Les Lumières

Les Lumières ont soif de liberté et de rationnalité. Elles se désaltèrent par un examen de la morale et de la religion et un vif intérêt dans les sciences. Cependant un appétit nouveau s'éveille, celui de l'expression des sentiments. Comme le dit André Beucler : "Que la lumière soif... Et la lumière but."

Apéritif

« De toutes les choses sérieuses, le mariage est certainement la plus bouffonne.»

Le Mariage de Figaro, acte I, scène 9

Beaumarchais

La genèse

L’esprit philosophique des Lumières est un nouvel humanisme : il fait preuve d’une confiance infaillible dans la raison humaine et d'une foi optimiste dans le progrès. Son expression la plus complète s’incarne dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, qui prétend regrouper tout le savoir technique dans tous les domaines acquis par l’homme depuis de nombreux siècles. Le double objectif est de diffuser les idées des « Lumières » et de combattre l’intolérance et le despotisme.

Cependant le siècle n’est pas si lisse qu’on pourrait le croire : les années 1750-1760 représentent un tournant ; elles tendent à éclipser le rationalisme philosophique de la première moitié au profit d’une sensibilité préromantique. Mais il faut garder à l’esprit que la raison ne perd pas tous ses droits et que le courant émotionnel est sous-jacent depuis le début du siècle.

Deux courants se superposent donc en filigrane et s'influencent mutuellement. Goethe, philosophe allemand à cheval entre ce siècle et le suivant, en est conscient et énonce : « Avec Voltaire, c’est un monde qui finit : avec Rousseau c’est un monde qui commence. » Chateaubriand inaugure le XIXème siècle littéraire.

L'influence des sciences

La science prend une importance toute nouvelle. Elle détrône la métaphysique et exerce une forte influence sur la littérature.

La philosophie va, à son exemple, s’intéresser au comment plutôt qu’au pourquoi, rechercher les causes secondes et non plus les causes premières qui sont inconnaissables.

Les sciences de la nature surtout, moins abstraites que les mathématiques, gagnent en popularité.

Montesquieu effectue des expériences de biologie,

Voltaire expose le système de Newton en vers,

Diderot propose une vision lyrique de l’hypothèse évolutionniste,

et Chénier à la fin du siècle rêvera d’une poésie scientifique.


Télescope de 12 mètres réalisé par William Herschel

Le rationalisme

Pour ce qui est du rationalisme critique, son point de départ reste la règle cartésienne de l’évidence : n’est vrai que ce que l’intuition rationnelle assure, et que l'expérience vient vérifier. La philosophie rejette toute autre autorité que la raison et pousse au libre examen de la morale, du christianisme et des mœurs. Ainsi émergent les idées des lumières : une religion et une morale naturelles, la promotion de la tolérance, une liberté accrue, la suppression des privilèges injustifiés. Avec Pierre Bayle déjà, la littérature se fait militante.

Jean Huber, Un dîner de philosophes, 1772 ou 1773,
Voltaire Foundation, Oxford.


Le goût classique est maintenu dans la première moitié du siècle notamment grâce à Voltaire qui se reconnaît peu de mérites dans ses contes et admire la supériorité du XVIIème. Il triomphera cependant en s'engageant dans la polémique, par ses lettres et libelles.

Le courant préromantique

Cependant, au moment où paraît l’Encyclopédie, une tendance opposée s’éveille, qui s’incarne dans Diderot et Rousseau : chez eux, les émotions se déchaînent. Rousseau promeut particulièrement les instincts affectifs profonds et la voie du cœur. Il se considère comme un être méconnu, réprouvé mais exceptionnel. Le lyrisme personnel réapparaît aussi en poésie avec André Chénier.

Les traits principaux du préromantique qui s’exerce ici sont l’exaltation du moi, le goût des émotions, de la mélancolie et de la solitude et le sentiment de nature. En effet Rousseau ne se sent vraiment lui-même que dans la solitude et méprise les bavardages de chambre dans lesquels il s’ennuie profondément. Pour y remédier, il révèle dans ses Confessions : « Je m’avisai […] d’apprendre à faire des lacets. Je portais mon coussin dans mes visites et j’allais comme les femmes travailler à ma porte et causer avec les passants. »

Les auteurs

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
1732 - 1799

poésie  

« Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur. » La devise du Figaro est en fait issue de la Trilogie de Figaro de Beaumarchais. Comme on peut le deviner, de caractère insolent et révoltant, il n'hésite pas à critiquer dans ses pièces de façon à peine déguisée la censure voire la monarchie. Ainsi s'emporte-t-il à travers Figaro dans le monologue le plus long du ...

