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Hélène etcétéra ( Feuilleton)

Mohamed Rezkallah
Mohamed Rezkallah · il y a
Ha c'est certain, on passe le temps rien qu' à ça, collectionner les tristesses, comme nos grands parents, le faisaient avec les bouchons de bouteilles de sodas américains. Que faire d'autre... Puis on se les montres, se les prêtes, se les compares, se les volent aussi parfois... Je me perd...J'y viens...Donc...Le passé m’était revenu sous la forme d'une jeune fille, devenue femme nostalgique, femme désenchantée. Nous avions pratiqué un stage ensemble. Rien de bien fou. ce n'est qu'un détail. Elle, s’était une grande godiche, pour moi, pour ma petite taille. Brune comme de l’écorce brûlé, blanche à en être presque transparente, et des taches de rousseurs, sur le visage, tapé du bout du feutre par un môme en colère.
Son sourire avant tout, faisait éclore la journée des plus tristes, sauter les plus beaux bouchon qui nous bloqués de l’intérieur... oui, la joie jaillissait, brutale et douce, des que nos yeux, par chance ou hasard, croisés ce sourire. Elle ne s'en rendait pas compte, et peut-être que c’était que moi qui voyait ça, qui hallucinait trahi par le bonheur. C'est étrange comme certaine chose, certains êtres ne vous quitte en faite jamais, et quand ils reviennent des décennies en retard, ça ne vous étonne pas du tout... Attention, je ne parle pas d'une histoire d'amour...je ne sais pas de quoi je parle...mais je vous parle...pour élimer le temps...Vous me comprenez...C'est qu'il s’était passé un truc...un drame comme on dit. Un pas grand, mais qui vous marque quand même. Notre formation se passait en internat, pour une durée d'une semaine. Deux par chambre, pas de mélange se sexe, bouffe cantine horrible et permission de minuit. Nous étions là pour apprend l'animation. Le complexe s’étendait sur des hectare, et l’été était divin, et nous nous croyons plus en vacance à vrai dire. Les cours nous passaient par une oreilles et s'envolaient par les baies vitrées grandes ouvertes de la classe minuscule. Le premier jour de cours, j’étais déjà assis à coté d'elle. Sans le vouloir. Sur son siège, Son visage se découpait parfaitement entre l'ombre fraîche et la lumière chaude du soleil. Elle se tourna vers moi en un rien de temps, déclencha son sourire, et plissa les yeux :

-Je m'appelle Héléne, enchanté.

J'avais répondu sans réelle conviction. Avec l'impression d'avoir fait une mauvais impression qui me colla jusqu'à l'heure du dîner. Après le repas, des groupes se formaient et se posaient un peu partout, dans les bosquets, sur la plaine, dans la foret, les cabanes, pour siffler des bières, chanter, danser, ou préparer les cours du lendemain. La nuit étoilé, teintée de lueur pétrole, me donnait des frissons chaque fois que je levais le nez au ciel. Couché de toute ma masse sur une table de ping-pong fraîche, accompagné d'un pâque de Heinken, je contemplai l'infini. Je sentis une présence et me redressai avec bien du mal. Elle était là. Flamboyante, comme un songe dans la moiteur de l'air chaud et parfumé.

-Tu fais quoi tout seul, dit-elle.

Je clignais plusieurs fois des yeux, avalais ma salive. Une éponge sèche comme le ventre d'un hérisson me tomba dans l'estomac.

-Je traîne, je picole, rien de spécial et toi ?
-Je fais le tour des lieux. C'est immense.
-T'en veux une ?
-Je veux bien, merci.

Je lui ouvris une bière, à l'aide d'un briquet usé et lui tendis. Nous bumes un instant sans rien dire.

-Je peux me joindre à toi ?
-Je t'en prie. Y a de la place.

Elle posa ses fesses sur l'autre coté de la table et se coucha sur le dos délicatement. J'en fis autant. Elle n’était plus dans mon champ de vision, mais je sentais intensément sa présence.

-Le ciel est magnifique ce soir dit-elle pour elle-même. D'une voix si faible, que ça me mit mal à l'aise. Je ne répondis rien. J'attendais. Je ne pouvais plus me concentrer sur le ciel, les étoiles, la nuit. La table vibrait au moindre de ses mouvements.

