plaisir ;-)
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Volsi
Volsi · il y a
Y'a pas à dire, tu connais les femmes ;-)
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Alain Chenoz
Alain Chenoz · il y a
C'est super la surdité, tu n'entends pas les malheurs des autres...par contre, moi muet, je ne m'en remettrais pas ;-)
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Michel Dréan
Michel Dréan · il y a
Vu tes origines, tu pourras toujours parler avec les mains !
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Alain Chenoz
Alain Chenoz · il y a
Tiens, à propos d'enseignants, tu n'as jamais songé à te reconvertir dans le métier de photothécaire ?
Tu manies si bien les clichés ;-)

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Volsi
Volsi · il y a
Il en va de certains enseignants comme de la gangrène. Insidieusement sans avoir l’air d’y toucher, ils pourrissent les enfants, les adolescents et jusqu’aux jeunes adultes. Certains, sous des remarques anodines, détruisent.
La confiance, qu’elle soit en soi ou en les autres est si dure à acquérir et si facile à perdre.
A cause de toi, j’ai trainé des années le sentiment d’être une incapable, une idiote.
J’ai découvert ce qu’était la phobie, celle de la physique, la paralysie face à un énoncé que je ne parvenais pas même à lire convenablement, oubliant une part des données, me lançant dans une démonstration littérale sans appliquer les valeurs que je ne décelais pas, que j’étais inapte à voir. J’ai changé d’établissement pour être à jamais certaine de ne pas t’avoir en cours.
Tu fus ma bête noire et un modèle jusqu’à ce jour inégalé de cruauté ordinaire envers ma petite personne.
Reste dans ma mémoire cette réflexion alors que fière de moi, en seconde, après des efforts considérables, je m’en sortais avec la note honorable de 11 dans cette classe élitiste : « ne souriez pas trop mademoiselle, vous avez 11 en seconde, vous avez 8 en première, vous avez 5 en terminale ».

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Obsidiane
Obsidiane · il y a
Nous avons tous et toutes connu dans nos jeunes années des profs un peu sadiques, des frustrés, sans doute des malheureux, mais des gens en somme qui n'auraient jamais dû devenir des enseignants et côtoyer des enfants et adolescents.
Des gens qui ne nous transmettaient pas leurs connaissances mais leurs amertumes , leurs manques, leurs névroses quelquefois. Qui faisaient que nous allions à leurs cours la peur au ventre...oui.
Je ne veux pour ma part me rappeler que des profs et instits qui m'ont éblouie, étonnée, fait aimer et transmis ce qu'il y a de plus admirable : l'envie d'apprendre, et de savoir.
J'en garde un souvenir ému et reconnaissant.

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JACB
JACB · il y a
Inoui!!! J'espère qu'un jour un IG saura la débusquer pour un 11 en fin de carrière...
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
IG ou IPR c'est un peu du pipeau. On ne juge pas de la motivation et du dévouement d'un enseignant à partir d'une rencontre d'une heure, à raison d'une inspection tous les dix ans.
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Volsi
Volsi · il y a
Il y en a tant qui pensent qu'en appuyant sur la tête de celui qui se noie, ça le poussera à faire encore plus d'efforts pour montrer qu'il peut s'en sortir...
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Alain Chenoz
Alain Chenoz · il y a
Le fameux principe d'Archimede
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Volsi
Volsi · il y a
archimerdique oui ce principe !
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Volsi
Volsi · il y a
Tu étais ma prof de maths dans cette hypokhâgne S (appelée aussi BL) qui cueillait notre jeunesse, buvait notre énergie, laminait notre égo. Nous te voyions la bagatelle de 11h par semaine au-delà des heures de français, philo, histoire, anglais, espagnol, socio et des khôlles deux soirs par semaine et des dissertations le samedi de 8h à 14h.
Tu soignais nos pleurs d’épuisement, notre mal de vivre, notre moral défait. Tu nous entourais de ta compréhension, faisait preuve d’empathie, prenais sur ton temps libre pour restaurer un peu notre confiance en nous. Mais les classes préparatoires, ce sont des abattoirs, peu d’âmes y survivent et ceux qui montrent peu de résistance au stress, tombent bien avant l’impact à coups de « oui, il est intelligent, mais il n’aura jamais aucun concours ».
Tu tentais de nous sauver puis déposais les armes en te rangeant finalement à l’avis du conseil qui refusait l’entrée en deuxième année de ceux qui à l’évidence, feraient chuter les stats de ce Lycée Montaigne quand ULM afficherait les résultats d’épreuves. Tu étais trop humaine pour ce monde de loups. Je me suis renseignée, tu sais, un peu plus tard et l’on m’a dit que tu avais quitté l’établissement, partie en dépression, sortie de l’enseignement… tu nous as tant donné. Je veux te remercier.