Denis Diderot
1713 - 1784

nouvelle   pensées/citations   lettre   conte   poésie  

Voici l'homme-encyclopédie. Avant de se lancer, avec son ami D'Alembert, dans le projet de l'Encyclopédie, qui s'étendra sur vingt ans, et pour laquelle Diderot rédige personnellement 3500 articles, le philosophe des Lumières touche à tous les genres littéraires. Il est même l'auteur d'un roman libertin allégorique, Les Bijoux indiscrets, où il dote de la faculté de parole le sexe ...

Jean-Pierre Claris de Florian
1755 - 1794

fable  

Fabuliste méconnu, Florian est pourtant l'auteur d'expressions que nous employons quotidiennement. Deux de ses morales sont devenues des locutions figées : « Rira bien qui rira le dernier » et « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Très jeune il écrit des pièces de théâtre, des nouvelles et des contes, et, à 23 ans seulement, il est élu à l'Académie Française. Mais l'année ...

Pierre Choderlos de Laclos
1741 - 1803

nouvelle   lettre  

Laclos entreprend la rédaction des Liaisons dangereuses alors que sa garnison sillonne la France. La parution de son roman épistolaire fera grand bruit et les exemplaires se vendront comme aucun autre livre à l'époque. Le style de Laclos est froid, cruel, féministe avant l'heure. Son texte sur l'éducation des femmes annonce déjà l'égalité des sexes. Mais son nom reste attaché au ...

Montesquieu
1689 - 1755

nouvelle   pensées/citations  

Lire Montesquieu c'est aborder les enjeux des Lumières avec suffisamment d'esprit pour à la fois s'en moquer et s'y inscrire de plain-pied. Il est le premier à avoir l'idée de la « théorie des climats », où il montre comment le climat influe sur l'homme et le milieu dans lequel il vit. Cet aspect de son œuvre nous autorise à voir dans ses écrits les débuts de la pensée ...

Jean-Jacques Rousseau
1712 - 1778

théâtre   lettre   poésie   nouvelle  

Cet esprit des Lumières fait figure de solitaire. Les différents aspects philosophiques et sociaux de sa pensée auront une grande influence sur la postérité. Dans les Confessions, il se livre tout entier et sans retenue. En cela, c'est le premier texte vraiment autobiographique. À retenir surtout sa querelle avec Voltaire, lui qui disait que lire Rousseau lui donnait envie de marcher à ...

Marquis de Sade
1740 - 1814

œuvres érotiques   nouvelle   poésie  

Incarcéré plusieurs fois, le divin marquis passa les trois quarts de sa vie en prison où il put composer toute son œuvre. Ses textes font preuve d'une violence et d'une cruauté extrêmes. L'œuvre, très commentée, reste longtemps interdite mais circule sous le manteau avant que Sade soit définitivement réhabilité, compte tenu de l'apport de sa pensée révolutionnaire. De là à ...

Voltaire
1694 - 1778

poésie   conte   nouvelle   pensées/citations  

Voltaire, de son vrai nom François-Marie Arouet, est un des grands esprits du siècle des Lumières. Une pensée vive et une longévité extraordinaire lui ont permis de s'illustrer dans tous les genres littéraires (contes, roman, théâtre, essai) et de rédiger plus de 20 000 lettres, faisant de lui le plus grand épistolier du XVIIIe siècle. Son style adopte toutes les formes mais on ...

Lumières sur
Marquis de Sade

1740 - 1814

Incarcéré plusieurs fois, le divin marquis passa les trois quarts de sa vie en prison où il put composer toute son œuvre. Ses textes font preuve d'une violence et d'une cruauté extrêmes. L'œuvre, très commentée, reste longtemps interdite mais circule sous le manteau avant que Sade soit définitivement réhabilité, compte tenu de l'apport de sa pensée révolutionnaire. De là à savoir s'il mit un jour en pratique ses théories, nous l'ignorons, quoique l'on suppose qu’il essaya ...

EN SAVOIR +

Aventure incompréhensible

Il n'y a pas cent ans qu'on avait encore dans plusieurs endroits de France, la faiblesse de croire qu'il ne s'agissait que de donner son âme au diable, avec de certaines cérémonies aussi cruelles que fanatiques, pour obtenir tout ce qu'on voulait de cet esprit infernal, et il n'y a pas un siècle révolu que l'aventure que nous allons raconter à ce sujet, arriva dans une de nos provinces méridionales, où elle est encore attestée ...

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