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nouvelle 205LECTURES

Quelque chose

Lundi huit heures du soir, après avoir ouvert le Spectateur, journal paraissant tous les deux jours.

« – Le froid continue... les besoins se multiplient... nous adjurons donc, etc... – » (Trois ou quatre numéros du Spectateur)

En conséquence :

« À Monsieur le Rédacteur du Spectateur,

Monsieur

J’ai en portefeuille un mauvais billet d’à peu près 30 pages in 8°. Si le public veut bien l’endosser, son montant sera pour les pauvres. Dans peu de jours, on trouvera ses morceaux chez MM. Decailly, Tussa, Gretenet et Lagier, libraires, et au Théâtre.

Prix de chacun d’eux : 50 centimes.

J’ai l’honneur, etc.

Xavier Forneret »

La grande feuille a paru trois fois depuis que j’ai eu l’honneur de lui adresser ma petite lettre ; ce qui m’engage à publier une espèce de dialogue.

(La scène s’est passée aux coulisses du Théâtre, vendredi dernier.)

Moi — M. Vincent, aurez-vous la bonté de faire insérer ma lettre ?

M. Vincent — Oh ! oui monsieur.

Moi — Je vous en remercie beaucoup.

M. Vincent — Mais que veut-elle donc dire, votre lettre ?

Moi (à qui l’étonnement mord la langue) — Ma foi, monsieur…

M. Vincent — Ce portefeuille… ce billet… cet endossement… ces morceaux… moi, ainsi que plusieurs personnes nous ne comprenons pas.

Moi (à qui la langue revient) — Auriez-vous cru, par hasard, que c’était un effet de commerce, que ?

M. Vincent — Oui, et que par souscription…

Moi — Je ne crois pas qu’il existe des billets à échéance de 30 pages in 8° ; celui dont je parle est simplement Rien, dont je voudrais bien faire quelque chose, à l’aide du public.

M. Vincent — Alors c’est une brochure ?

Moi — Un extrait de brochure.

M. Vincent — Ah bien.

Moi — Et ma lettre, M. Vincent ?

M. Vincent — Pour demain samedi, monsieur.

Jeudi, samedi et lundi ont paru sans ma lettre dans le Spectateur qui s’est sans doute dit : « Puisque je ne comprends pas, nul ne pourrait comprendre. »

Note expresse. Je tenais à la publicité du Spectateur parce que c’était une publication de plus. Voilà tout.

Si je le promettais, je me brûlerais vif.