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JACB
JACB · il y a
Un sacerdoce...
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
J'étais au CM1, à Bassam. Madame Kofi aux boubous incrustés de fils d'or et ses turbans, la douce institutrice rassurante que j'adorais entamait un congé de maternité..
Sa remplaçante, une blanche, était jolie, elle aussi, et d'un style différent ; elle nouait ses cheveux en une sempiternelle queue de cheval. Elle s'habillait local, elle aussi, robes taillées dans des tissus de pagnes mais le choix des motifs surprenait. L'un des pagnes de ma nouvelle institutrice grouillait de foetus à tous les stades d'avortement tandis que sur l'autre robe ne figuraient que des squelettes. Elle avait personnalisé son cartable, à l'époque on ne disait pas encore " customisé " ,en y alignant de mystérieuses maximes que je ne parvenais pas à déchiffrer.
J'étais déjà timide et très effacée à huit ans mais ma nouvelle institutrice semblait m'avoir prise en grippe. Un jour elle s'était approchée de moi, me cognant la tempe de son poing, en grommelant " gare à toi, je t'ai à l'oeil ".
Un recueil de morceaux choisis africains constituait notre livre de lecture. La détestation que mon institutrice nourrissait envers moi ne ternissait en rien le plaisir que j'avais à le lire. Il y avait les contes du lièvre si malin qui se jouait invariablement de la hyène aussi cruelle qu'obtuse, et je me souviens aussi non pas du titre mais d'une autre histoire de bêtes où se cotoyaient oiseaux et autres animaux du foyer.
L'institutrice lut ; " j'arrive, s'écria le roquet " puis elle s'interrompit pour nous demander en bonne pédagogue : " qu'est ce qu'un roquet ?"
Une forêt de doigts se leva. Au début je n'osais pas mais lorsque j'entendis que chacune des réponses se soldait par un " non ", de la maîtresse, je m'enhardis. Elle ne m'interrogea que lorsque tout le monde se fut exprimé.
- Un roquet, dis-je, c'est un chien.
-N'importe quoi ! fulmina la maîtresse. Je répète la question : que signifie le mot " roquet " ? personne ne sait ? ce n' est pourtant pas difficile : roquet c'est l'abréviation du mot "perroquet ".
....
Un jour, après avoir bien cligné des yeux je parvins enfin à déchiffrer l'une des phrases mystérieuses qui ornaient le cartable qu'elle jetait chaque matin sur le bureau à estrade. Cette phrase disait " Si l'envie te démange couche toi là et ça passera ".

Au dernier trimestre Madame Kofi revint et j'en fus heureuse.

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JACB
JACB · il y a
Je suis horrifiée par ce personnage qui a marqué votre enfance et admirative de votre ténacité à vouloir lire. De tels comportements sont dévastateurs ... lorsque j'enseignais j'avais toujours ces mots à mes oreilles: ne fais pas à tes élèves ce que tu n'aimerais pas qu'on fasse à tes enfants..Votre témoignage Sylvie est plein de sincérité.
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
Ses cours étaient aussi folklo que ses pagnes. Elle cumulait inculture, injustice et un soupçon de pédophilie à moins que ce ne soit une promotion canapé avec le cartable qui conseillait à qui le lirait de s'allonger sur son bureau...
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Luc Dragoni
Luc Dragoni · il y a
Horrible personne, de la robe aux fœtus jusqu'aux paroles violentes et injustes...
Merci pour ce texte!