-Pourquoi tu as choisi cette formation ?
-J'en sais rien, dis-je. Je crois que personne ne sais pourquoi il est là ce soir.
-Ils ont l'air de tous ce connaître pourtant, c'est étrange. Ils y a déjà des couples cachaient derrière les arbres, et certain son déjà soul.
-Sûrement l'envie d'être loin de tout, dans un lieu inconnu, avec des inconnu, à faire des chose qui n'ont aucun sens.

Elle répondit rien. Se redressa et pencha son visage au-dessus du mien. L'odeur de son shampooing mêlé à son essence intime, s'engouffra dans mes narines. Mon cœur fit un bon. J’étais à deux doigt de lui passer la main sur la nuque et de la tirer vers mes lèvres.

-Je peux te demander quelque chose, dit-elle tout bas.
-Vas-y.
-J'ai envie de pleurer...est-ce que je peux pleurer avec toi ?

Je ne comprenais plus rien à ce qui se passait. Un "oui" sortis de ma bouche . Nous primes le pâque de bière et nous enfonçâmes dans le cœur de la foret par l'entrée ouest. Tout proche de l'entrée du complexe. Du hors piste. Nous avions un peu de lumière grâce à nos smartphone. Frôlant les feuillages touffues, la vie qui grouillaient dans l'obscurité, la fraîcheur montait au point de penser à une veste, et un café chaud. Je suivais Hélène qui marchait sans hésitation et à vive allure. Je commençais à m’inquiéter. À me demander ce qu'on était entrain de faire. Elle marchait de plus en plus vite. Je peinais à tenir la rythme. Je trébuchais. M’écorchais les genoux. Je crachais des brindilles et de la terre molle. Me relevais. Elle n’était plus là. J’étais perdu. Je n'avais le numéro de personne, ni élève, ni formateur. Je fis un tour sur moi-même. C’était les ténèbres et rien d'autre. J'avais froid maintenant. Je devais me décider. Je posais un pas après l'autre prudemment. Des cris d'oiseaux stridents que je n'avais jamais entendu de ma vie, résonnaient tout autour, de plus en plus prés. La panique me prit. Je commençais à courir. Tomber encore. La peur enflait en moi, comme un ballon de baudruche. J’étouffais. J’étais cerné par des présences. Elle allaient me sauter dessus d'un moment à un autre. Je courus comme un dératé sur presque un kilomètre, me coupant, m’écorchant un peu partout. Je finis par capituler. Une sorte d’enchevêtrement de racines tordues, formait comme une sorte d'abris. J'y vis comme un signe. Je me mis à l’abri et passait la nuit à attendre que le jour se lève. Ce fut l'une des pire expérience de ma vie. Jamais ne n'aurait cru que la foret pouvait être aussi effrayante. Le lendemain matin sous les premières lueurs de l’aube, je pouvais y voir plus clair. Je retrouvais mon chemin. J’étais en sang. Épuisé. Je pris une douche, expliquait au formateur que je n’étais pas en état de suivre les cours, puis après un sermon-age, un séjour à l'infirmerie, il me donna ma journée. Je dormis jusqu'à 17 heure. La premier chose que je fis, en me levant et de chercher Hélène. Je fis le tour du complexe, demandait à tout le monde. Personne ne l'avait vu. Puis, le chef de formation, vint me voir, et m'expliqua qu'elle était rentré chez elle. Dans l’après midi. Sans raison. Il avait essayé de la retenir, mais elle ne voulait rien entendre. Elle était de Marseille. C’était tout ce qu'on avait pu me donner comme renseignement.
Le reste était confidentielle. Personne n'avait échangé avec elle, au point d'avoir des informations sur elle. Et comme elle n'avait rien fait de répréhensible, l'école de formation, n'avait aucune raison de me divulguer son adresse, son nom de famille ou autre indice. Un angle flou se forma en moi, un point de vu qui se distorde, chaque fois que pensais à Hélène, à cette soirée. Un poisson poisseux, sur lequel mon regard désespéré glissait pour se cogner fort contre un mur immense et glacé.

Puis j'ai doucement oublié. Après tout ce n’était rien. Je sais...Mais voici qu’Hélène, dix ans plus tard, sans crier gare, reprend contact avec moi. Par une lettre, écrite à la main. Démodé. En retard. Hélène à quoi joue-tu ?

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