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poésie 94LECTURES

L'infanticide

INFANTICIDE ! – Mot qui comporte l’horreur...
Qui pénètre d’effroi... qui frappe de stupeur...
Le roi de l’Odieux par le Crime colosse
Qui rit de la Nature, et prend pied dans la fosse !
Aurait-on dû jamais avoir à l’inventer
Pour dire l’action qui fait le plus douter ?...
Une mère qui donne à son enfant la vie,
Et qui la lui reprend, sans pitié, quoiqu’il crie...
Malgré ses mouvements et ses crispations,
Ses souffrances de corps et ses convulsions ?...
Qui ne s’occupe plus en sa rage cruelle,
Si son premier regard se tourne et va vers elle !
S’il a chaud, s’il a froid, en dessous, en dessus,
Si ses petites mains se joignent en Jésus
Comme pour la prier de finir ses tortures
Et de le laisser vivre au sein des créatures,
Grandir en cet amour qu’on doit tant estimer,
Pour la voir, la servir, la défendre, l’aimer...



Une MÈRE ! – Ce mot peut-il aller à l’autre ?...
Oh ! je n’en trouve point, – point que celui d’apôtre
Du Démon incarné, affreusement maudit,
Dont le palais d’Enfer au plus saisissant bruit,
Offre les hurlements, ou le sang-froid sauvage
De l’hyène qui flaire, et dévore en sa cage
Quelques rouges débris, quelques os tout sanglants
Qui palpitent encore, et encore fumants !...



Oui, c’est là de l’apôtre, à l’infernale race,
L’image de serpent, que faiblement je trace ;
Et pour la rendre mieux, sait-on ce qu’il faudrait ?...
– Être père, surtout, de l’enfant qu’on tuerait.



Maintenant regardons la mère après son crime,
Après qu’elle a franchi, sans en mourir, l’abîme...



Un cadavre est près d’elle... il faut l’anéantir.
Et, loin de tous les yeux, le porter, l’enfouir...
Elle commet cette œuvre effrayante, incroyable...
En sa tête, un calcul travaille, épouvantable !!
Pour se débarrasser avec plus de bonheur
Du fardeau qui lui pèse à l’esprit (non au cœur),
Sur ce terrain de mort s’agite sa pensée,
Si ce n’est fait d’avance... et sa force épuisée
Ne l’arrête jamais... ou du moins peu souvent,
Car, la Brâve qu’elle est, redoute un châtiment
(Avec trop de douceur appliqué sur le Monstre,
Le nombre des forfaits accomplis le démontre).
Terreur, punition, ô juges, magistrats !
À la Maternité feront faire un grand pas,
Cette maternité, – dérision amère !
Que n’accepterait pas, ou lionne, ou panthère.





Soyez donc indulgents, Jurés ou Tribunaux,
Pour la femme vouée aux Esprit infernaux !
Pour celle qui tordant ou brisant les vertèbres
D’un pauvre petit ange, en de lâches ténèbres,
Afin de mieux cacher les morceaux d’un enfant,
Les arrange parfois sur un brâsier ardent...
Les attise, les voit se fondre, disparaître...
Et de ce sacrifice attend tout son bien-être...
Son honneur garanti (son honneur, juste ciel !),
Par du sang répandu, dont frissonne l’Autel !



Oh ! vengeance ! oh ! cessez, hommes, pour votre gloire,
D’atténuer un crime à la face si noire...
Pour la mère qui tue, on doit être de fer,
Frappez, juges, frappez !.. pas de grâce !!.. et l’Enfer !!!