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Sandra G.
 Sandra G. · il y a
Oh ben dis donc... Pas commode l'instit
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
Mon enfance traumatisée a peut être influencé mes choix de lectures ( le gothique, le fantasmagorique, l'humour macabre ) et parfois d'écriture.
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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
Sylvie, ton témoignage est formidable, et formidablement bien écrit... Tu étais une petite fille déjà sensible et le comportement de cette remplaçante a été inadmissible à ton égard... je comprends mieux tes choix d'écriture, mais rien n'est immuable...
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
J'étais la seule blanche dans cette classe, institutrice mise à part. Elle pratiquait un racisme à l'envers. Comme j'avais des taches de rousseurs les autres élèves me surnommaient " peau grattée " ( lol, déjà...) mais je ne me grattais pas du tout : l'effet peau grattée c'était les taches de rousseur qui mettaient du brun sur ma peau, comme si je l'avais maladroitement grattée sans réussir à tout faire disparaître, c'est ce que m'expliquaient les autres élèves.
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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
Pauvre Sylvie!! Le racisme est de ne pas accepter les différences et tu en as fait les frais... ça marque, surtout ds l'enfance... Sylvie, j'espère que tu as pu surmonter ce lourd handicap de l'enfance... Amitiés.
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
Les 6 mois de remplacement de l'instit n'ont pas duré longtemps. Mon autre instit ( qui ne s'appelait pas Meme Kofi, j'ai confondu avec celle que j'avais en Ce1 mais Madame Aoussi, peu importe, était très bien, les deux, Kofi et Aoussi étaient consciencieuses et avaient certainement la formation souhaitée...en Cm2 l'instit avait pour sa part un grand poil dans la main mais était gentil ). Pour la remplaçante c'est surprenant qu'on ait parachuté une timbrée sur le poste et dont on pouvait se demander si elle n'avait pas trouvé son diplôme dans une pochette de lessive Bonux , une promotion canapé ? J'ai vécu des traumatismes hors école et pires que ces 6 mois d'instit, des traumatismes avant...et après...nous vivons tous et toutes des traumatismes, et cela ne s'arrête jamais , c'est le lot de tout être vivant, mais il y a aussi de bonnes choses dans la vie, et des rêves qui nous portent...on survit quand même.
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Sandra G.
 Sandra G. · il y a
ça joue certainement mais ce qui est formidable c'est que visiblement ça n'a pas altéré votre goût pour la lecture et l'écriture. C'est elle qui fait le perroquet tandis que vous vous écrivez ! na ! ;-)
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JACB
JACB · il y a
M’ouvrant les portes de l’Antiquité avec passion, Madame ROGER m’a transportée, m’a fascinée. invitée à partager tous les secrets des dieux, j’ai plongé délicieusement dans les légendes grecques et romaines, surfé au sommet du Parthénon dans le ton plein de soleil de son discours. Oui, elle avait l’accent chantant d’une brune du sud mais surtout celui d’une pédagogue qui vous offrait en partage un cadeau dont elle chérissait toujours le contenu, sa discipline, l’Histoire. Elle a titillé comme jamais ma mémoire sur toute une généalogie animiste aux particules antiques. J’ai dévoré, j’ai avalé, cavalé comme Pégase avec la frénésie d’apprendre dans les galops passés des ères et des siècles. Elle m’a légué un trésor que j’ai partagé à mon tour. (c’est son vrai nom)
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Luc Dragoni
Luc Dragoni · il y a
De véritables conteurs dont nous buvons les paroles, notamment en histoire et en philo...
Puissent certains cours ne jamais se terminer!
Merci pour ce récit ^^

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Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
Un bel hommage... bien écrit comme tu sais si bien le faire, Jacb...
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